III. — ETUDE HISTOLOGIQUE
Ces kystes ont été pendant de longues années interprétés comme des kystes du corps jaune (Schaller-Phôrringer, Stæœckel, Runge). Pick, en décrivant la « degeneratio polycystica luteinalis », émit le premier l’opinion que les kystes lutéiniques se distinguaient morphologiquement des kystes vrais du corps jaune. Il fut suivi quelques années plus tard dans cette voie par Santi, mais cependant ces deux observateurs n'arrivaient pas à écarter complètement cette notion.
Les patientes recherches de Sobotta, les importants travaux de Prenant, de Bouin et de leurs élèves, ceux de Kahlden et de Limon, sur l'histogenèse du corps jaune, ont permis de reprendre sur des notions nouvelles l'étude de la dégénérescence lutéinique. Bamberg, Stœckel, Jaffé et Wallart étudient alors le corps jaune dans la grossesse molaire et ne le trouvent pas altéré.
Différents auteurs, parmi lesquels nous citerons Wallart, Seitz et Cohn en Allemagne, Pottet, Forgue et Massabuau en
France et plus près de nous Keller, ont démontré que ces
prétendus kystes du corps jaune proviennent d’un processus particulier d’atrésie des follicules de de Graaf.
Nous étudierons tout d’abord la structure histologique de ces ovaires dégénérés, les caractères qui permettent de différencier les vrais kystes du corps jaune des kystes lutéiniques et enfin l’histogenèse de la dégénérescence lutéinique dans la
môle et le chorioépitheliome.
A. STRUCTURÉ DES KYSTES LUTÉINIQUES
La paroi kystique qui à l’œil nu semblait formée par deux couches, en comprend trois au microscope :
Une couche interne, inconstante, représentée par la membrane limitante hyaline ;
Une couche moyenne fermée de cellules lutéiniques ;
Une couche externe qui se différencie mal du stroma ovarien.
La membrane hyaline interne est inconstante. Beaucoup d'auteurs l’ont décrite dans les kystes lutéiniques: Stæœckel, Runge, Pick, Seitz, Forgue et Massabuau. Plus récemment, en examinant les ovaires dans six cas de môles et de chorioépitheliomes. Keller ne l’a pas retrouvée, la couche des cellules lutéiniques étant au contact direct de la cavité du kyste.
Lorsqu'elle existe, sa constitution semble variable. Elle se présente tantôt sous la forme d’une membrane amorphe, d’aspect hyalin et se colorant en rose par l’éosine, tantôt comme formée par de fines fibrilles conjonctives, dont elle prend tous les colorants. La signification de cette membrane est extrèmement discutée et l’on n’est pas encore bien fixé sur son origine exacte. Les uns la font provenir de la dégénérescence de la couche sous-jacente, les autres du tissu conjonctif qui sépare
les cellules lutéiniques. Elle serait pour Limon, un bon signe
de l’atrésie folliculaire. On retrouve parfois sur sa face interne, mais uniquement dans les kystes de faible volume des restes de la granuleuse dégénérée (Stæckel, Krukenberg).
La couche moyenne, qui revêt souvent sur les coupes un aspect ondulé, est formée par plusieurs assises de cellules. Son épaisseur varie avec le volume des kystes et dans l'intérieur d’un même kyste. C’est ainsi qu’elle est parfois constituée par 5 à 6 couches de cellules superposées, comme parfois elle se trouve réduite à une seule couche de cellules aplaties. Elle peut même manquer en‘certains points, particulièrement aux pôles des kystes, ou même disparaitre totalement. Lorsque son épaisseur varie dans un même kyste, la transition s'y fait d’une façon insensible.
Cette couche est formée par des éléments épithelioïdes, offrant une grande ressemblance avec les cellules du corps jaune vrai. Ces cellules ont été bien étudiées par Wallart, Prenant, Bouin et leurs élèves, ce sont les « thecaluteinzellen » ou cellules théco-lutéiniques. Elles se distinguent des cellules du corps jaune, par leur volume moins considérable, par l'affinité moins grande de leur protoplasme pour les colorants et leur absence de pigmentations comme produits de la sécrétion cellulaire (Keller). Disposées d’une façon irrégulière, elles sont séparées les unes des autres par du tissu conjonctif lâche, où circulent de fins capillaires. Ce sont les cellules voisines de la cavité qui se désagrègent et les produits de cette désintégration, en tombant dans le liquide du kyste, lui communiquent sa coloration jaunâtre caractéristique.
La troisième couche, formant la couche externe du kyste, est formée par un feutrage de faisceaux collagènes entrecroisés én tous sens avec de grosses cellules conjonctives inter-
posées. Cette couche envoie de fines fibres conjonctives entre
les cellules lutéiniques jusqu'à la couche limitante interne et est très fortement vascularisée. Elle se continue insensiblement avec le stroma ovarien qui l’environne et endigue mal la périphérie de la couche moyenne, de sorte qu’elle se trouve traversée par un grand nombre de cordons de cellules thécolutéiniques qui vont essaimer dans la substance propre de l'ovaire.
Le stroma ovarien, qui semble à première vue avoir disparu, est refoulé au second plan par cette énorme évolution des formations kystiques. Il présente la même structure que pendant la gestation normale, avec souvent un œdème très accentué. Les follicules primordiaux ont le même aspect et sont aussi nombreux, lorsque les kystes ne sont pas trop volumineux, que dans un ovaire normal.
Quant aux follicules en voie de développement, ils sont tantôt nombreux (Wallart), tantôt en petit nombre (Kuban et Jaffé), ou même font complètement défaut (Wiegandt). On rencontre fréquemment, dans un coin de l'ovaire, un ou plusieurs corps jaunes bien développés, analogues au corps jaune gravidique, mais ils ne présentent pas d’altérations (Stæckel, Bamberg, Pinto, Wallart). Mais ce qui frappe surtout, c'est de voir dans le stroma ovarien de nombreuses trainées de cellules lutéiniques disposées en travées ou en cordons, en relation ou isolées de la couche lutéinique de la paroi des kystes. En certains points, ces cordons cellulaires forment des nodules plus où moins importants appréciables déjà à l'examen direct.
Différents auteurs, Kuban, Viana, Engstræœm ont recherché si de pareils ovaires présentaient des lésions inflammatoires, ils ne les ont pas rencontrées en règle générale. Lorsqu'elles existent, elles sont considérées comme un phénomène acces-
soire accompagnant alors l’inflammation de tout l'atre génital.
B. CARACTÈRES DIFFÉRÉNTIELS ENTRE LES KYSTES LUTÉINIQUES