POTERIES CHEZ LES ANCIENS
L'origine de l'art céramique au Japon se perd dans la nuit des temps, et à l'appui de sa haute antiquité, nous citerons le passage suivant du Nihonshoki (1). o: Fais huit haras de vin avec différentes espèces de fruits et je tuerai le serpent pour toi. » Le mot haras ( une espèce de vase ) qui se trouve dans cette parole de Sossanoho-no-mikoto nous prouve que l'on avait déjà des poteries à cette époque reculée, quoiqu'aucun spécimen n'ait pu parvenir jusqu'à nous.
Plusieurs siècles après le règne de ce dieu, c'est-à-dire au neuvième mois de la première année de l'avènement du premier Empereur (2), ( il y a 2536 ans ou 667 ans av. J. C), il célébra une fête en l'honneur des dieux du ciel et de la terre, et l'on y vit figurer avec quatre-vingt Itsubés et quatre-vingt Amano-hirokas, fabriqués avec de la terre du temple du mont Amano-kagu-yama. L'Empereur, très-satisfait qu'on lui eût apporté de la terre de ce temple, fabriqua lui-même quatre-vingt Hirokas-amatakudjiris et quatre-vingts Itsubés. Il célébra une grande fête en l'honneur de tous les dieux avec une grande quantité de Massakakis ( arbre sacré) du bord de la rivière de Nibu. A cette occasion on plaça pour la première fois les Itsubés sur le sol.
(1) Le Nihonshoki est une histoire du Japon que le prince Toneri-shinnô et Ono-asson-yasumaro ont écrite ensemble par Tordre de l'Empereur Genshô, la 4e année de Yôrô (720 ans après J. G.). Les matériaux de cet ouvrage publié en chinois ont été puisés dans différentes histoires qui existaient alors en ancienne langue japonaise. C'est à cette époque que l'usage des caractères chinois prit de plus en plus d'importance.
(2) Djimmu Tennô.
Le mont Amano-kagu-yama est situé dans le district de Tôthi (province de Yamato). Hiraka (vase plat) est le nom d'un vase ainsi nommé parce que la bouche en est plate ; la Wamyôshô ( nom d'un dictionnaire ) le définit : vase destiné à contenir des offrandes, llsu veut dire solennel et bé, vase de terre ; les deux réunis signifient vase sacré destiné aux fêtes religieuses. L'adjectif Amatakudjiri ( creusé avec la main ) vient de ce que la forme creuse du vase était obtenue par l'empreinte des doigts. Parmi les vases en usage au temple de Kasuga et qui sont faits de la même manière, il y en a un qui s'appelle Tsukutem et dont la forme est celle d'une haute coupe. Il s'appellerait plus exactement Tsukuté. L'usage était de placer les Tsubés sur le sol dans les fêtes religieuses chez les anciens. De nos jours encore, dans les Sethiés ( fêtes périodiques données à la Cour ) on a conservé l'habitude de placer les Koheis (espèce de bouteille) sur le sol de la Cour du sud.
Les vases de cette époque étaient fabriqués à la main, de sorte qu'ils présentent de grandes inégalités dans leur forme. Notons qu'ils sont tous faits de terre.
En ce temps là, on n'avait pas de four pour cuire les poteries ; on se bornait à creuser dans le sol un trou peu profond, où l'on mettait les vases façonnés à la main. On couvrait ce trou d'une couche de bois qu'on allumait ensuite, et on bouchait le trou avec de la terre sèche, afin que le contact de l'air ne déterminât pas de fêlures dans les vases.
Les pièces placées juste au milieu du trou et ainsi exposées longtemps à l'action du feu étaient cuites jusqu'au rouge, tandis que celles de la partie supérieure, que le voisinage de l'air avait empêché de cuire complètement offraient des taches noires sur le fond rouge. Quant aux autres qui se trouvaient près du bord du trou, elles étaient noircies par la fumée. Aujourd'hui, dans le village de Kimura à Hataé ( province de Yamato ), on fabrique encore les poteries à la main, et voici le résumé des procédés suivis. On prend d'abord la pâte sur la paume de la main gauche, on la pétrit et la façonne avec l'autre. Le four consiste dans une levée
de terre en forme de caisse ayant environ 3 shakus sur 5. Les pièces à cuire sont placées dans l'intérieur du four dont le fond, ainsi que la partie supérieure, et sont remplis de bois à brûler. Quand le feu atteint le degré convenable, on bouche avec de la terre l'ouverture supérieure et le foyer pour couper l'accès de l'air. On n'a alors qu'à procéder au défournement des vases, une fois le feu éteint. Les vases employés au temple de Kasuga ( province de Yamato) sont fabriqués de cette manière.
