‹ KrakatauChapitre 46 sur 127 · Uéruption de · texte numérisé non relu

Uéruption de

Après l'éruption de 1680, le volcan demeura en repos pendant 203 ans, jusqu'au 20 Mai 1883, date où le Perlwewatan entra en activité. En Juin se joignit à lui, comme point actif, le Danan, qui probablement forma bientôt le cratère principal, situé au centre de l'ancien volcan, vraisemblablement à la place même qu'avait occupée le cratère antérieur, ou très près de cette place. L'éruption atteignit son maximum de violence le 27 Août; le matin de ce jour, toute la partie centrale du volcan s'effondra; la crête marginale composée de bancs de «lave solide (Lang-eiland et Verlaten-eiland), ainsi que la partie du pic qui reposait sur les bancs d'andésite ancienne (voir les profils fig. 36 et 37), restèrent debout; quant à la moitié septentrionale du pic, qui n'était pas assise sur l'ancien bord du cratère, mais sur la partie supérieure de l'ancienne lave de son fond, — lave que la chaleur avait ramollie et partiellement fondue — elle disparut dans l'abîme.

Les sondages exécutés, malheureusement en trop petit nombre, font voir que le nouvel effondrement a environ le même contour, de forme presque circulaire, que doit avoir eu l'effondrement ancien; tous les deux sont indiqués sur la petite carte fig. 43. L'affaissement de 1883 n'est donc que la répétition de l'affaissement antérieur, préhistorique.

Seulement, ça et là une partie de l'ancienne enceinte s'est éboulée avec le milieu du volcan, et de cet éboulement le Poolsche Hoedje a été la victime.

L'éruption de 1883 peut être regardée comme ayant pris fin dans la matinée du 28 Août, bien qu'en Septembre ou en Octobre, à une date inconnue, ait encore eu lieu une petite éruption sous-marine.

Les matières solides rejetées dans l'éruption de 1883 consistent de nouveau en andésite à hyperstbène, sous la forme de rocbes vitreuses compactes, de ponces et de cendres, les deux dernières en beaucoup plus grande quantité que les verres. Il ne s'est pas formé de coulées de lave, tout a été expulsé soit en fragments gros ou menus, soit à l'état de poudre très fine.

Les récents produits du Krakatau ressemblent beaucoup, quant à la composition minéralogique, aux andésites à hyperstbène plus anciennes, mais ils sont, en général, beaucoup plus ricbes en verre que ces dernières.

Nous voyons ainsi que le grand cratère central a tmjùurs fourni de l'andésite à hypei*sthène, tandis que le basalte n'est arrivé au jour que par un cratère latéral. Quoique le pic basaltique porte fortuitement le nom de Rakata, le Krakatau proprement dit est donc, de ses produits les plus anciens à ses déjections les plus récentes, un vrai volcan d'andésite à hyperstbène. Mais, l'éruption du basalte ayant eu lieu très près de ce volcan, le cône basaltique forme maintenant avec le Krakatau, sous le rapport topographique, un seul ensemble, et par suite ils doivent aussi être étudiés conjointement au point de vue géologique.

Si le basalte était apparu un peu plus au sud, nous aurions eu deux volcans voisins, composés, l'un d'andésite à hyperstbène, l'autre de basalte; la même combinaison de matériaux acides et basiques se retrouve en d'autres iles juxtaposées du détroit de la Sonde, sans qu'aucune régularité puisse être découverte dans l'apparition de ces deux espèces de roches.

On pourrait être tenté de croire que le basalte est sorti exclusivement par la fente transversale du détroit de la Sonde, l'andésite à hyperstbène exclusivement par les fentes longitudinales de Java et de

Sumatra (voir la carie fig. 3)» ou vice-versâ. Cela n'est nullement le cas, toutefois; le long de toutes les fentes on trouve des points d'éruption aussi bien de matières acides que de matières basiques; en outre, quelques îles de basalte ou d'andésite sont dispersées de telle sorte dans le détroit de la Sonde, qu'on ne peut les rapporter à aucune des trois fentes. L'apparition de ces deux roches n'est donc pas liée à des directions déterminées.

