XVI. Faut-il voir le germe de VOracle (I, 9) dans les
yers suivants où h Fontaine raille la veuve du poëte Colletet, qui composait, disait-elle, des vers pendant la vie de son mari, et n'en fit plus un seul après sa mort?
Les oracles ont cessé :
Goiletet est trépassé.
Dès qu'il eut la bouche close Sa femme ne dit plus rien, Elle enterra vers et prose Avec le pauvre chrétien.
Krylov a écrit :
Maint savant chez nous, m*a-t-on dit,
Sait ainsi se tirer d'affaire ;
Il peut passer pour érudit
Tant qu'il garde un bon secrétaire.
XVII. L'idée des Funérailles (VI, 22) est-elle venue à Krylov en lisant ces vers de Brébeuf ?
Ci-gît qui sut monter, à force de finance, Aux charges du plus haut degré ; 11 n'a jamais rendu de service à la France Que le jour qu'il fut enterré.
Krylov termine ainsi sa fable :
Que de riches ne voit-on pas Sur qui pareil espoir repose :
Il n'est en eux que leur trépas Qui soit utile à quelque chose.
XVIII. .\-t-il eu besoin de connaître la phrase du Barbier de Séville citée plus haut (p. 103) pour songer à son Grand Seigneur (IX, H)?
XIX. Faut-il voir dans le Goujon (VI, 5) qui se vante de son adresse à attraper le ver du pêcheur sans
se faire prendre à Phameçôn et s'obstine à mépriser le conseil que lui donnent ses aînés de se montrer plus prudent, un souvenir des Carpillons de Florian, qui se répandent sur le bord de la rivière malgré les ayis de la carpe, et qui, de même que le goujon de Krylov, se trouvent pris et frits ?
XX, Le rapport est plus grand entre la Cascade et la Source (VIII, 21) et le Torrent et le Ruisseau de Pesselier, qui publia, en! 7 48, un recueil de Fables assez estimées. La cascade de Krylov trouve tout naturel qu'on l'admire elle-même, mais elle ne comprend pas qu'on vienne visiter la source, qui n'offre rien de curieux aux "visiteurs. — Tu ne fais que les étourdir, lui dit la source, et moi je les guéris.
Voici la fable de Pesselier :
Un torrent qui roulait ses flots impétueux
Fier du bruit qu'il faisait en tombant des montagnes,
Insultait d'un air fastueux Un clair ruisseau dont Tonde arrosait les campagnes. Le paisible ruisseau ne répondit qu'un mot :
Malheur à ceux dont l'emploi redoutable Est de faire aux mortels un mal inéTitable !
Je n'envierai jamais un aussi triste lot.
Quand ta brillante voix me déclare la guerre, J'en triomphe, bien loin de m'en formaliser ; Je préfère à l'emploi de ravager la terre Celui de la fertiliser.
Nous bornerons ici ces recherches microscopiques.
Dans les arts et la poésie, ce n'est pas l'idée première qui importe, c'est la manière dont elle e?t mise en œuvre, et c'est là que Krylov triomphe.
Des recherches de M. Kinévitchet des nôtres, il résulte en somme que sur les cent quatre-vingt-dix-neuf fables de Krylov, cent vingt à peu près sont originales. Une soixantaine sont imitées.
La Fontaine lui a fourni trente-deux sujets et l'a inspiré pour quelques autres. Les Fables imitées sont les suivantes :
Le Corbeau et le Renard, le Chêne et le Roseau, la Grenouille et le Bœuf, la Fille ; le Loup et l'Agneau ; les deux Pigeons, les Grenouilles qui demandent un roi, les Animaux malades de la peste, la Cigale et la Fourmi, le Coq et la Perle, le Corbeau voulant imiter TAi^le, le Savetier et le Financier, le Lion et le Moucheron, le Vieillard et les Trois jeunes hommes, le Coche et la Mouche, l'Ours et TAmateur de jardins ; la Génisse, la Chèvre et la Brebis en société avec le Lion ; la Vieille et ses Deux Servantes, la Mort et le Bûcheron, la Goutte et l'Araignée, le Loup et les Bergers, la Poule aux œufs d'or, le Loup et la Cigogne, le Berger et la Mer, le Renard et les Raisins, la Mouche et l'Abeille , le Pot de terre et le Pot de fer, le Geai paré des plumes du Paon, le Lion devenu vieux, le Lion et le Rat ; le Chameau; le Chat et les Deux Moineaux.
Ksope a fourni sept sujets :
Les Singes et le Chasseur, le Porc sous le Chêne, les Chèvres sauvages, l'Ane (chez Esope: le Chien) , Alcide, le Prodigue et THirondelle, le Villageois et la Brebis.
Phèdre a fourni seul un sujet : le Serin et le Pigeon ; et Virgile un aussi : le Berger et le Cousin.
Florian a fourni trois sujets :
Le Bon Renard est imité du Renard qui prêche ; les Deux Chiens, imité des Deux Chats ; le Jardinier et le Philosophe, imité des Deux Jardiniers.
Les contes français du moyen âge ont fourni trois sujets : Les Trois Moujiks, la Queue du Renard, le Loup et le Renard.
Les contes français connus et versitîés chacun par divers auteurs ont fourni trois sujets également :
Le Trigame, le Paroissien, les Passants et les Chiens.
Les Deux Tonneaux, l'Enfant et le Serpent ont à peu près la même oriorine.
Lessing a suggéré plusieurs idées, mais une seule fable est imitée de lui et d'Esope : le Pourceau sous le Chêne.
Gellert, Imbert et la Fontaine ont fait les frais du Hâbleur.
Schiller a donné Tidée de la fable : le Richard etlePoëte.
Barbe, Lebrun, Diderot, Pesselier ont fourni, ou pu fournir, chacun ridée d'une fable : TOukha de Demiane, TAigle et TAraignée, la Cascade et la Source, FAne et le Rossignol.