Six cent trente-trois ans après, au printemps de la 3 e année du règne du 44 e Empereur (4) (27 ans avant J. C.) Amano-hi-hoko, prince de la famille royale de Shiraki ( pays qui composait une partie de la Corée actuelle ) vint se faire naturaliser au Japon.
Les céramistes de Hasama à Omi sont précisément ceux qui accompagnèrent ce prince.
Il semble que les Japonais aient appris d'eux l'art céramique de Shiraki et que notre industrie de poterie ait pris un grand essor par suite de cet enseignement. Mais les poteries de Shiraki auraient été importées beaucoup plus tôt par les Japonais qui auraient eu des relations privées avec ce pays.
Le village de Hasama, non loin de la montagne de Kagamiyama, s'occupe de la fabrication des poteries ; il fait partie du district de Nossu.
Les poteries de cette époque, fabriquées d'après le système de Shiraki, n'étaient pas encore perfectionnées et présentent des inégalités dans leur couleur, qui n'est qu'une espèce de mélange de gris, de rouge et de noir. Plus dures que les poteries des époques antérieures, elles offrent de petites lignes sur le contour.
Les pièces découvertes dans les tombeaux impériaux de cette époque sont toutes semblables.
Deux cent vingt-sept ans plus tard, la 4 re année de la régence de l'Impératrice Djin-gô-ko-gô (204 ans ap. J. C.) une expédition militaire fût envoyée contre San-kan (Corée) et entraîna un grand développement de relations avec ce pays. Les œuvres céramiques
(1) Suidjin-Tennô.
s'importaient en grande quantité, les arts s'étudiaient et se répandaient rapidement
Les efforts ainsi prodigués pour introduire dans le pays les différentes branches d'arts et d'industries ne pouvaient naturellement pas rester sans influence sur la fabrication des poteries, qui fît un nouveau progrès vers cette époque.
San-kan se composait de Shiraki, de Kudara et de Koma. Les poteries faites d'après le système de ce pays présentent à l'intérieur des dessins d'ondes, comme cela se fait encore aujourd'hui, et à l'extérieur de petites lignes parallèles en formant des carrés. Les œuvres des céramistes du style coréen qui existent aujourd'hui à Satsuma présentent aussi ces mêmes dessins à l'intérieur. Voici comment on les obtient : Pour façonner les vases, on se sert d'une forme de bois où sont gravés des dessins d'ondes, qu'on enfonce dans l'intérieur du vase à fabriquer, pendant qu'on applique à son extérieur une autre "forme où sont gravées de petites lignes. Tels sont les procédés employés, selon le récit qui a été fait à l'auteur, par Mr. Miura. Les poteries du style coréen sont d'un bleu foncé et très-dures. Les pièces de cette fabrication découvertes dans les différentes parties du Japon sont toutes supérieures en qualité aux poteries des époques précédentes. La parfaite égalité dans la couleur de toutes ces pièces nous fait croire qu'à cette époque l'on avait déjà de meilleurs fours. Il parait qu'ils n'étaient pas hauts, mais longs comme ceux usités actuellement à Imbé ( province de Bizen). Un ancien four, découvert il y a quelque temps dans la province de Tsushima, est parfaitement semblable. On croit qu'après avoir placé des vases dans le four, on les laissait cuire durant des dizaines de jours au bout desquels on les fumait une fois avec des feuilles vertes de pin, et qu'ensuite on bouchait l'ouverture supérieure, ainsi que le foyer. Le fait est que parmi les vases de cette époque on en voit qui sont d'une pâte noirâtre à l'extérieur et rougeâtre à l'intérieur, ce qui s'expliquerait par cette habitude de fumer les poteries faites avec de la terre rouge.
