‹ KrakatauChapitre 88 sur 127 · PLANCHES DE L'ALBUM · texte numérisé non relu

PLANCHES DE L'ALBUM

Les 25 dessins en couleurs réunis dans l'album donnent une idée fidèle des régions ravagées, telles qu'elles étaient entre le 11 et le 28 Octobre 1883, c'est-à-dire environ 2 mois après l'éruption. Tandis qu'à proximité de Krakatau toute vie était éteinte à cette époque, les arbres dépouillés de leurs feuilles recommençaient déjà à bourgeonner dans les lieux situés à une plus grande distance du volcan, de sorte que, sauf à Krakatau, à Sebesi et en quelques points très maltraités de la côte, la végétation se sera entièrement rétablie dans le cours d'une année.

La description suivante pourra servir d'explication aux planches de l'album. «

Planche 1. Lorsque, le matin du 12 Octobre, nous entrâmes dans le détroit de la Sonde, où l'ancre fut jetée près de Poeloe Merak, l'aspect étrange des côtes nous frappa immédia-

tement. Tandis que les collines et les montagnes étaient encore couvertes de souches d'arbres et de troncs dégarnis^ ça et là même encore parées d'un arbuste vert, la partie basse du littoral et des îles était complètement rasée, la roche nue s'y montrait partout à découvert. Sur la planche 1 on voit à gauche Tile (Poeloe) Herak, en face de laquelle, sur la côte de Java, était situé le village Poeloe Herak ou Merak, où se trouvait l'établissement des travaux du port; c'est de ce point qu'a été fait le dessin. Derrière l'ile Herak se montre à droite l'île Dwars in den Weg; derrière celle-ci, dans le lontain, le volcan Sebesi, qui forme également une Oe; puis, toujours plus à droite, la pointe S. Ë. de Sumatra, nommée le Varkenshoek, avec les îles Zutphen et le volcan Radja Bassa; en avant, la petite ile Toppersboedje.

Surtout à cette dernière ile, aux îles Zutphen et à Dwars in den Weg on reconnaît distinctement que toute végétation a disparu jusqu'à une hauteur notable (20 à 35 mètres) au-dessus du niveau de la mer. Plus haut on voit des arbres, en partie encore verts à Toppersboedje et à Poeloe Merak, points les plus éloignés de Krakatau, mais presque tous dépouillés de feuiUes aux points plus rapprochés du volcan.

A Dwars in den Weg, l'onde a passé du S. au N. sur les parties basses de l'ile, entraînant arbres et plantes, tandis que sur les parties plus élevées quelques rares arbustes s'aperçoivent encore. Comme les parties basses, vues d'une certaine distance en mer, plongent sous l'horizon, l'île semble alors composée de plusieurs pièces distinctes, ce qui explique le bruit, d'abord répandu, que Dwars in den Weg s'était fendue en 5 fragments. En approchant davantage, on constate que les parties élevées sont encore reliées par les parties basses en une ile unique.

Planche 2. Elle montre une partie de Dwars in den Weg ; entre les collines, hautes de 40 à 60 mètres, on voit une des dépressions sur lesquelles l'eau a coulé et où il n'y a plus trace de végétation. Une tentative pour aborder à cette lie échoua, à cause des brisants violents. Sur le côté sud, que la planche représente, l'onde monta, suivant estime, à environ 35 mètres de hauteur. Dwars in den Weg a justifié son nom en cette occasion, car elle se trouva droit »en travers du chemin" de l'onde qui de Krakatau se dirigeait vers la mer de Java.

Planche 3. On y voit le Varkenshoek et les îles Zutphen, de plus près que sur la planche 1. La bande blanche dénudée est très distincte; sur une couple d'iles, la ligue de démarcation va en s'abaissanl du sud au nord, d'où il suit que l'onde a remonté le plus haut contre la côte sud, ce qui d'ailleurs est tout naturel. Des arbres il n'est guère resté que des tiges et des troncs nus, les feuilles et les branches ont disparu. En arrière on voit le RadjaBassa et à gauche Sebesi.

