Le grand tremblement de terre de l'Australie
3. Les tremblements de terre et les éruptions dans la partie de l'écorce terrestre qui est diamétralement opposée à Krakatau.
Les deux premières de ces actions me font regarder comme probable que les différents espaces souterrains de l'Archipel Indien (Java, Sumatra, Moluques) communiquent entre eux et avec l'Australie, de sorte qu'une augmentation ou une diminution de pression dans ime de ces cavités doit nécessairement entraîner des modifications dans les autres, d'où résultent des déplacements subits de vapeur ou de lave fondue, pouvant se traduire par de vastes tremblements déterre ou par des éruptions volcaniques.
L'existence de ces grands espaces souterrains viendrait à l'appui de l'opinion qu'une partie de notre globe se trouve encore à l'état dé fluidité ignée. Elle constituerait au contraire une difficulté, me semble-t-il, pour l'hypothèse dans laquelle la chaleur des foyers volcaniques est uniquement attril)uée à des combinaisons chimiques locales. Ces combinaisons, en effet, devraient s'opérer sur de très grandes étendues, et la difficulté consisté alors surtout à indiquer clairement de quelle nature elles pourraient être. Sans doute, à la rencontré de l'eau avec les métaux des alcalis et des terres alcalines, tels
que le potassium, le sodium el le calcium, de la chaleur se dégage; mais, comme les produits fournis par les volcans ne contiennent ordinairement qu'un petit nombre de centièmes d'alcalis et de chaux, il est difficile d'admettre que la chaleur développée dans ces combinaisons soit capable de fondre la totalité des silicates que les volcans rejettent.
n n'est pas prouvé non plus, et même il est improbable, que l'intérieur du globe renferme tant de calcium et de métaux alcalins. Dans la lave, la proportion de ces matières est faible, et dans le noyau pâteux ou peut-être solide de la terre il doit se trouver des substances beaucoup plus lourdes que celles dont il vient d'être question, puisque la densité de la terre, considérée dans son ensemble, est notablement supérieure à la densité des roches de l'écorce terrestre. A la vérité, il y a d'autres métaux, et parmi eux des métaux lourds, tels que l'aluminium, le magnésium, le fer, etc., qui sont capables, au moins à une température plus élevée, de décomposer l'eau; mais cette décomposition mettrait en liberté d'immenses quantités d'hydrogène, qui s'échapperaient nécessairement par les cratères des volcans et donneraient, en brûlant à l'air, de grandes flammes, phénomène qui, dans la plupart des éruptions, ne s'observe pas.
La théorie des combinaisons chimiques, comme cause de la chaleur nécessaire pour fondre les masses lithoïdes des volcans, a été imaginée, on le sait, par Humprhy Davt (4IB1), après qu'il eut, en 1807, découvert le potassium, en soumettant l'hydrate de ^potasse à l'action d'une puissante pile de Yolta.
Plus^tard toutefois, n'ayant pas trouvé d'hydrogène dans les gaz qui, lors d'une éruption du Vésuve, s'échappaient du cratère, Davt lui-même renonça à sa théorie, ou du mo^is n'y attacha plus guère d'importance.
Des recherches postérieures ont prouvé, il est vrai, que l'hydrogène libre, de même que l'hydrogène protocarboné, fait assez souvent partie des gaz émis par les volcans; mais M. Fouqu^ a calculé que, pour expliquer la chaleur développée dans une seule éruption de l'Etna, en supposant cette chaleur due au contact du sodium avec l'eau et aux combinaisons qui en résidtent, il ne faudrait pas moins de 7 millions de mètres cubes de sodium (4IG9).
En considérant l'ensemble des éruptions des divers volcans, on serait donc conduit à un chiffre absurde pour la quantité des métaux alcalins, et un si prodigieux volume d'hydi*ogène deviendrait libre, que dans toutes les éruptions volcaniques on devrait voir s'élever incessamment d'immenses flammes, provenant de la combustion de l'hydrogène venu en contact avec l'oxygène de l'air. Or, bien que des flammes aient réellement été observées dans quelques éruptions, elles étaient loin d'y jouer le grand rôle que l'hypothèse en question tendrait à leur assigner, et dans beaucoup de cas elles font même entièrement défaut. L'hydrogène dégagé peut d'ailleurs avoir été le résultat de la dissociation de la vapeur d'eau (voir Ghap. IV). En ce qui concerne les éruptions du Krakatau, tant au mois de Mai qu'au mois d'Août, les récits ne font aucune mention de flammes, mais seulement de »feu", expression qui se rapporte à des cendres •incandescentes, ou à des particules de cendre éclairées par la lave en fusion contenue dans le cratère.
Il va sans dire que des combinaisons chimiques s'effectueront dans le sein de la terre et occasionneront une élévation de température; mais, que ces combinaisons soient la source principale de chaleur, c'est ce qui me parait extrêmement improbable. Je n'ai parlé incidenunent de cette théorie que parce que, dans les derniers temps, elle a plus ou moins repris faveur en Europe.
Dans le fait, enfin, que durant l'éruption du Krakatau des phénomènes volcaniques ont eu lieu justement près de l'antipode, on ne saurait guère voir un effet du hasard, bien qu'il soit très diflicile de donner des raisons pour lesquelles, pendant la période d'activité de notre volcan, l'antipode était mieux situé pour une éruption que les autres contrées volcaniques de la terre. Rien d'analogue n'a été observé, que je sache, dans des circonstances antérieures, et il faudra attendre de grandes éruptions futures pour décider si le fait a une signification particulière.