On ne saurait encore dire si, sur toute l'étendue du détroit de la Sonde, le basalte a pris naissance dans la même période, entre deux éruptions d'andésite, comme cela a été le cas à Krakatau; ailleurs, en effet, les roches n'ont jusqu'ici pas été observées en contact distinct.

En résumé, voici les points essentiels, ou évènenlents successifs, que nous pouvons distinguer dans l'histoire de notre volcan:

1. Formation du volcan en un point de la fente transversale de la Sonde. Epanchement de coulées de lave d'andésite à hypersthène.

2. Effondrement de la partie centrale de ce volcan haut d'au moins 2000 mètres. La partie épargnée forme une encisinte circulaire ou cirque, dont 4 pièces font saillie au-dessus de la mer.

3. Formation du pic Rakata, en suite d*une éruption basaltique Jatérale. Il est successivement édifié par des couches de matières meubles alternant avec des coulées de lave.

4. Formation des cratères Danan et Perboev^atan au centre du volcan principal; ils sont constitués de couches alternativement meubles et solides d'andésite à hypersthène.

5. Eruption du Perboeviratan en Mai 1680; des fragments de ponce sont rejetés, et probablement il s'épanche aussi des coulées de lave d'andésite à hypersthène.

6. Eruption du 20 Mai au 28 Août 1883. De l'andésite à hypersthène est rejetée en majeure partie sous la forme de cendres et de ponces, pour une petite partie à l'état de matière vitreuse compacte en blocs isolés.

7. Effondrement de la partie centrale du volcan dans la matinée du 27 Août 1883.

Si un jour le volcan rentre en activité, il est à prévoir qu'au milieu de la mer entourée du pic Rakata, de Verlaten-eiland et de Lang-eiland, surgiront de petites iles, de même que les Kaimeni se sont élevées dans le groupe de Santorin, et de même que les cratères Danan et Perboewatau furent autrefois formés dans la mer circonscrite par l'ancienne enceinte du volcan.

OOUET APERÇU GÉOLOGIQUE DES ÎLES ET DES CÔTES DU DÉTROIT DE LA SONDE. SOUS-SOL DE KRAKATAU.

Le Krakatau a rejeté, en 1885, quelques débris qui ne proviennent pas du volcan lui-même, mais du sous-sol.

Afin de pouvoir juger de l'âge de ces débris, en partie éruptifs en partie sédimentaires, je rappellerai succinctement l'état actuel de nos connaissances sur la constitution géologique de la partie ouest de l'Archipel en général, et du détroit de la Sonde en particulier (94A).

Sur une base de sédiments paléozoïques fortement plissés et traversés de roches éruptives, principalement des granités et des diabases, gît directement — toutes les roches mésozoïques faisant défaut — le terrain tertiaire (').

Les sédiments tertiaires se partagent en deux groupes, savoir un groupe préandésitiquey dans lequel on ne trouve pas encore de débris d'andésite, et auquel appartiennent entre autres les grès quartzeux à couches de houille, et un groupe postandésitique, qui est essentiellement composé de couches contenant des détritus d'andésite. Le premier est probablement d'âge éocène, le second d'âge miocme. Ces deux divisions du tertiaire, lequel est ordinairement redressé et plissé, sont séparées l'une de l'autre par de puissantes éruptions à* andésite massive, en partie à pyroxène, en partie à amphibole; en outre, à une époque postérieure, dans le miocène même de l'Ouest de Java, ont eu lieu des éruptions iï andésite à quartz.

(') C'est seulement dans la partie orientale de notre Archipel, qu'on trouve, en quelques points, des roches de la formation crétacée (946*).