Deux cent soixante-douze ans plus tard, au printemps de la
17e année du règne du 21 e Empereur (4) (473 ap. J. C.) celui-ci donna à Hadjinomuradji et à quelques aulres fonctionnaires Tordre de lui proposer des céramistes qui pourraient fabriquer les vases destinés à contenir les offrandes du matin et du soir. En conséquence, Aké, fondateur de la famille Hadjinomuradji, présenta à l'Empereur plusieurs céramistes des villages de Kussassa (province de Settsu ) de Uthi, et de Fushimi (province de Yamashiro) de Fudjigata (province disse), ainsi que d'autres des provinces de Tamba , de Tadjima et d'Inaba. Ces céramistes reçurent le titre de Nyénohadjibé ( fabricants des poteries sacrées ). Ce fait nous prouve qu'il y avait déjà à cette époque des potiers dans plusieurs provinces. Kussassa faisait partie de l'ancien district de Kôbé (province de Settsu); c'est l'endroit où se trouve actuellement le temple de Kussassa dans le village de Yadono du district de Nossé. Ses habitants fabriquent aujourd'hui les Kawarakés (coupe de terre). Uthi est l'Udji actuel du district de Tsuzuki (province de Yamato). Il y existe une spécialité de poterie appelée AssahiyakL Fushimi est situé dans le district de Kî (province de Yamashiro). Fukakusa se trouve dans le voisinage de Fushimi. Les céramistes actuels de Fukakusa et de Fushimi sont les descendants d'anciens fabricants. Fudjigata est situé dans le district d'Ithishi ( province d'Issé ). Ses habitants disent qu'ils découvrent encore de temps en temps de vieilles poteries. Les potiers de Tamba étaient ceux du village de Hashi du district d'Amato et les potiers de Tadjima, ceux du village de Hano, du district d'Izushi.
Seiki signifie 'Saiki (vase destiné à la fête religieuse). L'histoire mentionne déjà soixante et un ans avant l'avènement du 44 e Empereur ou vers la 40 e année du 40 e Empereur (2) (88 av. J. C.) le mot Imbé qui n'est autre chose que Saiki. Il est donc démontré qu'il différait des ustensiles domestiques. Suivant toutes probabilités, les vases perfectionnés de fabrication moderne étaient
(1) Yuryaku Tennô.
(2) Shudjin Tennô.
consacrés à l'usage journalier, tandis que pour les vases destinés à l'usage sacré, on conservait le style antique.
Deux cent vingt-quatre ans plus tard, la l re année du régne dtt 42 e Empereur (1) (697 ap. J. C. ) eut lieu une importante réforme, par suite de laquelle on créa une administration de l'art céramique ; ceci prouve que le gouvernement aurait eu lui-même des fabriques de poterie. Le célèbre bonze Gyogui, qui vivait vers cette époque, aurait beaucoup contribué à répandre l'enseignement de l'art du potier. Nous en avons une preuve dans l'usage de nommer généralement Gyogui-tsubos ( vases-Gyogui ) ou Gyoguiyakis ( style Gyogui ) les poteries anciennes. Ce prêtre, après avoir enseigné l'art céramique dans le village de Toki à Izumi, entreprit des voyages de pèlerinage dans l'empire, voyages pendant lesquels il s'est arrêté à plusieurs endroits pour donner le même enseignement. Les bonnes œuvres dont ce philantrope a laissé des traces partout où il a passé, tantôt en faisant élever des digues contre les inondations, tantôt en faisant construire des ponts pour faciliter les communications et civiliser des contrées reculées, nous donnent la pleine conviction qu'il a certainement dû enseigner l'art du potier.
Gyogui, bonze de la pagode de Sugawaradji (province d'izumi) appartenait à la famille de Takashi, qui descendait elle-même du roi de Kudara. Né la 7 e année de Tendji, il embrassa la vie religieuse à l'âge de 24 ans, et mourut le 2 février de la 24 e année de Tempei ( 749 ap. J. C.), dans la partie droite de l'aile sud-est de Sugawaradji. On ne sait pas quelles étaient les matières qui formaient son enseignement de l'art céramique, quoique généralement on appelle Gyoguiyaki les poteries anciennes. Il est probable qu'il a introduit pour la première fois l'emploi du tour dans la fabrication des poteries.
