CINQUIÈME PARTIE
POTERIE
Editeurs: H. AHRENS & Co.
No. 41, TSKIDJI, TORIO
TOKIO
llm. ANNÉE DE MEIDJI (1878)
YOKOHAMA.— IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE DE C. LÉVY Tout droits rittrvêt.
JAN t -63
INTRODUCTION
Sous le règne du vice-roi Togotomi Hidéyoshi , l'usage du thé s'étant généralisé dans le pays , on commença à employer plus ou moins la porcelaine étrangère pour servir le bienheureux breuvage. Les poteries furent négligées et la porcelaine mise à la mode fut dès lors regardée comme une chose précieuse. Le vice-roi, alors en guerre avec Tchosen, donna ordre à ses généraux d'amener de cette province les potiers les plus célèbres. Ces artistes, une fois arrivés au Japon, relevèrent par leur travail l'art de la poterie, tombé pour ainsi dire en désuétude. Le vice-roi se montra trèsgénéreux à leur égard; il pourvut à tous leurs frais et leur procura les matériaux nécessaires à leur installation. Les potiers se vouèrent de cœur et d'âme à leurs travaux ; aussi, peu de temps après, vit-on refleurir et progresser de plus en plus l'art de la poterie dans tout le Japon. Les artistes, les amateurs intelligents et les maîtres de thé * possédaient des connaissances suffisantes pour arriver à imiter dans la fabrication des poteries les formes des porcelaines. Il en résulta que les potiers devinrent plus tard trèshabiles dans la fabrication des porcelaines et c'est à eux que l'on peut attribuer les œuvres les plus remarquables en ce genre.
Gejix 4ui enseignent La maniéré de préparer le tbé et de le servir.
Les vassaux de Hidéyoshi, voulant lui exprimer toute la reconnaissance qu'ils lui devaient pour la sollicitude qu'il avait apportée à perfectionner l'art de la poterie, lui offrirent les plus belles porcelaines et poteries fabriquées dans ses Etats. Ces dernières étaient faites avec une perfection telle qu'on ne peut les distinguer des porcelaines. Hidéyoshi fut le promoteur du grand essor que prit cet art, et pour le mettre tout-à-fait en honneur, il se fil luimême fabricant de poteries. Ce fut l'âge d'or de cette industrie; mais, chose triste à dire, elle ne tarda pas à tomber de nouveau en décadence, à ce point qu'aujourd'hui encore elle a beaucoup à faire pour atteindre Je degré de perfection où elle était arrivée jadis.
Comment se fait-il que cet art si florissant autrefois soit tombé si bas? En voici la raison: Les successeurs de Hidéyoshi, constamment en guerre avec leurs vassaux, ne se souciaient guère de l'encourager ou de le soutenir. Des révolutions épouvantables bouleversèrent des provinces jusqu'alors paisibles et florissantes. Les potiers, abandonnés à leurs propres ressources, ne purent supporter les frais occasionnés par la pratique de leur art. Découragés par toutes sortes d'obstacles, ils perdirent peu à peu le goût du travail, et la poterie délaissée retomba dans l'enfance. Il y eut cependant au milieu des orages de cette époque quelques brillantes éclaircies. Au temps de Kiôtchô, la poterie fut cultivée avec plus ou moins de succès dans la province de Ke-i (Àwadji). On cite surtout les œuvres du potier Manko. Mais, dans les autres provinces, elle tomba dans un oubli et un abandon à peu près complets.
Cette lacune si regrettable dans l'histoire de la poterie se prolongea assez longtemps. C'est la province de Keichi qui se
distingua la première dans ce qu'on peut appeler la Renaissance de cet art. La bonne qualité des matières premières qui y furent employées, ainsi que celle des eaux de la rivière de Keichi, contribuèrent pour une bonne part au perfectionnement qu'apportèrent dans leurs œuvres les fabricants de cette province. Aussi devint-elle le rendez- vous de tous les gens de lettres, des hommes d'esprit et des artistes, qui s'appliquèrent à qui mieux mieux à rendre à cet art son éclat des temps passés." Les objets fabriqués par les potiers de celte époque sont remarquables par leur perfection et leur bon goût, et la poterie prospéra de plus en plus dans la province de Keichi, alors qu'elle périclitait de jour en jour davantage dans les autres provinces. Contraste curieux, qui indique une fois de plus que ce que les hommes créent ici-bas est soumis aux destinées que Dieu leur assigne et que seul il se réserve le droit de fixer à telle ou telle époque l'apogée de tout ce qui est œuvre humaine.
LES POTERIES VERNISSEES.
Les poteries connues sous le nom d'Iwakoura-yaki ont été fabriquées en premier lieu par un élève de Nin-sei, qui se servait pour ses travaux du four de la localité où il était établi. Ce potier fil usage pour ses œuvres de la couleur appelée Karakessabi, laquelle est en tous points semblable à celle employée par
Nin-sei. Les poteries sont marquées du signe LgJ. Beaucoup
de personnes supposent que cette marque était celle qu'employait Nin-sei pour les poteries fabriquées dans le môme four. Cette supposition est erronée en ce sens que les pièces faites par Nin-sei portent son cachet et que ce four fut plus tard abandonné par Nin-sei qui en employa un nouveau, tandis que ces poteries por-
tent la marque (g. Plusieurs pièces revêtues de celte marque ont
été fabriquées par Kin-kô-zan, qui habitait le village d'Awad a#
1. — L'endroit appelé Iwakoura est situé à deux ri nord-est de Fé-andj5. Les restes du four de celte localité existent encore aujourd'hui, dit-on.