Sur les mches miocènes (en partie peut-être aussi pliocènes) reposent les volcans, dont la formation a déjà commencé dans la période tliluvienne et a continué jusqu'à nos jours. En général, ils sont nettement séparés, par leur forme conique et surtout par leur structure, qui en fait de vrais strato-volcans, des massifs andésitiques homogènes du miocène ancien. Quelques iles du Détroit et quelques chaînes de collines sur les cotes ne présentent pas la forme caractéristique en cône, bien qu'elles soient pourtant très probablement composées d'andésites jeunes (quaternaires), à en juger par l'aspect très frais, entièrement néo-volcanique, de ces roches. Au reste, la plupart des îles n'ont été visitées qu'en passant, et il n'est pas improbable qu'une exploration attentive fasse découvrir dans beaucoup d'elles un cratère, ou du moins un ancien relief de volcan, qui par des effondrements partiels et de fortes érosions aurait perdu la forme conique. Il se peut toutefois aussi que quelques-unes n'aient jamais possédé la forme de cône, les matières n'étant pas arrivées au jour par un point central, mais par une fissure plus ou moins longue.

A l'époque diluvienne et récente, le fond du détroit de la Sonde a reçu des sédiments, qui consistent essentiellement en déjections volcaniques remaniées par les eaux. Au microscope, ils se distinguent des sédiments tertiaires eu ce qu'ils contiennent ordinairement des particules de verre poreux (ponce), qui manquent dans les roches plus anciennes.

Ainsi qu'il a déjà été dit, les îles et les côtes du détroit de la Sonde n'ont pas encore fait l'objet d'une exploration géologique détaillée, ce qui exigerait plusieurs mois ; à grands traits, toutefois, nous pouvons nous former une idée de leur constitution géologique, à l'aide des échantillons de roches qui ont été recueillis en un grand nombre de points, et dont la plupart ont été examinés au microscope. Parmi les roches sédimentaires, on trouve:

Des roches schisteuses près de Tarahan, sur la côte est de la ,Lampongbaai, ainsi que dans trois des iles Zutphen, près du Varkenshoek, savoir : Kandang, Hoog-eiland et Klein-eiland. La direction des couches est de 145^, l'inclinaison au S. 0. Ce sont des phtanites bruns et

KRAEATAU U 12

gris, St)ns fossiles, qui autrefois ont été regardés comme anciens (paléozoïques). Depuis lors, on a trouvé à Java des phtanites miocènes, de sorte que les schistes du détroit de la Sonde ne remontent peut-être pas non plus au-delà du tertiaire.

Des roches blanches très riches en silice se rencontrent aux environs de Teloeq Betoeng (Apenberg) et près de Tandjoeng Karang, au nord de cette localité; elles sont ordinairement déposées en couches peu distinctes. Les mêmes couches existent aussi dans Tilôt Brabandshoedje, vis-à-vis d'Anjer; direction 135^, inclinaison environ 60° au N. E. Au microscope, ces roches montrent une pâte trouble, donnant entre les niçois croisés une polarisation confuse en mosaïque, et quelques petits sphérolithes. Une image analogue est fournie par la pâte de certaines andésites quartzifères (dacites) miocènes, surtout lorsqu'elles sont altérées; les roches blanches en question sont donc probablement des tufs de ces andésites, et également d'âge miocène.

Des marnes^ argilites et grès tertiaires, probablement d'âge miocène, se voiept à Meeuwen-ciland, la grande ile de la Meeuwen-baai, près de Java's V Punt.

Des sédiments diluviens, principalement des tufs poneeux blancs ou de couleur claire, existent sur une grande étendue dans l'intérieur de la résidence de Bantam, et sur la côte est de Sumatra, près de Ketapan, à Test du Radja Bassa.