Planche 4. Le joli ilôt Toppershoedje, avec la côte de Java dans le lointain. La bande dénudée fut mesurée, sa hauteur était de 30 mètres au côté sud de l'ile, de 24 mètres au côté nord.

Planche 5. Après que, partis de Merak, nous eûmes longé les iles Toppershoedje et Zutphen, nous arrivâmes, au-delà du Varkenshoek, en vue de la pente sud du Radja-Bassa, laquelle présentait un aspect brunâtre et desséché; le côté postérieur de la montagne, d'après les renseignements obtenus, doit avoir beaucoup moins souffert. La cendre brûlante, - qui fut si funeste à cette partie de la côte, ne parait donc pas être tombée sur le revers de la montagne, mais avoir été lancée seulement, sous un faible angle d'inclinaison, contre le versant méridional, ainsi que je l'ai exposé plus haut. Les nombreux kampoengs (villages)

disséminés le long du rivage ont été ravagés par la pluie de cendre et de boue, mais surtout par les hautes vagues. Ketimbang, le chef-lieu des IV Margas et la résidence du Contrôleur de la Division, subit le même sort. L'emplacement de l'habitation de ce fonctionnaire ne se laissait plus reconnaître sûrement; on ne voyait qu'une plaine couverte de bois mort, de pièces de charpente des maisons, de fragments de coraux rejetés ça et là par la mer, enfin, de cendre et de pierres pouces. Sur le Radja Bassa tous les arbres étaient dépouillés, et une partie d'entre eux avaient été déracinés et brisés par les vents violents qui soufflèrent pendant l'éruption.

Un peu plus loin au nord se voyait autrefois, entouré de cocotiers, le florissant kampoeng Hadja.

Notre planche 5 "^représente l'emplacement que ce village occupait; les cimes des cocotiers sont brisées, ou bien leurs branches et leurs feuilles se sont à demi rompues sous le poids de la cendre mouillée. Les sawahs (rizières) en terrasses étaient couvertes d'une couche de cendre épaisse de 0"*.2.

Planche 6. Encore 3 kilomètres plus au nord, près de la ville ravagée de Kalianda, se trouve le mouillage actuel des navires; la nouvelle résidence du contrôleur, Kasoegihan, est située à environ 2^2 kilomètres de Kalianda, vers l'intérieur. L'onde a envahi la côte jusqu'à 400 mètres du rivage et jusqu'à une hauteur de 24 mètres au-dessus du niveau de la mer. Notre dessin montre une partie de la côte, tout près de la ville détruite de Kalianda, avec un grand nombre de cocotiers brisés.

Toutes les maisons ont été emportées par les vagues. On pourra comparer cette planche avec la carte fig. 25.

Planche 7. Toute la côte orientale de la baie de Lampong, au nord de Kalianda, et aussi la côte ouest de la baie, entre l'ile Lagoendi et Teloeq Betoeng, ont beaucoup soufiert, tant

par la grande vague que par la forte pluie de cendre et de boue. La plupart des arbres étaient dépouillés de feuUles, les kampoengs situés à mbins de 24 mètres de hauteur au-dessus de la mer avaient été détruits. Sur le bord occidental de la baie, toutefois, quelques kampoengs bas, celui de Hoeroen entre autres, ont été préservés, grâce à leur situation favorable derrière des parties proéminentes de la côte, ou derrière des iles.

Bien que la baie se rétrécisse vers le nord et se termine à Teloeq Betoeng, la mer n'y a nulle part, d'après nos mesures, monté plus haut qu'à Kalianda. Au Goenoeng Koenjiet ou Apenberg près de Teloeq Betoeng, butte isolée, haute de 87 mètres et rattachée à la côte par une partie plus basse, l'eau s'est élevée, suivant mesure, à 24 mètres et a complètement dénudé le monticule jusqu'à ce niveau (voir planche 7).