Vingt-six ans après la mort du 42 e Empereur, c'est-à-dire pendant le régne du 45 e Empereur (2) (724-748) Gyogui était dans toute la vigueur de l'âge. Les poteries de cette époque conservées
(1) Nommu Tennô.
(2) Shftmu Tennô.
à la pagode de Shôzôin à Yamato attestent un progrès sensible sur celles des périodes antérieures.
Shôzôin est le nom donné au trésor de la pagode de Tôdaidji à Yamato. Ses collections se composent d'objets possédés par des Empereurs, d'objets du culte, d'instruments de musique et d'armes, tous de cette époque. La cour avait l'habitude d'envoyer une fois tous les cent ou cinquante ans des commissaires nommés ad hoc avec la mission d'ouvrir ce trésor ordinairement scellé, soit pour aérer les objets conservés, soit pour faire des réparations au bâtiment. Ainsi gardés précieusement, ces objets rares ont pu se transmettre jusqu'aujoud'hui. Il y a quatre ans, le gouvernement avait envoyé cinq commissaires à Nara pour faire examiner ces collections. Mais ils étaient fort pressés et en dix jours qu'ils y ont passé, ils n'ont pu en examiner que la moitié. L'année passée, des commissaires, également au nombre de cinq, y ont été de nouveau envoyés avec la même mission. La moitié des collections a été publiquement exposée durant quatre-vingtdix jours. Rien que pour sortir ces objets du trésor et les y remettre après la clôture de l'exposition, on a dû mettre vingt-deux jours, tant ils sont nombreux. Trois des commissaires, s'y étant arrrêtés plus longtemps que les deux autres, ont pu examiner jusqu'à des objets gardés dans des caisses qui n'avaient jamais été ouvertes jusqu'ici. L'auteur faisait partie de ces deux commissions et a eu l'occasion de voir des objets rares qui lui ont permis de recueillir de nombreuses données historiques. Si l'auteur est entré ici dans tous ces détails, c'est dans l'esp'érance que ces renseignements intéresseront ceux qui partagent son goût. Les poteries des collections de Nara portent les traces du tour. Noires et dures, elles sont très-fines et ont un lustre plein de goût. Du reste, leur forme est parfaitement régulière.
Dans le village de Yamamoto, du district de Takashi ( province de Yamato ) et au nord-ouest du mont Unéhi, il y a un endroit communément appelé Mizainsei, et qui n'est autre chose que l'ancien tombeau du premier Empereur. A l'occasion des travaux de réparation exécutés au mois de Mai de la 2 e année de Bunkiu
(1861), on y a découvert une cinquantaine de vases sacrés. Mr. Okamoto Tôrr, qui faisait partie de la commission, a pu copier ces antiquités que le gouvernement fit ensuite enterrer de nouveau dans leur premier état. Les figures 1 à 26 représentent une partie de ces cinquante pièces. Le manque complet des bijoux dans ces vases nous fait croire qu'ils étaient destinés à un usage sacré. La plupart d'entre eux faits à la main et avec les pieds forts minces semblent être de fabrication très-ancienne.
