INTRODUCTION
Les kystes hydatiques primitifs de la plèvre constituent une affection extrêmement rare, à tel point que pas mal d'auteurs en ont contesté et en contestent encore l’existence. Davaine, dans son Traité des Entozoaires, s'exprimait ainsi: « Les hydatides intra-thoraciques ne se forment pas dans la plèvre ; il est vrai que l’on trouve quelquefois dans la cavité pleurale des hydatides renfermées dans des poches adventives, mais ces hydatides sont formées primitivement en dehors de la plèvre et n’y sont ouvertes que par le progrès du développement. » Pour Trousseau, cette localisation est si rare qu'il hésite à admettre l’origine primitivement pleurale de ces kystes.
Sans doute, dans les cas de kystes terminés par la guérison, il est difficile, nous devons même dire impossible, d'affirmer qu'on avait affaire à un kyste primitif. Mais dans les cas terminés par la mort, on a pu nettement constater quelquefois à l’autopsie que la plèvre était seule le siège de formations kystiques, à l'exclusion du foie, des poumons ou de tout autre organe. Les quelques observations qui existent dans la science semblent venir à l'appui de notre assertion, et les recherches auxquelles nous nous sommes livré ont puissamment contribué à fla fortifier.
Les premières notions sur les kystes hydatiques primitifs de la plèvre ne remontent pas au delà du commencement de ce siècle : Geoffroy et Dupuytren en publient en 1805 un exemple dans le Bulletin de la Faculté de Médecine, où Cayol en note un autre; 40 ans après, tout un groupe d’autres observations est présenté à la Société anatomique par Andral et Lemaître, Caron, Genouville, Vidal. À partir de cette époque nous ne trouvons plus que des observations disséminées, n'ayant suscité aucune discussion, aucun travail d'ensemble, ni même attiré l’attention. Citons : en France, l'observation de Gallard, publiée dans l'Union Médicale en 1863 ; celle de Moutard- Martin, signalée dans la (razelle hebdomadaire en 1871, et celle fortintéressante de Caron dans le Lyon Médical en 1873; en Allemagne, les deux observations de Walmann rapportées dans les Schmidls Jahsbücher de 1862, l'observation de Duetsch {Kiel, 1869), une observation de Landau (1876), celle de Von Lesser (1881). En Angleterre, parmi les faits publiés, nous devons accepter seulement ceux de Southey (1867) et de Groom (1884). Signalons enfin l'observation de Boyd, publiée dans l'Australian Medical Journal en 1881, et, en France, ces dernières années, celles de Porte en 1892, de Reboul en 1893, de Rebière en 1894.
À propos d’un kyste hydatique de la plèvre que nous avons eu la bonne fortune d'observer dans le service de M. le professeur Forgue, notre éminent maître nous a conseillé de rechercher, à cause de leur rareté, les cas de kystes hydatiques primitifs de cette séreuse et d’en faire le sujet de notre thèse inaugurale, Nous n'avons pas de peine à avouer que ce travail est simplement le fruit de nos lectures et que nous avons voulu fournir aux maitres
dont nous attendons l’indulgence, une preuve d'étude plutôt qu'une marque d'originalité.
Nous nous efforçons, dans ce modeste travail, de rassembler et de mettre au jour toutes les observations de kystes hydatiques prinutifs de la plèvre que nous avons pu recueillir et qui nous ont paru concluantes. Nous nous proposons de rechercher les causes de la rareté de cette localisation des hydatides, par quels symptômes propres, s'ilen est, on peut arriver à les diagnostiquer des différents épanchemeuts pleuraux ou des tumeurs des organes voisins : enfin, après avoir étudié leur pronostic, nous examinerons les différents traitements mis Jusqu'à ce jour en pratique et nous exposerons avec quelques détails celui qui nous parait offrir au malade le plus de chances de guérison.
Mais avant d'entreprendre cette étude, qu'il nous soit permis d'exprimer nos sentiments de reconnaissance envers nos maitres des Hôpitaux de Montpellier, qui ont fait avec tant de généreux désintéressement notre instruetion médicale. Nous tenons surtout à remercier M. le professeur Forgue du grand honneur qu'il nous fait en acceptant la présidence de notre thèse. M. le professeur agrégé Jeanbrau nous a toujours accueilli avec une bienveillance dont nous lui savons un gré infini. Enfin, notre reconnaissance se reporte avec joie sur les médecins et chirurgiens de l'Hôpital de Cannes, qui ont su nous rendre si douces et si profiltables nos deux années d'in
ternat.