Planche 8. Sur ce dessin se trouve réuni presque tout ce qui est resté de l'importante localité Tel6eq Betoeng. Elle s'étendait en majeure partie dans une large plaine, à peu de mètres au-dessus du niveau de la mer; seuls l'hôtel de la résidence, le fort, la prison et quelques maisons étaient bâtis sur la colline que la planche représente, et ont dû à cette situation d'échapper au désastre. On pouvait nettement reconnaître, aux accumulations de bois flottant rejeté par l'eau, que la vague s'était avancée jusqu'à 30 mètres de la résidence, et pourtant aucune des nombreuses personnes réfugiées dans cet édifice n'a rien remarqué de la vague, tellement l'obscurité était profonde. La plus grande hauteur au-dessus du niveau de la mer, que l'eau ait atteinte en ce point, s'élevait à 22 mètres. A la fin du mois d'Octobre, quelques arbres recommençaient déjà à verdir. — A comparer avec les plans fig. 27 et 28.

Planche 9. Krakatau prise du côté postérieur (côté sud). Cette planche

est à rapprocher des autres vues de la même île desquelles il sera question plus loin. On voit que le revers delUe n'est pas effondré; il présente la pente ordinaire, mais dépourvue de végétation et couverte d'une épaisse couche de cendre. Le 11 Août, des arbres y croissaient encore. Planches 10, 11 et 12. Plus on approche de Krakatau, plus l'aspect du paysage devient morne et désolé. Si à Teloeq Betoeng se voyait encore çà et là un arbre verdoyant, à Seboekoe et à Seboekoe-ketjiel (Beschutters-eiland) nous ne trouvâmes que des souches et des troncs morts; ce qui attirait ici spécialement l'attention, c'est qu'une foule d'arbres étaient déracinés et renversés, d'autres rompus ou déchirés à une certaine hauteur au-dessus du sol, ce qui indiquait l'action de violents coups de vent. La grande île Seboekoe était inhabitée; à la pointe nord de Beschutters-eiland, il y avait autrefois ui^ charmant kampoeng, à demi caché sous les cocotiers, et comptant environ 80 habitants; j'avais visité cette localité en 1877, maintenant je n'y trouvai qu'une nappe de cendre et en outre, sur la côte, des fragments de corail, entre lesquels les restes de quelques malheureuses victimes.

Planche 11. Couche de cendre au côté sud de Seboekoeketjiel.

Planche 12. Blocs de corail au côté ouest de l'île près de la côte.

A Seboekoe même, derrière la presqu'île faisant face à Seboekoe-Ketjiel et maintenant reliée à Seboekoe par une langue de terre basse et nue, formée de débris de coraux, nous trouvâmes également quelques cadavres, dont le crâne était déjà complètement dépouillé de chevelure, bien que des restes de vêtements fussent parfois encore visibles.

A l'extrémité sud de Seboekoe la bande dénudée de 25 à 30 mètres de hauteur s'accuse particulièrement bien; à l'époque de notre visite, la mer dans ces parages

était chargée de ponces flottantes, comme on le voit sur la planche 10; au fond s'aperçqivent Sebesi et Krakatau. — A comparer avec la carte fig. 22.

Planche 13. Lorsque, en 1877, je descendis à Sebesi et visitai, dans la plaine qui s'étend près du rivage, les quatre kampoengs florissants, avec leurs belles sav^ahs et plantations de poivriers, j'étais loin de me douter que, six ans plus tard, je reverrais cette île dans l'état où elle se trouvait maintenant.

Vu de l'île actuelle Huismans-eiland ou, suivant son vrai nom, Mengoenang, le mont Sebesi se présente tel que le rend la planche 13. C'est un tableau sombre et lugubre, l'image de la plus complète désolation. Les arbres ont totalement disparu, la cendre et les fragments de ponce recouvrent le sol d'une couche de 1 à 1 Va mètres d'épaisseur; partout les eaux ont creusé dans la cendre de petits ravins étroits et profonds, qui, vus de loin, avec leurs ramifications, donnent l'idée de bois mort couvrant la montagne. Dans la plaine, quelques chicots d'arbres se dressaient au-dessus de la cendre, et à l'endroit où s'élevait jadis le kampoeng principal nous trouvâmes çà et là des débris d'ustensiles de ménage, mais pas de cadavres.

