‹ Krupp et De BangeChapitre 12 sur 92 · VII. — L*AC1ER FONDU AU CREUSET · texte numérisé non relu

VII. — L*AC1ER FONDU AU CREUSET

Il est établi théoriquement et expérimentalement, d'après Frémy, que l'acier fondu au creuset est celui qui, pour le métal à canon, donne le maximum de garanties.

Cette opinion est celle de tous les professeurs de métallurgie. Voici comment, dans son traité, s'exprime Valérius, dans un passage intitulé : Raisons sur lesquelles se base la supériorité de l'acier fondu :

« 1° La refonte — au creuset — permet d'essayer, « de choisir, d'assortir les matières premières à a employer;

« S"" S'il y a encore des parcelles de scories ou ce d'autres impuretés, suspendues à l'état de mélange « daiis l'acier, la fusion lente et le repos à une haute c< température, jointe à la pureté presque absolue de « la masse liquidé, divise et répartit uniformément c< le carbone et fait disparaître les petites différences «de dureté;

« S"" Aucune altération chimique ne peut se procc duire;

« àP La charge de chaque creuset n'étant que très « petite, on peut surveiller l'opération de manière « qu'elle se fasse avec l'uniformité requise;

« 5"* L'oxyde de manganèse ajouté à la charge des <c creusets exerce une action favorable au métal en <c contrebalançant celle du soufre. »•

Dans'un autre passage, Valérius est plus catégorique encore :

« Comme le puddlage, dit-il, élimine une partie du « soufre et du phosphore contenus dans les fontes et « que le procédé Martin comporte l'emploi d'une <c grande quantité de fer puddlé, il paraît que les « ménies fontes traitées dans l'appareil Martin donne- « ront des aciers meilleurs que ceux qu'on obtient « dans la cornue Ressemer; mais l'un procédé aussi

<c BIEN QUE l'autre NE DONNENT ENCORE l'eSPOIR d'ÉGALER UN « JOUR, SOUS LE RAPPORT DE LA QUALITÉ DES PRODUITS, LA « FUSIONAU MOYEN DE CREUSETS. »

On ne saurait, nous semble-t-il, être plus clair ni plus concluant.

« Chez Krupp, continue Téminent professeur, on <c obtiendrait — l'auteur emploie la forme dubitative « parce qu'il ne le sait que par ouï-dire — de « l'acier fondu exempt de soufflures, en effectuant la <c refonte dans des creusets exactement couverts; on « conçoit, du reste, que la présence d'un corps gazeux « doit être moins à craindre dans l'acier fondu au « creuset que dans l'acier Ressemer, celui-ci étant <c imprégné, par insufflation, de gaz forcés à s'y sus- « pendre. »

Et nous ajouterons : et que dans l'acier Martin, qui se fabrique également par un procédé d'affinage.

Grûner, dans son ouvrage : De l'acier et de sa fabrication, s'exprime à peu près d'une façon identique.

Percy, le grand métallurgiste anglais, n'est pas moins explicite dans son Traité œmplet de métallurgie.

On lit, en effet, à l'article : Acier fondu :

c< Anciennement, Tacier n'était jamais fondu ni « coulé après sa fabrication. Quelle que fût la mé- « thode, soit par l'addition de carbone au fer malce léable, soit par la décarburation partielle ^de la ce fonte, sauf celles qui s'appliquent à la fusion du ce produit, l'acier en masse n'était pas obtenu à l'état ce homogène. La fusion et le moulage de l'acier remécc dient au mal signalé et l'on peut ainsi se procurer ce des lingots d'une composition parfaitement homocc gène dans toutes leurs parties. »

L'auteur, appliquant cette théorie à l'usine Krupp, dit qu'ayant eu l'occasion d'examiner à la loupe un barreau d'acier provenant d'un lingot fabriqué à Essen, il a pu constater que le grain était partout d'une homogénéité parfaite.

Enfin, M. Paul Duteil, ingénieur, dans une brochure intitulée : La métallurgie du fer à l* Exposition universelle de 1878, estime que les procédés Bèssemer et Martin-Siemens ne donnent jamais des aciers homogènes et d'une densité uniforme, ce Pour remédier à ce cela, ajoute-l-il, on fond les aciers dans des creuce sets, à l'abri du contact de l'air, de façon que toute ce la masse se sature également. »

Nous pourrions continuer ces citations, mais nous croyons que cela suffit pour démontrer notre thèse.

Une question encore cependant. Comment se fait-il que l'acier fondu au creuset ait surtout élu domicile dans les usines anglaises et allemandes ?

Valérius explique cette circonstance, en affirmant qu'on y a acquis une longue et précieuse expérience dans le choix et dans l'application des diverses marques de fer, pour les usages auxquels les aciers conviennent, et qu'on y possède un lot d'ouvriers capables, intelligents et exercés.

D'autre part, il faut remarquer qu'on trouve dans ces deux pays des minerais de toute pureté.

Aussi les Anglais tiennent-ils l'acier fondu au creuset en. très haute estime. Voici, en effet, ce qu'écrivaient naguère les Firth, les métallurgistes bien connus deSheffield, dans une brochure intitulée : Acier fondu homogène :

ce Les aciers à bon marché et tirés directement de a la fonte ont, avec raison, trouvé de larges déboute chés, et leur diffusion dans l'industrie, eu égard à a leur bas prix, constitue un pr^rès réel dans la « métallurgie, mais il ne faut pas leur demander ce que ce leur nature ne comporte pas.

« Il est presque superflu de dire qu'ils ne peuvent ce lutter avec l'acier au creuset, pour bouches à feu ce comme, du reste, pour tous emplois.

ce Us ont pour eux le bon marché, c'est quelque ce chose, c'est beaucoup dans certaines applications ;

ce HAIS POUR CANONS, CE BON MARCHÉ PEUT DEVENIR DÉSASce TREUX. »

ce Le meilleur acier pour, canpns, c'est l'acier /bwc/w au ce creuset et fabriqué avec des fers de bonne marque.

ce Composé avec des matières de choix, travaillé en ce raison de son prix par des ouvriers d'élite, il posée sèâe encore sur les aciers inférieurs cette autre

« supériorité, de pouvoir acquérir à un plus haut « degré de nouvelles qualités, par les différentes « manipulations qu'on lui fait subir et au sortir des- « quelles il devient un véritable acier pour canons.

ce Lui seul peut fournir des blocs parfaitement sains, « parfaitement homogènes.

« Son prix de revient est relativement élevé et « on le comprend, puisque rien n'a jété épargné ce pour qu'il puisse répondre aux services qu'il doit ce rendre. »

ce Le gouvernement anglais n^en veut pas d'autre et ce il n'en sort pas d'autre non plus de l'usine des ce Firth, pour les divers fabricants de canons et conee structeurs maritimes dont ils sont les fournisce seurs. »

En résumé, nous croyons avoir démontré, d'après les affirmations des^utorités de la plus haute valeur, que l'acier fondu au creuset l'emporte sur l'acier Martin-Siemens et l'acier Bessemer comme métal à canon, le seul point de vue auquel nous nous soyons placé.

Nous aurons plus loin l'occasion de faire valoir que l'expérience a confirmé ce jugement théorique de la façon la plus éclatante.

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