QUE FERAIS-JE DU TARIF SI J'ÉTAIS TZAR
J'aime assez cette question, et je vais y répondre. Le secrétaire Carliste estime que les dépenses du gouvernement national pour la présente année 1895 s'élèveront à 424 millions de dollars, et les recettes à 404 millions, soit un déficit de 20 millions. Il estime que l'an prochain, il y aura un excédent de 30 millions, à supposer que le chiffre des dépenses reste le même (2).
(1) Extrait du Forum, Mars 1895.
(2) Ce qui suit peut (Hre la matière d'une comparaison intéressante. En 1901, le revenu total était de 587.^85. 338 dollars et le total des dépenses ordinaires de 509.967.355, soit un excès des recettes sur les dépenses ordinaires de 77.717.915 dollars.
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Les dépenses pour les pensions diminueront cette année de 18 millions de dollars, et avant peu cette diminution s'accentuera, d'année en année. La marine exigera à l'avenir des dépenses moindres et l'augmentation de la population et de la richesse nationale produira de lui-même une augmentation des revenus. Il n'y a donc pas lieu de s'alarmer de la disproportion entre les dépenses et les recettes du gouvernement, bien que le secrétaire d'état soit probablement un peu trop optimiste dans ses prévisions pour cette année, sous le régime des lois actuelles.
Dans les recettes du gouvernement, les droits de douane figurent, cette année, pour 160 millions de dollars et on estime que l'an prochain elles s'élèveront à 190 millions. La question se pose ainsi : Que ferais-je du tarif douanier si j'avais le pouvoir suprême ?
D'abord je me proposerais d'affranchir de tout droit les objets de première nécessité consommés par la majorité, et de taxer lourdement le luxe de la minorité. Je ne ferais payer aucune taxe par les masses qui emploient les produits du pays, mais je ferais payer les droits de douane par les hommes et les femmes
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du monde qui portent, à n'importe quel prix, les draps de luxe, les soies exquises et la lingerie fine. Cette classe riche qui est peu nombreuse deviendrait avec le nouveau tarif beaucoup plus chic, par le fait même qu'elle payerait le double des droits actuels. Les masses américaines qui fument du tabac et des cigares d'Amérique ne subiraient pas d'impôts plus élevés que ceux qui existent déjà, mais les messieurs riches et fastueux dont les narines délicates exigent le parfum de la Havane deviendraient plus utiles à l'Etat en payant au moins le double des droits actuels. Ceux qui boivent du Champagne ainsi que des vins fins, ceux qui achètent des porcelaines anciennes ou rares, des cristaux, de la parfumerie ou tous les articles de « luxe » du même genre, pourraient ainsi se vanter sans mentir de les avoir payés très cher. On ne devrait jamais oublier que c'est la minorité riche qui consomme les articles importés et que les produits nationaux sont consommés par les masses. L'augmentation des droits que je propose sur les articles étrangers de luxe serait établie à titre, non de protection, mais simplement de recette. Si ce système augmentait incidem-
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ment les bénéfices de nos industriels, ce ne serait pas un mal. Mais cet avantage, s'il existait serait mince, puisque les qualités surfines des tissus de laine, de soie ou de fil ne se fabriquent pas ici, non plus que les vins et les cigares de prix et cent autres articles de fantaisie. Et cependant nos industriels nationaux sont presque complètement les maîtres du marché pour les objets de qualité ordinaire qu'emploient les masses.