Les habitants des kampoengs paraissent avoir été entraînés en grande partie dans la mer, par la terrible vague qui, à 10 heures du matin, déferla sur la plaine. Le nombre des hommes qui ont péri est évalué à 3000. D'après nos mesures (voir la carte fig. 23) la plaine est large de 700 mètres.

Dans le fond du dessin on voit Krakatau.

Planche 14. Entre Sebesi et Krakatau, la mer, autrefois profonde de 36 mètres, est presque entièrement comblée par les produits de l'éruption, pierres, cendre et sable. De ce grand amas, deux parties surtout s'élèvent au-dessus de la sur-

face des eaux; on leur a donné les noms d'ile Calraeyer et d'ile Steers. Leur forme se modifie incessamment^ parce que le choc des vagues désagrège la masse incohérente et en entraine les débris. L'île Calmeyer est représentée sur la planche 14, Tile Steers sur la planche 15. L^ planche 14 est dessinée d'un point situé au nord de Calmeyer, de sorte qu'elle offre en même temps une I)elle vue du pic de Krakatau et des falaises que l'effondrement a produites aux côtés nord et est de cette île. Le côté postérieur de Krakatau a conservé, conmie on l'a déjà vu sur la planche 9, son ancien aspect. Calmeyer ne forme pas une île unique, mais est composée de 6 ou, si Ton y comprend aussi les amas plus éloignés, de 8 parties séparées, ainsi que le montrent la planche 14 et mieux encore la carte fig. 20. Le point le plus élevé de l'île ne dépassait que de 67a n^^tres le niveau de la mer. — En Août et Septembre 1884, U n'en apparaissait plus rien au-dessus de la surface des eaux.

Planche 15. Vue de Steers-eiland, prise de l'est. L*île est formée de 3 parties; au mois d'Octobre 1883, le point le plus haut s'élevait tout au plus à 3 mètres au-dessus de la mer. Les brisants y ont ordinairement beaucoup de violence, et ils nous empêchèrent d'aborder dans l'île.

En Août et Septembre 1884, aux heures de basse mer, Steers-eiland se voyait encore* parfaitement, conmie banc de sable, au-dessus de la surface de l'eau. C'est donc à tort que les membres de la Mission française à Krakatau ont annoncé que l'île Steers était déjà complètement disparue au mois de Mai 1884. Peut-être la mer était-elle haute au moment où ils arrivèrent près du banc de sable, et celui-ci était-il peu ou point visible dans ces circonstances.

Planche 16. La baie de Tampang, près du Vlakke Hoek, à l'extrémité sud-ouest de la baie de Semangka. Le kampoeng Tarn-

pang a été détruit par la vague ; il était situé à l'endroit où se voit, sur le dessin, le bouquet de cocotiers aux cimes flétries. Bien que la baie soit éloignée de près de 85 kUomètres de Krakatau, la pluie de cendres et de particules de ponce assez grosses y avait presque entièrement dépouillé les arbres de leurs feuilles. Les taches blanches qu'on remarque dans la forêt sont àesladangs, nom sous lequel sont désignées des portions de forêt où l'on a abattu les grands arbres et qui doivent être transformées en jardins; leur teinte gris-clair est due ici à la cendre qui les couvre.

Planches 17, 18 et 19. Nous retournons maintenant à Calmeyer. La planche 19 en donne une bonne vue d'ensemble; le spectateur est censé placé presque à l'extrémité occidentale de l'ile et regarde vers l'est. Entre les différentes parties de l'ile a pénétré la mer, qui est couverte de ponces. La montée et la descente de Teau, dans ces criques, sont accusées par les petites lignes blanches, formées de fragments de ponce, qui bordent le rivage. Le point le plus élevé de l'île (6 Va mètres au-dessus de la mer) se trouve à gauche. Sur le fin sable ponceux repose une couche, épaisse de 0"^.2, d'une fine cendre de couleur plus foncée, qui doit être arrivée à l'état de boue humide, car elle est traversée de nombreuses fissures et crevasses, formées pendant sa dessication sur la cendre chaude. Voir les planches 18 et 19.