Les roches éruptives consistent en:

Andésites d'âge miocène ancien. Elles s'observent dans la longue croupe nommée Boekiet Savvab, sur la rive occidentale de la baie de Semangka. Le pyroxène, d'ordinaire fortement pléochroïque entre les teintes brun-rougeâtre et verte, est en majeure partie orthorhombique; la roche est une andésite à hypersthètie.

Dans la grande Ue de Tal)oean, située à l'extrémité sud de la baie de Semangka, on trouve, sur la côte nord, une roche déposée en bancs, qui ressemble beaucoup à celle de l'Apenberg près de Padang (Sumatra's Westkust), et qiïi se montre aussi en une foule d'autres points de la longue chaîne andésitique dont le Boekiet Sav^rah, susmentionné, forme l'extrémité sud. Elle rappelle le diabase ancien, par

une forte proportion de chlorite et une moindre d'épidotQ; autour des grains de fer oxydulé on voit même, ce qui est aussi le cas ça et là dans la roche de TApenberg, de petites taches ternes de leucoxène, (produit de décomposition du fer titane) qu'on n'est pas habitué à rencontrer dans les roches éruptives tertiaires. Le pyroxène est exclusivement de Taugite monoclinique. Si ces roches sont réellement d'âge tertiaire ancien et appartiennent donc aux andésites à augite, — ce qui jusqu'ici n'a pu être établi d'une manière tout à fait certaine, — il paraîtrait que le leucoxëne entre aussi dans les plus anciennes roches éruptives tertiaires de l'Archipel.

Même dans les andésites quartzifères indubitablement miocènes de la partie ouest de la résidence Preanger-Regentschappen on trouve assez souvent, lorsque les roches sont très altérées^ dans des lames minces, autour des grains de fer oxydulé, de petites taches troubles, que je suis très porté à prendre pour du leucoxène (particules de titanite).

Andésites tertiaires plus jeunes. Les Monnikrotsen et la masse principale du rocher sur lequel est bâti le phare de Java's 1" Punt consistent en une andésite foncée à pâte compacte, ressemblant au porphyre quartzifère; la roche appartient au groupe des andésites à quartz ou dacites, qui se trouvent surtout dans la partie ouest des Preanger, où leurs bancs alternent en stratification concordante avec des couches miocènes, ce qui montre qu'ils se sont formés pendant la période miocène.

Dans la roche des Monnikrotsen le quartz est très rare parmi les plus gros cristaux. Au côté est du rocher (voir la fig. 26) on voit un très beau perlite, que j'ai déjà décrit dans les ^Nieuwe geologische ontdekkingen op Java'\ L'»augite", en partie décomposée et fortement pléochroïque, dont il est question dans ce Mémoire, est de l'hypersthène; la roche est un perlite d^ andésite à hypersthène, contenant de V amphibole.

Les roches ne sont pas assez à découvert pour qu^on puisse décider si le perlite forme un filon dans la dacite, ou s'il constitue simplement une modification riche en verre de celle-ci. Quelques échantillons de la roche riche en verre contiennent de beaux sphérolithes, les fissures perli tiques s'effacent entièrement dans ces échantillons.

Èasalie (probablement quaternaire et plus jeune). Cette roche se montre en coulées de lave près de la source chaude au pied du Tangkamoes ou Keizerspiek, lequel s'élève sous la forme d'un cône escarpé, haut de 2280 mètres, près de rextrémité nord de la baie de Seniangka. Le sommet de ce mont n'a pas encore été visité.

Dans l'ile Lagoendi, j'ai trouvé du basalte parmi les cailloux roulés d'une rivière qui se jette dans la jolie baie de Patappan, à la cote nord de l'île.

Au pied du beau cône de Sebesi, l'ile située au nord de Rakata, on trouve également du basalte, savoir, dans la petite ile Mengoenang (Huismans-eiland). Le volcan possède une enceinte plus ancienne, qui se voit bien surtout au coté ouest de l'ile, et dans laquelle s'est formé un cône d'éruption plus récent, haut de 859 mètres d'après la carte marine. Des roches du sommet on n'a pas encore recueilli d'échantillons.