2. — Nin-sei fixa plus tard sa résidence dans le village de Nin-wadji, silué à un ri nord-esl de Fé-andj5. On suppose qu'il a dû vivre entre l'ère de Kelijô et celle de Mandji. Celle dernière ère a duré 22 ans.
3. — Les poteries appelées Iwakoura-yaki n'étaient pas précisément belles, mais elles jouissaient d'une certaine réputation comme formes et comme qualité; celles de Nin-sei sont à juste titre célèbres par leur bon goût.
4. — Le four d'Iwakoura existe encore en partie aujourd'hui. Ce qui porte du moins à le croire, c'est que l'on voit inscrit sur une boite contenant une douzaine d'assiettes qui ont appartenu à Yoshimatsou le nom deTsoutsoumi qui parait y avoir été tracé dans la cinquième année de l'ère Hô-réki. Ce Tsoutsoumi était un serviteur de Chi-jô qui était lui-même attaché à Tokougavva. Ces assiettes appelées Namassou, comparées à celles fabriquées par Nin-sei, paraissent être
de date plus récente ; elles portent la marque pu et ont
dû être fabriquées dans la 5 e année de Hô-léki (1745).
5. — Awada est une localité éloignée d'environ 6 à 7 tcho est de Fé-andjô.
6. — Ken-kô-zan était un ancien ouvrier d'Iwakoura, qui marquait ses poteries du cachet de son maître. Plus lard, il fixa sa résidence à Awada, où il termina ses jours. 11 continua à signer ses œuvres du cachet de son maître (Iwakourayama).
EXPLICATIONS SUR LES FIGURES
La pièce No. I, appelée Moukô-zouké, est une œuvre faite au tour par Iwakoura-yaki; elle a pour le moins deux siècles. Sa couleur est blanche et son émail ressemble au hai-iré> (couleur de terre) ; il a un éclat presque transparent ; son vernis est d'un blanc-verdâtre, tirant légèrement sur le noir. L'intérieur et l'extérieur sont en partie coloriés en bleu ; il est d'une exécution fine ; il ne pèse que 43 mommés.
La figure No. II représente un vase appelé Kata-kouthi fait au tour, ayant environ 50 ans ; la pâte a la couleur d'une coquille d'œuf, et l'émail celle de la terre. Il a de l'éclat sans être diaphane; la forme en est très-délicate et la pâte d'une dureté moyenne ;
il pèse 35 mommés et porte au fond la marque S . Les poteries
appelées Tata-kouthi se distinguent par la conformation de la partie supérieure de leur orifice, très-commode pour l'usage auquel on les destine.
Ghen-souké, élève de Nin-sei, fut le premier qui s'occupa de fabriquer le genre de poteries appelées Mizoro-yaki. Il fit son apprentissage dans une localité appelée Mizoro, se servit du four de Karaké. Il continua plus tard à travailler à Raivaraké-sabi. Ses poteries portent comme cachet le mot Mizoro. On suppose, à tort, que les poteries fabriquées dans cet endroit par Nin-sei portent également ce timbre. Il est prouvé aujourd'hui qu'il y a fabriqué des poteries, mais ses œuvres portent son nom. Les Mizoro-yaki sont pour la plupart décorés de sapins ; les Chiba-yaki ont des dessins appelés Koumazassa et sont coloriés en bleu et en chibou. Ces poteries dénotent autant de goût que celles de Nin-sei, mais les matières premières qui ont été employées pour leur fabrication ne sont pas de bonne qualité. Le four où on les cuisait a été abandonné plus tard. Les nouveaux produits qui portent comme cachet le mot Mizoro ont été fabriqués par Hôzan, qui demeura dans le village d'Awada ; il y ajouta plus tard le mot Hôzan.
4. — Mizoro est un étang qui se trouve près de la localité appelée Malsouga-saki (terre du dieu Kamo) au sud-est. On le surnomma Mizo-iké à cause de la nature vaseuse de ses eaux ; on le désignait aussi sous le nom de Gôbossatsou-iké parce que le Rokoudji-zo qui était placé à l'intérieur et à l'extérieur de Keichi était situé dans le même village. Ce endroit, situé au nord-ouest de Fé-andjo, en est éloigné d'environ une lieue.
Makoubéi, connu d'abord sous le nom de Kiya-ssaféi et ensuite de Koukou-tin, vécut entre l'ère Bounka et celle de Boun-sei ; il demeurait à Keichi. C'était un grand amateur de poteries et il s'appliqua principalement à imiter les produits d'émail blanc et
rouge faits par Michimadé, potier coréen, et ceux de A-odji-kou, potier chinois natif de Chei, qui étaient des émaux décorés de dessins rouges et verts. Ce genre de poterie a été également fabriqué par Ko-chi et par Souyaki, tous les deux du pays d'Annan. Makoubei réussit à faire de très-belles poteries semblables à celles de Chine et d'Annan ; la ressemblance avec ces dernières est si frappante qu'il est difficile de les distinguer les unes des autres. Ce sont, sans contredit, les chefs-d'œuvre de la poterie moderne ; elles portent toutes la marque de Makoubei. Matsou-oura possédait une baignoire en terre qui portait
comme marque les deux signes fefë) (rnj.
i. — La première année de l'ère de Bounka concorde avec notre année 1804; cette ère a duré 14 ans.
2. — Annan est un pays situé à l'ouest de celui de Sei. On donnait autrefois le nom général d'Annan à tous les pays au sud de Sei. Mais les Japonais ont appelé communément Annan tous les pays étrangers qui se trouvent à l'ouest.