‹ Kystes Hydatiques Supposés Primitifs de la PlevreChapitre 3 sur 26 · DES · texte numérisé non relu

DES

ÉTIOLOGIE

Le nombre très restreint de nos observations nous paraît déjà une preuve des plus évidentes de la rareté des kystes hydatiques de cette séreuse. Héarn, dans sa thèse sur les « Kystes hydaliques du poumon et de la plèvre », ne cite sur un total de 144 observations que 8 cas de kystes de la plèvre, et parmi ceux-ci, 5 seulement sont primitifs : ilfaut même faire une réserve et n’en admettre en réalité que deux qui ont été vérifiés à l’autopsie, les trois autres ayant été suivis de guérison.

Heydenreich, dans son article sur le « Traitement des kystes hydatiques de la plèvre et des organes qui lavoisinent », confirme cette rareté. « Les kystes hydatiques, dit-il, se localisent rarement dans la plèvre. Sur un Lotal de 983 de ces kystes, Neisser n'a compté que 17 échinocoques primitifs de la plèvre, et Carl Maydl, sur 16 cas de kystes de la plèvre, n’en trouve que 3 primitifs. »

Cette rareté est-elle répartie également dans tous les pays? L'article d'Heydenreich semble montrer que nos voisins sont plus exposés que nous, que les cas de kystes hydatiques de la plèvre sont plus fréquents en Allemagne qu'en France. La solution nous paraît facile à trouver, si nous considérons la fréquence des échinocoques dans les différents pays. Il est évident que plus cette maladie sera commune, plus grand sera le nombre de kystes localisés dans la plèvre. Il existe surtout deux pays dans lesquels les kystes hydatiques règnent d'une manière endémique. Ce sont l'Islande et l'Australie. D'après les docteurs Bird, Thomas et Finsen, la fréquence des hydatides dans ces régions est due au nombre considérable de chiens et à leur fréquentation continuelle avec l’homme. Mais à ces conditions il faut ajouter l'extrême malpropreté dans laquelle vivent les habitants de ces pays et l'étonnante résistance des œufs du tœænia œchinococcus. Ces œufs, en effet, se mêlent à l’eau, s'incrustent sur les végétaux, el c'est ainsi qu'ils sont avalés par l'homme. De plus, la sécheresse, qui règne souvent dans ces régions, est un facteur qui contribue à la propagation de cette maladie, les habitants étant peu scrupulcux dans le choix de leur eau potable.

La cause de laffection des kystes hydatiques en général est la pénétration dans les organes des œufs du tœnia œæchinococeus, qui vit à l’état adulte dans l'intestin du chien. Mais pourquoi observe-t-on si rarement la localisation primitive de l’hydatide dans la plèvre, alors qu'elle est relativement si fréquente dans le foie et dans les poumons ? Nous allons trouver, dans le trajet qu'est obligé de suivre le germe du tœnia pour arriver à la plèvre, des causes suffisantes pour expliquer la rareté de cette loca-

MST EN lisation de l'hydatide. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire à ce sujet les arguments d'Ollier de Vergèze {thèse de Lyon, 1892) qui nous ont paru très confor-

.mes à la réalité. « Nous n'avons qu'à retracer rapidement

la voie que l'embryon est obligé de suivre, les filtres qu'il

est obligé de traverser, pour nous rendre compte des nom-

breuses difficultés qu'il doit rencontrer pour parvenir jusqu’à la plèvre.

» Ingéré avec quelque substance alimentaire, végétale d'ordinaire et sur laquelle les œufs ont été déposés par un chien, avalé avec l’eau d’un cours d’eau ou d’une mare dans lesquels ces œufs ont été entraïnés par les pluies, le germe trouve dans les sucs digestifs de l'estomac un agent

qui dissout la coque dont il est entouré ; l'embryon s'ac-

croche alors à la membrane muqueuse de l'intestin, à l’aide de ses crochets, il se fraye un passage vers les organes parenchymaleux, ou, attiré dans la veine porte, il est entraîné par le courant dans le foie. Là, il est rare. qu'il ne trouve pas un asile définitif. Les crochets devenus inutiles tombent, et le petilêtre, désormais immobile, prend la forme vésiculaire et devient une hydatide. S'iln'a pas été emprisonné dans lesvaisseaux dufoie,1l passe dans le cœur qui le chasse dans les poumons : nouveau réseau offrant autant de chances d'arrêt que le foie lui-même. S'il ne trouve pas encore là un asile propice, retombé dans la grande cireulalion, il est lancé derechef par le cœur dans quelque vaisseau qai lui livre sans doute d'autant moins passage que son calibre est plus pelit; ce serait done parce trajet très sinueux, après avoir traversé le lacis sanguin du foie et du poumon que l'embryon serait porté par hasard dans la plèvre.

» Cette hypothèse, généralement admise, est sans doute

nr yes l'itinéraire que doit suivre le germe dans certains cas. Mais alors, pourquoi, s’ilen est ainsi, les cas de kystes hydatiques ne seraient-ils pas aussi fréquents du côté gauche que du côté droit ? pourquoi cette préférence de l'échinocoque pour la plèvre droite ?

»Nous ne voyons une raison majeure à celle localisation que si nous admellons un autre mécanisme, un autre trajet que suivrait l'embryon, son passage direct du foie dans la séreuse.

» Pourquoi ces germes si ténus, sifrêles, qui peuvent passer entre les cellules endothéliales du revêtementintestinal, qui, saisis parfois par les leucocytes, sont déversés dans les canaux lymphaliques au sein desquels ils cheminent pour tomber dans les grands canaux qui les conduiront au foie, pourquoi ces germes ne passeraientils pas à travers leslacuneslymphatiquesquifontsilargement communiquer la cavité abdominale et la cavité thoracique? Portés vers la périphérie du foie, ils traversent la capsule de Glisson, et là, trouvant l'embouchure d’un canalicule lymphatique,ils s’y engagent,arrivent dans la plèvreet s'y fixent. Cette hypothèse expliquerait alors, par la disposition purement anatomique ou les rapports du foie, la prédominance des kystes hydatiques dans la plèvre droite. Accolé au diaphragme, qui seul le sépare de la plèvre, le foie est en connexion par sa face supérieure avec toute la base de la plèvre droite qui le coiffe. Presque entièrement dans l'hypocondre droit, il n'offre guère que l’extrémité de son lobe gauche qui puisse avoir quelques. rapports indirects avec la plèvre gauche: le péricarde, les gros vaisseaux, l'estomac l'en éloignent. Les routes ouvertes aux embryons sont dès lors d'autant moins nombreuses que les surfaces en rapport seront moindres,

qu'il y aura moins de bouches Iÿmphatiques pour leur permettre l'accès de la séreuse.

»Ainsi peut s'expliquer cette prédominance des kystes hydatiques à droite, prédominance qui n'aurait pas de raison d'être si l'embryon pénétrait dans les plèvres par la voie des vaisseaux sanguins. »

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