Les vases dont la couleur présente des inégalités plus ou moins grandes sur un fond rouge ( fig. 2, 4, 6, 8, 9, 11, 22 ) sont des Tsubos (Pots). Les pièces N° 3, 7, 12 semblent être surtout anciennes. Elles sont d'un bleu noirâtre, et dune pâte très-dure. Les figures 10, 24, etc., représentent des vases noirâtres ou jaunâtres d'une pâte très-dure. Ils portent des dessins gravés, bien qu'ils soient faits de la même manière que les autres. Les vases N° 5, 15, 16, d'un rouge pur ou inégal et d'une pâte tendre, sont ce que le Kôninshiki ( nom d'un livre ) appelle Takatsuki ( haute coupe ) ; leur fabrication est très-ancienne. La pièce N° 26 a été gardée par M r Tôri, et est exposée actuellement au musée de Tokio. La pièce N° 14 d'un bleu noirâtre et d'une pâte tendre est d'une fabrication également ancienne. Il parait être ce que le Wamyôshô appelle Mohi ou Wau (espèce de bol). Le vase N" 1, jaunâtre et tendre, est évasé par la base. Cette forme se rencontre généralement dans les objets moins anciens ; ceux qui portent des dessins le sont encore moins. Le vase en question doit pourtant être très-ancien et appartenir à la même époque que les précédents. Nous croyons que la pièce N° 18, rouge et tendre, était consacrée à l'usage du culte ; sa fabrication est ancienne. La figure 25 représente un vase rouge de pâte tendre ayant la forme d'un oiseau et usité pour les fêtes religieuses ; il est d'une fabrication fort ancienne. Les vases dont nous parlons ici doivent avait été faits tous à la main. Les figures 17, 19, 21 23 représentent des vases bleuâtres un peu plus durs que les précédents et qui ne paraissent pas être faits à la main. Ce sont probablement des vases sacrés d'une fabrication moins ancienne, et enterrés après une fête à laquelle
ils ont servi. Quant au vase N° 23, ou n'en sait pas l'usage. Le vase N° 43 a une couleur bleu-foncée ; il est très-dur et fait à la main; il est d'une fabrication un peu moins ancienne, probablement de la Corée. Cette pièce dont l'usage reste inconnu appartient à Mr. Tôri. Le vase N° 20, bleu-foncé et très-dur, a une forme oblongue et porte au pied un trou rectangulaire. On dirait que c'est un vase moins ancien, enterré après une fête religieuse à laquelle il a servi. On sait combien il est difficile de rendre aux vases exhumés et tout couverts de terre leur couleur véritable. Mr. Okamoto, grand amateur et peintre habile, a parfaitement réussi. Il lui vint l'idée de prendre de la terre où les vases ont été découverts et de mêler cette terre pulvérisée aux couleurs. Grâce à ce nouveau mélange, il a pu leur donner la primitive couleur, et cela sans perdre beaucoup de temps. C'est ainsi qu'il a découvert un procédé de peinture aussi nouveau que simple. Ces expériences me font croire que pour peindre des vases rouges, on pourrait se servir de la poudre de terre rouge, de même que pour des vases noirs, de terre noire. Que Ton y mêle ensuite un peu de terre dans laquelle ces vases ont été découverts, et l'on devra arriver à rendre exactement la couleur.
Au printemps de la 14 e année de Kwansei (4799) on a découvert dans la montagne de Kami-yama à Niwa du district de Shiki-no-kami (province de Yamato) une quantité de vases de pierre, de pierre précieuse et de terre. Les vases de terre, au nombre de quinze, sont tous des objets du culte, comme les représentent les figures 27, 28, etc. Le Manyôshû parle d'un usage qu'on avait à Niwa de placer les vases sur le sol. Cela vient de ce qu'au temple de Niwa on conservait l'ancien usage de placer les vases contenant des offrandes dans un trou légèrement creusé dans le sol.
Les vases N 08 27 et 28 d'un bleu foncé et d'une pâle trèsdure (l'un d'eux porte des dessins) semblent être de la même époque que le vase N°20. Les pièces qui ont cette forme portent généralement les traces du passage du tour, et au point de vue de la forme et de la couleur, il semblerait qu'ils sont du style coréen.
Nous donnerons ici le dessin de deux des vases découverts à Tokamathi à Hondjô du district de Morogata (province de Hiuga) et exposés actuellement au musée de Tôkiô.
La pièce No 29, d'un bleu foncé et d'une pâte très-dure, aurait •été fabriquée au tour. L'on pense que c'est un tsabo du style coréen et appartenant à la même époque que la pièce N° 28, La pièce N° 30, tendre et d'un rouge inégal, parait être un produit de manipulation combinée avec l'emploi du tour. A l'époque où l'on n'avait pas encore de tour, on aurait mis la pâte pétrie sur une planche ; on l'aurait façonnée d'abord à la main et ensuite rectifiée avec une espèce de palette. Ce vase est ce que le Manyôshû appelle kamé ; sa dénomination dérive du mot kamé (tortue) dont il rappelle beaucoup la forme»
La figure 34 représente un vase (Mika), conservé dans le temple Djimmou du district d'Usugui, (province de Hiuga) actuellement exposé au musée de Tokio.
