‹ Kystes lutéiniques: Môle hydatiforme et ChorioépithéliomeChapitre 15 sur 28 · C. HISTOGENÈSE DÉS LÉSIONS OVARIENNES · texte numérisé non relu

C. HISTOGENÈSE DÉS LÉSIONS OVARIENNES

L'ATRÉSIE FOLLICULAIRE

Quelle est donc l’origine de ces kystes lutéiniques? De quels éléments de l'ovaire dérivent-ils, puisque d’après leurs différences de structure avec les kystes vrais du corps jaune, il parait définitivement acquis qu'ils ne proviennent pas de la transformation kystique de ces derniers ?

Le travail fondamental sur cette question, est l'étude de Wallart (1904) sur les modifications des ovaires dans la grossesse normale, étendue ensuite aux modifications ovariennes dans les tumeurs syncytiales.

Ces recherches ont été reprises et complétées par Seitz, puis par Cohn et Forgue et Massabuau dans leur étude sur l'ovaire à petits kystes ont rendu classique en France cette question de l’atrésie folliculaire.

Pour mieux comprendre ce qui se passe du côté des ovaires dans les môles et les chorioépitheliomes, étudions rapidement les modifications des glandes sexuelles dans la grossesse normale. L'important travail de Seitz mérite de nous arrêter

un instant; Pottet, Vignes arrivent aux mêmes conclusions.

Seitz admet après de Sinety, Cosentino, Slavjanski, Krônig, Stratz et Wallart que les follicules de de Graaf pendant la grossesse, évoluent rarement vers la maturité. Ils l’atteignent en effet exceptionnellement et subissent un processus atrétique.

Dans les nombreux follicules en voie de croissance, on voit l’ovule et les cellules de la granuleuse présenter des signes de dégénérescence. En même temps les cellules conjonctives de la thèque interne se multiplient, s’hypertrophient et prennent l'aspect épithelioïde; elles se transforment en cellules à lutéine de la thèque interne, en cellules théco-lutéiniques appelées encore cellules interstitielles de l'ovaire. Cette hyperproduction est tellement considérable que ces cellules lutéiniques s’essaiment dans le stroma ovarien environnant en formant des amas de cellules qui peuvent s'isoler de la couche qui leur a donné naissance et que des capillaires sanguins pénètrent secondairement.

Cette atrésie folliculaire de la grossesse peut évoluer suivant deux modalités différentes :

a) L’atrésie oblitérante. — C'est l'atrésie de petits follicules. La cavité folliculaire se comble par du tissu conjonctif venu de la thèque interne. Ainsi se trouve constitué le « faux corps jaune » de Bouin, le corps jaune lutéinique atrétique de Külliker et de Van der Stricht.

b) L'atrésie kystique. — C'est l'atrésie des grands follicules qui renferment trop de liquide et qui, par ce fait, ne peuvent pas s’oblitérer. La cavité folliculaire persiste malgré la disparition de lovule et de la granuleuse et l'hyperplasie des cellules théco-lutéiniques. Aïnsi se constitue un petit kyste folliculaire lutéinique, dont la paroi présente la même struc-

ture que celle des kystes accompagnant les tumeurs syncy-

tiales, que nous avons étudiées précédemment. Il est donc établi que l’atrésie folliculaire normale peut évoluer vers la formation de kystes lutéiniques plus où moins volumineux.

En résumé, dans la gestation normale, en dehors du corps jaune gestatif et de quelques rares follicules qui évoluent jusqu'à la rupture (l'ovulation étant en effet suspendue dans 95 % des cas), et comme conséquence où comme cause sans doute de cette suppression de ia ponte ovulaire, l’on assiste dans l'ovaire à une atrésie folliculaire excessivement marquée. Le résultat en est une surproduction temporaire des cellules lutéiniques, une exagération de la glande interstitielle. Toutes ces cellules disparaissent rapidement pendant la puerpéralité.

Les différnets auteurs cités précédemment et tous ceux qui depuis, ont étudié les modifications des ovaires dans la mole et le chorioépitheliome, ont montré qu'elles étaient en tous points comparables à celles qui se passent dans la grossesse normale. Le processus d’atrésie folliculaire y est simplement plus marqué et avec lui l'hyperproduction de cellules lutéiniques. Cette atrésie folliculaire considérable peut évoluer comme dans la gestation normale, suivant les deux mêmes modalités : l’atrésie oblitérante et l’atrésie kystique. Mais cette seconde variété y est plus fréquente et atteint dans les tumeurs chorioépitheliomateuses un volume plus considérable.

La conclusion que nous tirerons de cette étude sera la suivante: dans les ovaires accompagnant la moôle ou le chorioépitheliome, si la formation de kystes semble être l’élément caractéristique et macroscopique de ces lésions, elle n’en est cependant pas l'élément histologique essentiel. C'est l'hyperproduction des cellules lutéiniques par suite du nombre

considérable des atrésies folliculaires.

Page 1