De cette île on a une superbe vue sur Krakatau et sur Sebesi; c'est de là qu'ont été dessinées les planches 17 et 18.

Sur la planche 17, Krakatau se voit à peu près du même côté que sur la planche 14; le dessin est toutefois à plus petite échelle. L'ile située entre Calmeyer et Krakatau appartient à Calmeyer, et est la même que l'ile a de notre carte fig. 20. Â droite de Krakatau se

trouve Lang-eilaud, et tout à fait à droite on voit encore une partie de Verlaten-eiland.

La planche 18 représente Sebesi éclairée par la lumière du matin; la teinte de la montagne est alors ordinairement brunâtre vers le bas, bleue vers le haut. Le contour de cette montagne a été pris, de même que celui de Krakatàu et de même aussi que celui de Sebesi sur la planche 13, à la chambre claire, de sorte que l'inclinaison des pentes n'est pas, comme d'ordinaire, exagérée, mais exactement conforme à la réalité. En arrière de Sebesi, à droite, apparaît l'ile moins élevée de Seboekoe, et encore plus à droite le Radja-Bassa.

Planche W. Ciontinuons maintenant par la pensée notre voyage vers l'ouest, mais sans nous arrêter pour le moment à Krakatàu même.

La baie de Semangka a été fortement éprouvée par les vagues. Beneawang, résidence du Contrôleur, à l'extrémité septentrionale de la baie, et la bande plate aux embouchures de la rivière de Semangka sont entièrement ravagées. La végétation avait été presque complètement détruite par la pluie de cendre et de boue, quoique, de ce côté, la boue soit tombée en quantité moindre qu'au côté nord du volcan.

Dans la grande île Taboean, le côté sud-est a le plus souffert des ondes, la moitié nord et nord-ouest a été beaucoup moins maltraitée et de ce côté, heureusement, se trouvaient les kampoengs; les arbres avaient la plupart perdu leurs feuilles sous l'action de la pluie de cendre.

En Octobre j'essayai en vain d'atteindre Poeti et les lieux situés plus au nord; déjà à peu de distance de Taboean la baie était entièrement obstruée par la ponce, qui ne permettait pas d'y pénétrer plus avant. Nous primes donc la direction de l'ouest, visitâmes d'abord

Tampang, village dont il a été question dans la description de la planche 16, et nous rendîmes ensuite, en passant au sud du Vlakke Hoek, à la baie de Blimbing.

Près de cette localité se voit, sur la pointe sud-ouest de Sumatra, le beau phare en fer érigé en 1880, haut de 60 mètres et portant un feu de 1**" ordre. Autour du phare U y avait un établissement construit en fer et en pierres, qui a disparu sans laisser de trace. L'onde a passé avec violence sur la partie méridionale plate de la presqu'île et s'est élevée à 15 mètres contre le phare; celui-ci, heureusement, n'a éprouvé presque aucun dommage (voir la planche 20), mais, dans l'épaisse forêt qui s'étendait entre le phare et le kampoeng Blimbing, la vague à exercé des ravages tels qu'on aura sans doute rarement l'occasion d'en contempler; les arbres enchevêtrés dans toutes les positions imaginables, et entre lesquels on a retrouvé çà et là des pièces de fer de l'établissement et des cadavres d'ouvriers, forment un chaos indescriptible.

Comme on le voit sur le dessin, les arbres encore debout sont complètement dépouillés de feuilles, et pourtant ce point est déjà à 103 kilomètres de Krakatau. Planchent. Nous nous dirigeons maintenant vers Java et touchons d'abord à la côte nord de la grande ile Prinsen-eQand. Là se trouvait un kampoeng de 56 bûcherons, originaires de Tjaringin, qui tous ont péri. La bande dénudée se distingue le mieux à l'extrémité gauche (nord-est) de l'ile; la vague n'y a toutefois pas dépassé la hauteur de 10 à 15 mètres.