Ce vase, fait entièrement à la main, présente à l'extérieur des lignes fines, semblables aux poils d'un animal, et sur les parois, des dessins d'ondes comme le vase N° 32. Noir et tendre, il semble être du style coréen. D'après le Wamyôshô, Mika est un grand Kamé.
On a découvert pendant le cours des années Kwansei un certain nombre de vases de pierre précieuse, de bronze, de fer, de terre, etc., dans un tombeau communément appelé tombeau de Toyo-ki-iri-hiko-no-mikoto, dans le village de Hano, du district de Gumba ( province de Kôzuké ). Ceux de terre, au nombre onze, sont tous faits au tour ; un spécimen en est représenté dans la figure 33.
La pièce N° 33 est d'une bleu foncé tant à l'extérieur qu'à l'intérieur ; la cassure de sa pâte qui est très-dure offre une couleur rougeâtre. Cette pièce aurait été faite au tour, toutefois avec le concours de la main.
On appelle généralement Magatamatsubos (vases à bijoux) les poteries anciennes de certaines périodes. Cette dénomination er-
ronée vient de ce que la plupart d'entr'elles contenaient, au moment de leur découverte dans d'anciens tombeaux, divers objets de pierre de prix. Les anciens avaient la pieuse habitude d'enterrer à côté d'une personne morte, des vases contenant des objets par elle possédés de son vivant, tels que les vaisselles, etc. Il est donc évident que le contenu ne consistait pas uniquement en bijoux, comme on le croit. L'action du temps ayant détruit tous ces objets, excepté les bijoux qui ne se décomposaient pas, on a fini de nos jours par croire qu'ils étaient seuls enterrés, ce qui a fait naître la dénomination erronée de Magatamatmbos. On appelle quelquefois Itsubés certains vases anciens; c'est un mot qui signifie vase sacré. Eu résumé, les poteries anciennes peuvent être classées en deux grandes catégories: objets d'usage sacré et objets d'usage domestique. Les localités où l'on trouve ces poteries permettent ordinairement de reconnaître s'ils sont d'une catégorie ou d'une autre. Quelquefois, elles ne l'indiquent que d'une manière fort douteuse. Il arrive enfin que l'on ne peut pas assigner l'origine d'objets possédés depuis longtemps par des amateurs, soit faute de documents, soit parce que les documents relatifs à celte origine ne sont que les pures inventions des marchands assez peu consciencieux pour tromper les acheteurs à qui ils les donnent comme provenant de lieux renommés. On donne souvent aux poteries les noms des tombeaux dans lesquels ils ont été découverts. Cette dénomination peut être juste ou fausse selon la dislance plus on moins grande entre le lieu d'exhumation et le tombeau. Il ne faut pas oublier qu'il y a des poteries auxquelles on donne le nom d'un tombeau, uniquement pour augmenter leur valeur, et cela, bien que la distance du lieu où elles ont été découvertes à ce tombeau prouve, jusqu'à la dernière évidence, l'absence complète de rapport entre ces poteries et ce dernier. L'auteur appelle donc l'attention des amateurs sur la nécessité de bien vérifier l'origine des objets.
Le tombeau de Nobé, situé dans le district de Sônokami à
Yamato a été construit sous le règne du 45 e Empereur (4) (il y a 4607 ans ou 299 ap. J. C.) La face antérieure du tombeau est carrée, tandis que la face postérieure est ronde. Ce monument a une longueur de 5 ou 6 chôs sur 3 ou 4, et est entouré d'un fossé tout autour. Il est entièrement revêtu de pots remplis de terre pour le garantir contre les éboulements. La figure 34 en représente un spécimen.
Celte pièce, rouge et de pâte tendre, a un diamètre d'environ 7 ou 8 suns et une hauteur de 4 shaku 6 ou 7 suns. Elle a deux bandes en relief, dont l'une se trouve juste entre le bord supérieur et le milieu du vase, et l'autre, entre le milieu et le fond. Deux petits trous sont percés sur la partie qui forme le milieu du vase; la pâte offre des lignes très-fines. La fig. 35 représente un fragment d'un autre vase du même usage. Tous les deux sont faits à la main.
(1) Odjin Tennô.
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NOTICE
HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE
SUR LES
ARTS ET INDUSTRIES JAPONAIS
PAR
NINAGAWA NORITANÉ