Un basalte fin existe à Seboekoe besar.

Enfin l'île Rimau besar, l'une des Zutphens-eilanden en forme de cône aigu, consiste au côté nord en une lave basaltique noir foncé, très fraîche d'aspect.

Andésite à hypers thène (probablement quaternaire et plus jeune). C'est la roche la plus répandue dans les îles du détroit de la Sonde. On la trouve: au côté nord de la grande île Prinsen-eiland, en petites collines : dans la croupe qui unit les volcans Tangkamoes et Pesawàran (Lampongs); dans l'île Lagoendi, à l'état de roche très fraîche, dans la même rivière où furent trouvés les cailloux de basalte dont il a été question ci-dessus; à Seboekoe besar et à Seboekoe Ketjiel; au pied du Radja Bassa, volcan de plus de 1300 mètres de hauteur, sur la côte de Sumatra, au voisinage du kampoeng (maintenant détruit) Tjanti; au Varkenshoek; à Hout-eiland, l'une des îles Zutphen; à l'île Dwars in den weg; et au Toppershoedje.

On voit par cet aperçu que le basalte et l'andésite à hypersthène se trouvent assez souvent l'un près de l'autre, quelquefois dans la même île, de sorte que leur apparition, ainsi que j'en ai déjà fait la remarque, n'est pas liée à des directions déterminées.

La plupart des andésites fi hypersthène qui viennent d'être énumérées avaient été décrites dans ma »Topographische en geologische beschrijving van ZuidSumatrà'* comme des andésites à augite, changement de dénomination dont je dois donner les raisons.

Dans la description microscopique des nombreuses andésites à augite du Sud de Sumatra, et aussi dans celle des andésites de la Côte ouest de Sumatra {Topographische en geologische beschrijving van een gedeelte van Sumatra s Westkusf), on trouve presque toujours noté, à propos de la description de l'augite, que parmi les sections de ce minéral iL y en a de pléochroïques et de non pléochroîques ; ces dernières, ordinairement vertes, montrent entre les niçois croisés des angles d'extinction très obliques; les premières, pléochroïques entre les teintes brunes et vertes, montrent le plus souvent une extinction parallèle. Conformément à l'opinion alors généralement admise, et défendue notamment par M. RosEifBuscH dans sa Mikroskopische Physiographie der massigen Gesteine, p. 410 et 411, j'avais toujours attribué les sections pléochroïques à la zone oP: ooPoo, d'un pyroxène monoclinique, tandis que les sections vertes non pléochroïques auraient appartenu à la zone oP: ooPob. Mais, l'étude des pyroxènes de la cendre rejetée en 1883 par le Krakatau montre qu'ils se l'apportent à deux espèces, un pyroxène brun, orthorhombique, pléochroïque, et un pyroxène vert, monoclinique, non pléochroïque. Les cristaux bruns isolés se distinguent déjà des augites vertes par leur forme cristalline; lorsqu'on les pose sur un des pinacoïdes, et qu'on les considère au microscope entre des niçois croisés, ils éteignent parallèlement aux côtés longs ; si alors on les tourne de 90°, de manière qu'ils viennent à reposer sur l'autre pinacoïde, ils montrent encore l'extinction parallèlement aux cotés longs, preuve évidente qu'on n'a pas affaire à un cristal monoclinique.

