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VI. — L'acier Martin-Siemens

L'industrie possède un appareil très précieux qui rivalise aujourd'hui avec le convertisseur Bessemer et qui permet, comme lui, d'obtenir économiquement des masses considérables d'acier fondu : c'est le four Martin-Siemens.

Cet appareil est un four à gaz dans lequel la fonte, s'afânant à une très haute température, donne de l'acier ou bien du fer qui reste liquide et que l'on acière ensuite, soit par du spiegeleisen, soit par le ferro-manganèse, soit par toute autre méthode.

« L'opération, qui s'exécute dans le four Martince Siemens, dit Frémy, est aussi économique que celle ce qui se fait dans l'appareil Bessemer et n'en présente ce peut-être pas les inconvénients.

ce Le grave reproche que l'on peut adresser à l'ap- « pareil Bessemer est d'opérer dans des conditions de ce rapidité qui ne permettent pas de produire un acier ce suffisamment épuré et homogène : il n'en est pas de ce même pour l'appareil Martin-Siemens, qui offre, ce jusqu'à un certain point, les avantages du creuset ce et ceux du four à puddler.

ce La forme du four Martin-Siemens permet de sui- « vre les progrès de Taffinage et d'en connaître les c( résultats successifs par la prise d'éprouvettes, qui « sont soumises immédiatement à des essais indice quant la qualité du métal.

c< La lenteur du travail qui se produit dans le four c( Martin-Siemens donne nécessairement à la masse « métallique une pureté et une homogénéité qu'il est « bien difficile de réaliser dans le convertisseur Bes- « semer. »

Que le four Martin-Siemens l'emporte — actuellement du moins — sur le convertisseur Bessemer, cela ne peut être sérieusement contesté au point de vue spécial auquel nous nous plaçons, mais ce procédé d'aciération échappe-t-il à tout reproche? Est-ce l'idéal rêvé en l'espèce?

Voici le jugement de Frémy à cet égard :

c< Le procédé Martin-Siemens comme le procédé c< Bessemer ne présentent pas encore la régularité c< désirable. »

Et il s'explique :

c< Si l'on peut produire dans le four Martin-Siecc mens une atmosphère neutre, — sans excès de « carbone ni d'oxygène, — il est évident que cet c< appareil doit être appliqué à la préparation du « métal à canon.

« Mais je conserve encore quelques doutes sur les c< avantages que peut présenter le four à gaz dans la « fusion du métal à canon : jusqu'à présent, dans les c< expériences que j'ai suivies, la fusion du métal au ce moyen du four en question a exigé la présence d'un

« excès de fonte qui s'affine ensuite sous Tinfluence a d'une atmosphère oxydante.

ce Alors la qualité du métal est incertaine; elle varie « avec l'affinage plus ou moins complet de la fonte « que l'on a ajoutée pour obtenir la fusion du bain ce métallique. Dans ce cas, le four Martin-Siemens « n'est plus seulement un appareil de simple fusion, « mais bien un appareil d'affinage, comme le four à c< puddler ou comme le convertisseur Bessemer, et qui « présente toute leur irrégularité.

ce En attendant les perfectionnements du four a Martin-Siemens, je pense qu'il serait prudent de cornet mencer la fabrication du métal à canon en opérant sa ce fusion dans des creusets; c'est ainsi, du reste, que ce j'ai produit l'alliage qui a servi dans mes princic< paux essais. »

L'auteur espère que, dans l'avenir, le four Martin- Siemens pourra, conduit par un fabricant habile, fournir un acier utilisable dans la fabrication des bouches à feu. Pour ce motif, l'artillerie doit suivre avec intérêt' tous les perfectionnements qui s'introduisent dans ce mode d'aciération.

Le four Martin-Siemens a-t-il atteint aujourd'hui ce point de perfectionnement?

Nous n'oserions répondre affirmativement, car un fait reste indéniable, c'est que, dans tous les pays, on continue à employer, pour la fabrication des aciers de qualité supérieure, la fusion au creuset.

Les conclusions de l'étude de Frémy sont particulièrement intéressantes. Le chimiste français résume la question en ces termes :

« 1"* Le procédé le plus certain pour obtenir le ce métal qui convient le mieux pour bouches à feu, ce consiste à opérer par synthèse et à fondre de l'acier <c trempant avec du fer ;

« ^ Les fers et les aciers doivent être aussi purs « que possible : pour les aciers, se place en première « ligne Yacier cémenté, et en seconde ligne les aciers (c obtenus dans le four à puddler ou dans les appareils « Ressemer et Martin-Siemens ;

a 3"* Jusqu'à ce que le four Martin soit complètece ment approprié à la fabrication du métal à canon, ce la fusion de Valliage ferrugineux doit se faire au ce creuset;

ce 4** Seule, la fusion au creuset donne des produits ce d'une homogénéité et d'une compacité absolues. »

M. Frémy ne pouvait ne pas parler des procédés en usage chez Krupp, puisqu'il se fait que la méthode qu'il préconise, c'est-à-dire la méthode synthétique avec fusion au creuset, est précisément celle qui est en honneur aux usines d'Essen.

« Si Krupp, dit-il, est arrivé à donner aux engins ce de guerre la perfection qu'on leur connaît, c'est que, ce depuis un grand nombre d'années, il a établi leur ce fabrication sur une base réellement scientifique. »

ce Dans son usine, rien n'est livré au hasard ; des (c chimistes analysent constamment les matières precc mières et les produits fabriqués; l'élément scientiec fique et industriel est intimement lié à l'élément ce militaire; des officiers d'artillerie sont attachés a à la fabrication et en suivent tous les détails; des ce sommes considérables sont consacrées à des expé-

« riences nouvelles, faites sur les différents alliages ce qui peuvent convenir à la fabrication des bouches « à feu; chaque métal essayé conserve en quelque (c sorte son dossier, qui indique sa composition chi- « mique, ses avantages et ses inconvénients. »

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