A SR
grossesse, apparition des premières douleurs de lPaccou-
chement. Ces douleurs restent faibles et espacées toute
la journée ; et ce n’est que le soir que, ces douleurs devenant plus fortes, la sage-femme est appelée. Après examen, celle-ci constate que le col et la partie fœtale ne sont pas accessibles. |
Toute la nuit du samedi au dimanche et toute la journée du dimanche, les douleurs se produisent régulièrement et assez énergiquement; dans la soirée du dimanche, rupture spontanée de la poche des eaux. Le travail ne paraissant toutefois faire aucun progrès, on prie le médecin de la localité de venir voir la parturiente. L'examen auquel il se livra ne lui fournit que des constatations peu nettes : le col difficilement accessible lui semble dévié en avant et à gauche; l’excavation est occupée en arrière par une masse ronde et assez résistante; d'autre part, à travers le col, on avait la sensation de petites parties fœtales (mains ou pieds?). Aussi en me faisant appeler le lundi matin pour terminer cet accouchement, mon confrère croyait-il avoir affaire à une grossesse gémellaire avec un fœlus se présentant par le sommet, l’autre par le siège ou l’épaule.
Quand, à une heure de l'après-midi, je procédai à mon tour à l'examen de la femme, je fis les constatations suivantes :
Femme fatiguée, pouls à 104; température, 37°2. Les contractions utérines sont faibles et espacées et permettent de pratiquer assez facilement dans leurs intervalles, exploration de l'abdomen. |
L'utérus, dontle grand axe est dirigé longitudinalement, a son fond très élevé. Au niveau de la région épigastrique, on perçoit très nettement le ballottement de la tête fœtale :
du côté gauche on sent le dos ; à la région hypogastrique
cu,
on trouve le siège du fœtus, un peu déjeté vers la fosse
iliaque gauche. En explorant profondément la fosse ilia-
que on a une sensation de résistance assez grande. L'auscultation, pratiquée avant de procéder au toucher
vaginal, m'apprend que le fœtus est vivant.
Après avoir fait placer la femme en position obstétricale et introduit dans la vessie une sonde molle qui n'accusa que très peu d'urine, je fis le toucher vaginal. À peine l’orifice du vagin franchi, le doigt tombe sur une tumeur remplissant aux trois-quarts l’excavation pelvienne. Cette tumeur, arrondie, lisse, de consistance plutôtmolle, n'offre pas de fluctuation ; elle semble provenir de la paroï postérieure du bassin, et repousse fortement en avant vers le pubis la paroi postérieure du vagin. Le doigt glisse dans l’étroit canal qui existe entre la tumeur et le pubis, arrive difficilement au niveau du col, haut placé, el qui me parut à peu près complètement dilaté. À travers ce col je sentis très nettement un des pieds du fœtus.
Par le toucher rectal, je pus me rendre compte que la tumeur était complètement indépendante des parois de lPexcavation.
Bien que la tumeur présentät une consistance plutôt molle en l'absence de fluctuation, je pensai que J'avais affaire à une tumeur fibreuse sous-séreuse développée au niveau du segment inférieur.
Avec ce diagnostic, dans l'espoir que le cône pelvien du fœtus pénétrant dans l’excavation faciliterait le mouve-
ment ascensionnel de la tumeur, j'allai saisir le pied que J'avais sorti au niveau du col, et avec lui j'abaissai le membre correspondant (membre inférieur gauche).
La femme fut replacée dans son lit et nous laissàmes pendant deux heures agir les contractions utérines.
Au bout de ce temps je constatai que la situation
HAS n'avait pas changé : la tumeur encombrait toujours l'ex-
cavation et le siège n'avait aucune tendance à s'engager. En raison de l’état de la femme, je ne crus pas devoir
différer plus longtemps lintervention, et me mis en
mesure de terminer l'accouchement.
J’essayai tout d’abord de refouler la fumeur au-dessus du détroit supérieur : la femme ayant été placée sur une table et anesthésiée par mon confrère, j'introduisis la la main gauche dans les voies génitales et avec cette main, j'appuyai fortement sur la tumeur,standis qu'avec l’autre je tirai légèrement sur le membre inférieur du fœtus précédemmentabaissé. Cesmanœuvresrestèrentsans résultat.
Je me voyais dans la nécessité de pratiquer une opératlon césarienne, à laquelle j'avais beaucoup de peine à me décider, étant donné le milieu où je me trouvais, la longue durée du travail, la négligence, jusqu'à Parrivée du médecin, des plus élémentaires précautions d'antisepsie.
Aussi, avant de l'entreprendre, espérant qu'en ce qui concernait la nature de la tumeur j'avais peut-être commis une erreur de diagnoslic, comme cela arrive si souvent en pareils cas, Je pratiquai par le vagin une ponction. Cette ponction, faite avec un trocart ordinaire, amena l'écoulement d’un liquide puriforme {environ cinq ou six cents grammes) et laffaissement presque complet de la tumeur.
Les voies génitales étant libres, je procédai alors à l'extraction du fœtus. La sortie du siège s'opéra aisément : le relèvement des bras rendit déjà plus diffieile le passage des épaules ; mais ce fut surtout pour extraire la tête dernière, que se rencontrèrent les plus grosses diffi-
cultés. Quand enfin j’eus amené dehors cette tête, l'enfant.
Fil