Le pléochroïsme de ces pyroxènes orthorhombiques, qui d'ailleurs, en ce qui concerne la microstructure, — transparence, nature des cristaux inclus, etc. — ressemblent tout à fait à des augites brunes fraîches, est très fort; ils sont verts lorsque la lumière vibre suivant l'axe principal, bruns et brun-rougeâtre lorsqu'elle vibre perpendicu-

lairement à cet axe. Si toutefois on taille ces cristaux en lames minces pour l'étude microscopique, le pléochroïsme, cela va sans dire, s'affaiblit, bien qu'il reste toujours distinct; la couleur des cristaux en lames minces est alors, à la lumière naturelle, jaune clair et brun-verdâtre clair, et ils ressemblent si complètement aux sections pyroxéniques jaunes qui se voient dans les préparations des plus jeunes comme des plus anciennes andésites et roches vitreuses de Krakatau, qu'on peut hardiment rappoiler ces sections à la même espèce que les cristaux bruns de la cendre. Le pleochroïsme intense de ces cristaux et leur forte teneur en fer (voir plus loin) me portent à leur appliquer, non pas le nom de bronzite, mais celui A'hypersihène\ et puisque la proportion du pyroxène brun, dans toutes les andésites de Krakatau, est beaucoup plus élevée que celle de l'augite verte, ces roches appartiennent à Vandèsite à hypersthène.

La révision, faite à ce point de vue, des roches volcaniques du détroit de la Sonde, du Sud de Sumatra, de la Côte ouest de Sumatra et de quelques-unes de Java, montra bientôt que la très grande partie de ces roches contiennent, outre l'augite verte, de l'hypersthène brune; dans les vraies andésites, l'hypersthène est en général prédominante, comparé à l'augite; lorsqu'un peu d'olivine apparaît dans la roche, la teneur en hypersthène s'abaisse notablement, et dans les basaltes riches en olivine il n'existe ordinairement plils que de l'augite monoclinique. L'hypersthène et l'olivine paraissent donc, dans une certaine mesure, s'exclure réciproquement, et nous trouvons ici une différence nouvelle et, à ce qu'il me semble, constante, entre l'andésite et le basalte. Dans la première de ces roches, la pauvreté en chaux (6% en moyenne) trouve donc son expression dans la formation prédominante de feldspaths pauvres en chaux (andésine, oligoclase) et d'hypersthènes pauvres eu chaux ou sans chaux; chez les basaltes, l'abondance de la chaux (12% en moyenne) se manifeste par la formation de feldspaths riches en (;haux (anorthite, labrador) et d'augites riches en chaux.

D'après cela, nous obtiendrions pour les roches volcaniques composées de plagioclase et de [lyroxëne les combinaisons minérales suivantes;

1 . Andésite à pyroxène. Feldspatbs, surtout pauvres en chaux, beaucoup d'hypersthéne, peu d'augite, magnétite.

2. Roches intermédiaires. Feldspaths, tant pauvres que riches en chaux, peu d'hypersthène, beaucoup d*augite, peu d'olivine, magnétite.

3. Basalte, Feldspaths riches en chaux, beaucoup d'augite (souvent, seulement à l'état de microlitbes dans la pâte), beaucoup d'olivine, magnétite.

Quelques exceptions, toutefois, sont déjà connues; c'est ainsi que, parmi les roches de Krakatau, on trouve une andésite à pyroxène contenant à la fois une très grande quantité d'hypersthène et un peu d'olivine. La roche du cône d'éruption qui s'élève aujourd'hui dans le cratère du Merapi, volcan de la partie centrale de Java, est une andésite sans olivine, mais avec beaucoup plus d'augite que d'hyper* sthène. D'autres exceptions seront sans doute trouvées, à la suite de nouvelles recherches, tant parmi les andésites^ des Indes que parmi celles de l'Europe et de l'Amérique. Mais il est certain que dans les andésites indiennes Vhypersihène est le bisilicate le plus répandu, celui qui prédomine, de sorte que le nom d'andésite à hypersthène est plus exact que celui d'andésite à augite; si l'on veut exprimer que dans ces roches entrent à la fois du pyroxène orthorbombique et du pyroxène monoclinique, on peut employer la dénomination plus générale d^andésite à pyroxène.