Au côté sud de l'ile on voit sur la planche 21 un

monticule à forme de volcan, appelé le »pic" de Prinsen-

efland.

Planche ^i. Contournant ensuite Prinsen-eiland par le côté oriental,

nous entrons, à l'ouest de Meeuv^en-eUand, en rade de

Java's le puni. De la rade une vue fut prise sur le Goenoeug Pajoeng, montagne peu connue, à forme de volcan, mais n'ayant que 471 mètres d'altitude. En avant de cette montagne s'étend la côte de Java, où la végétation n'avait été détruite qu'en partie et où les arbres dépouillés commençaient déjà à reverdir.

Planche i5. Du point de débarquement une très bonne route conduisait autrefois, le long du rivage, au phare en pierres, feu de l*^*" ordre, qui se dresse pittoresquement sur un rocher .haut de 40 mètres.

Le phare lui-même était primitivement plus élevé, mais le tremblement de terre du 1^^ Septembre 1880 lui avait causé de si graves dommages, que la partie supérieure dut être démolie.

La verdure qu'on voit sur la planche 23 s'est en majeure partie formée pendant les deux mois écoulés ' entre le 27 Août et le 21 Octobre; immédiatement après l'éruption, la plupart des arbres étaient privés de feuillage. Les feuilles des bananiers surtout se développèrent, à la suite d'abondantes pluies, avec une rapidité extrême.

Sur la route du débarcadère au phare, et beaucoup plus à gauche, dans le bois, nous rencontrâmes un grand nombre de blocs de corail, que la mer avait entraînés à plusieurs centaines de mètres du rivage, vers le bois, où elle les avait abandonnés. Beaucoup de troncs d'arbres portaient les traces du rude contact des fragments de corail; en plusieurs points la route était emportée. Planches 24 et 25. Nous quittons Java's 1® punt, pour visiter la partie plus septentrionale de la côte do Bantam, jusqu'à Tjaringin, Ânjer et Merak; là de vastes plaines ont été complètement dénudées, la vague a balayé maisons et cocotiers, et des myriades de blocs calcaires madréporiques ont été rejetés par la mer sur le rivage. A Java's 4* punt, non loin du phare, git notamment un énorme bloc

de corail, qui d'après nos mesures a un volume de 300 mètres cubes et par conséquent un poids d'au moins Yj million de kilogrammes (voir fig. 41). De ces régions ravagées aucune bonne vue d'ensemble ne put être prise.

Passant finalement à Krakatau, la cause de tous ces désastres et de toute cette misère, nous présentons sur la planche 24 une vue des prodigieux amoncellements de cendre, de sable et de matériaux ponceux — pour lesquels nous avons fréquemment employé le nom de sable ponceux — et sur la planche 25 une vue de la magnifique paroi à pic que l'effondrement du 27 Août a formée au côté nord du volcan. Ces deux dessins, joints aux planches 9, 14 et 17, ainsi qu'à la carte fig. 1, donneront, je l'espère, une idée complète de la montagne, dans sa forme actuelle.

Au chapitre V il a déjà été traité en détail de ces planches, de sorte que je puis y renvoyer, en me bornant ici aux courtes remarques suivantes.

La planche 24 fut dessinée par M. Sghrbuders, pendant qu'avec les autres membres de la Commission je gravissais le versant ouest de la montagne, en exécutant les opérations topographiques nécessaires.

Ce qui mérite surtout l'attention, ce sont les profonds ravins, dont l'un est visible dans le dessin.

Ces ravins, creusés par les eaux dans les produits éruptifs mouillés, rendaient l'ascension très pénible; de leur fond s'échappaient de l'eau chaude et de la vapeur. Derrière les amas de ponce, qui en quelques endroits au pied du Krakatau possèdent une épaisseur de 60 à 80 mètres, apparaît le bord ébréché de la montagne, et au sommet on voit une partie de la fracture presque verticale qui la termine au nord, ainsi qu'une partie du côté postérieur, lequel, près du sommet, a une inclinaison

de 30 à 52 degrés. En faisant l'ascension à ce côté postérieur nous ne trouvâmes pas même un tronc d'arbre mort, derrière lequel on pût s'abriter un instant contre les rayons brûlants du soleil ; la pente entière était complètement nue.