Dans les plaques minces, l'hypersthène se reconnaît non seulement à sa couleur et à son pléochroisme prononcé, mais aussi à la pâleur de ses teintes de polarisation entre les niçois croisés^ teintes qui sont par exemple beaucoup moins vives que dans les sections augitiques de même épaisseur. Ce caractère distinctif entre l'augite et l'hypersthène (bronzite) parait avoir été signalé pour la première fois par M. F. Bbcke (Tschermak, Minerai MittheiL, t. V, 1883, p. 527—529). La figure d'interférence est aussi, bien entendu, différente; mais, dans les plaques^ microscopiques des roches, il est naturellement rare que cette figure apparaisse avec une netteté suffisante. Enfin, les sections hypersthéniques présentent très souvent, les sections augitiques seulement par exception, l'extinction parallèle, ou presque parallèle, entre

les niçois croisés. Il va sans dire que lorsque le plan de section fait dans rhypersthène un angle avec chacun des trois axes, les sections du minéral orthorhombique aussi éteignent obliquement par rapport aux côtés longs; l'angle d'extinction reste toutefois petit même pour des positions assez obliques du plan de section, et le maximum de l'extinction chez l'hypersthène ne peut jamais acquérir les valeurs du maximum de Textinction chez l'augite. Pour le pyroxène orthorhombique les petits angles d'extinction sont donc la règle, pour le pyroxène monoclinique ce sont les grands angles d'extinction.

Le volcan Krakatau est entouré de tout côté par la mer et ne laisse rien voir de la base solide sur laquelle il repose. Toutefois, les fragments de matières, tant sédimentaires qu'éruptives, complètement étrangères au volcan, qui ont été rejetés pendant l'éruption de 1885, appartiennent aux mêmes roches que nous avons vues ci-dessus se trouver dans les iles et sur les côtes du détroit de la Sonde, d'où nous pouvons conclure à l'existence d'un substratum de même nature.

Les fragments de roches sédimentaires consistent en argilites et en grès, soit calcarifères, soit dépourvus de chaux, qui sont formés par l'agglomération de détritus volcaniques. Dans tous on trouve, quoique en quantité très variable, le produit du Krakatau, le verre poreux, ou ponce.

(les matières ap[)artiennent donc à un dépôt diluvien ou moderne déjà consolidé, à une formation de tuf néo-volcanique.

Dans quelques-unes de ces matières on remarque spécialement des concrétions riches en chaux, de forme sphérique, ellipsoïdale ou irrégulière, qui se rencontrent aussi, isolées de la roche ambiante, à/ la surface du sable ponceux; dans ce sable, je ne les ai pas trouvées, de sorte qu'elles doivent avoir été éjaculées lors d'une des dernières' éruptions.

Aux matières éruptives tout à fait étrangères à la constitution du volcan Krakatau ai)partiennent des fragments d* andésites, semblables à certaines roches éruptives miocènes de l'Ouest de Java. Assez souvent ils sont altérés et transformés en une masse blanche, et ordinairement ils contiennent de petits cristaux de pyrite, qui s'y

remarquent déjà à l'oeil nu, sous forme de points jaunes brillants. La pyrite qui se trouve en faible quantité dans la cendre de 1883 (voir plus loin) provient très probablement de ces matières.

De ce qui précède, nous pouvons donc conclure que la base du volcan Krakatau, et d'une manière plus générale tout le fond du détroit de la Sonde, sont essentiellement formés de roches éruptives miocènes, recouvertes par des couches horizontales de sédiments marins diluviens et modernes, dont les matériaux proviennent des volcans actuels du détroit de la Sonde. Aucun débris de roches sédimentaires tertiaires ou plus anciennes n'a été amené au jour par le volcan.

EXAMEN MAOEOSOOPIOUE ET MIOEOSOOPIOUE DES BOCHES DU EBÂEÂTÂÏÏ.

Cet examen a été fait en collaboration avec M. l'ingénieur des mines J. W. Retgers.

Page 1