Sur la planche 25 on voit les couches converger la plupart vers le centre, preuve que là se trouvait quelque part le cratère; néanmoins, je pense que le cratère n'a pas été coupé par la fracture oblique, ou qu'il ne l'a été que dans sa partie supérieure; je le crois situé principalement au sud de cette paroi escarpée, donc derrière elle par rapport à l'observateur. Un petit cratère se remarque à gauche de la partie centrale, et tout à fait en bas et à gauche les couches ont une position qui ne concorde pas avec celle des autres; ces couches appartiennent au bord du cratère le plus ancien, et sont formées de la même roche que Verlaten-eiland et LangeUand; en cela elles diffèrent beaucoup des autres couches du Pic, qui consistent surtout en matières incohérentes, lapilli et fine cendre. Ces dernières couches alternent avec quelques bancs de lave, et sont coupées transversalement par des filons lithoides (veines). Elles sont de couleur brunâtre et tranchent fortement sur les matières ponceuses récentes, blanches ou gris clair, qui les recouvrent.

 la limite de ces deux dépôts on trouve çà et là des troncs d'arbres morts, restes des épaisses forêts qui couvraient le volcan avant l'éruption.

La paroi presque verticale de 832 mètres de hauteur, avec la mer bleu foncé et profonde de plus de 300 mètres qui baigne son pied, fait sur tout le monde, par son caractère étrangement grandiose, une irrésistible impression. Devant cette prodigieuse falaise on -peut se former une idée nette du bloc rocheux qui s'est

affaissé dans les abîmes souterrains, et l'on n'est plus tenté de chercher, pour la production de la grande vague, une autre cause que l'immersion subite de cette énorme masse.

Aux mois d'Août et de Septembre 1884, l'aspect de la paroi était un peu différent. La cendre gris clair mouillée, qui à l'origine avait dégoutté vers le bas et recouvert la surface en divers points, surtout au milieu, était maintenant en grande partie détachée par l'incessant effritement de la roche. La traînée de cendre grise étendue sous le sommet, et que montre notre planche 25, avait entièrement disparu, en laissant à découvert une grosse veine pierreuse, qu'on peut suivre dans une direction presque verticale à travers les couches du pic, jusqu* à la moitié de la hauteur totale de la montagne, où elle se termine en un renflement lenticulaire. Par contre, le petit cratère, un peu à gauche du centre, était devenu beaucoup moins distinct.

Il est vivement à désirer que l'on réussisse bientôt à obtenir de cette paroi une bonne représentation photographique, sur laquelle les différentes couches et les différents filons soient nettement visibles. La tentative faite au mois de Septembre 1884 a échoué, ainsi que je l'ai déjà dit, par l'insuflisance de la lumière. Comme il n'existe au nord de la falaise aucune terre assez rapprochée, on est réduit à prendre la vue photographiqueà bord d'un navire; l'exposition ne peut donc avoir qu'une très courte durée, et dans ces conditions un éclairement intense de l'objet est absolument nécessaire.

L'île que le sable ponceux avait formée à l'ouest du Zwarte Hoek était déjà entièrement détruite par les vagues, mais l'île basse à Test de Verlaten-eiland se montrait toujours, comme banc de sable, au-dessus de la surface de l'eau.

UAEATAU 11 32

A Krakatau, sauf quelques rares brins d*herbe, aucune trace de végétation n'était encore visible; le côté sud de Sebesi était également encore dénudé, tandis qu'au côté septentrional de cette île, ainsi qu'à Seboekoe, un peu de verdure avait déjà reparu. Le littoral du détroit de la Sonde s'était assez bien refait, à l'exception des parties ravagées par l'onde, qui étaient encore dépourvues de toute végétation.

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