Jusqu'à ce jour, on a adopté la politique contraire. On pourrait remplir une page avec la liste des objets de luxe dont les taxes ont été réduites par les nouveaux tarifs. Voici quelques-uns de ces dégrèvements : 50 0/0 sur la porcelaine, 40 sur les glaces et les vitraux peints, 16 sur les plumes en or, 28 sur les pendules, 72 sur les chapeaux et sur les objets tricotés, 68 sur la flanelle, 18 sur les parapluies de soie, 28 sur l'eau-de-vie et les spiritueux, 40 sur les soies, 30 sur les gants, 16 sur les fruits confits^ les gelées, les dentelles, les broderies, 10 à 20 sur les laines et les soies. Ces dégrèvements sont le résultat de la laxe ad valore^n qui a remplacé les droits spécifiques. Sous le régime du présent tarif, l'homme du
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monde riche porle des draps étrangers surfins, du linge surfin, un chapeau de soie, des gants de chevreau, un joli parapluie de soie, il sirote un verre de vieux vin rare, et pour tous ces raffinements inutiles, il paye entre 20 à 70 0/0 de moins qu'avec l'ancien tarif. Son épouse, en grande dame, joue de l'éventail, agite son mouchoir brodé, fait parade de ses broderies exquises, se pare de soies superbes, en bénéficiant de réductions semblables, et, pour cela, elle adresse ses sourires et ses remerciements au nouvel ami du peuple, au jeune et brillant Virginien de l'Ouest. Celui-ci s'excuse de n'avoir pas réussi à abaisser les droits sur le Champagne qu'elle lui offre, il explique qu'il n'y a pas de sa faute, et que son projet de loi originairement prévoyait aussi cette réduction. Des centaines d'articles de fantaisie, en laine, en toile ou en fil bénéficient maintenant de droits réduits. Ces réductions, comme nous le verrons plus tard, portent sur les articles de luxe qui fournissent les 2/3 du produit total des douanes. 11 n'y a pas un seul travailleur dans tout notre pays qui se serve de ces objets de luxe. Telle est la « réforme du tarif », dernier genre, et telle est la façon dont « le fardeau de
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Timpôt est épargné aux masses populaires. » Etrange illusion ! Les riches seuls en ont été débarrassés.
Ceci n'est pas une question de parti, car aucun parti n'a vu dans les droits de douane, un moyen de prélever l'impôt sur le luxe des riches, en dehors de tout protectionnisme ou libre-échangisme. Un tarif équitable replacerait le fardeau sur les épaules qui peuvent le mieux le porter et imposerait les objets de luxe beaucoup plus qu'ils ne l'ont été jusqu'à ce jour.
C'est une erreur de prétendre que la consommation des articles de luxe serait sérieusement diminuée par une augmentation des droits. N'est-ce pas, au contraire le prix élevé d'un objet qui le met à la mode? Si l'on augmentait les droits d'entrée sur des articles de consommation générale, les importations baisseraient parce que d'autres articles pourraient leur être substitués et que les masses regardent beaucoup au prix. Mais cela ne s'applique guère aux objets de luxe qui sont surtout affaire de goût et de mode et sont achetés uniquement par les riches pour lesquels la question de prix est secondaire. Doubler la
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taxe sur le Champagne, par exemple, ou sur la porcelaine, les laines, les soies, la lingerie, les dentelles, ce ne serait pas empêcher considérablement la classe riche d'en acheter. La diminution dans la quantité consommée ne dépasserait probablement pas de beaucoup l'augmentation résultant de l'accroissement de la population et de la richesse. Le montant des droits supplémentaires serait par suite bien vite égal à l'augmentation imposée. Mais même si des droits plus élevés réduisaient pour quelque temps d'un quart la consommation des produits étrangers, les recettes seraient encore augmentées d'un quart, dans le cas où les droits seraient doublés. Et même si cette consommation subissait une considérable réduction, ce serait tant mieux. Derrière le nuage brille le soleil, car une grande partie de la richesse nationale serait ainsi consacrée à l'achat de nos propres produits, ou tout au moins ne serait plus employée à l'achat d'objets superflus.
On pourrait prétendre aussi que les fabricants nationaux finiraient par produire les plus belles qualités de matières tissées, si les marchandises étrangères étaient lourdement
taxées. Dieu veuille qu'il en soit ainsi; ce serait tant mieux pour le pays. Mais il faudrait des années pour qu'ils y réussisent et, longtemps avant l'accroissement des recettes qui résulte naturellement de celui de la population et des richesses, compenserait toutes les réductions d'importation. Dans quelques années, la décroissance des pensions, — la grande source de dépenses à l'heure actuelle, — débarrassera le gouvernement de la nécessité de percevoir d'aussi forts impôts.
Les droits de douane suivants furent perçus en 1892 sur les importations d'objets de luxe pour les riches :
Lainages 32.293.609 dollars
Soieries 16.965.637 —
Cotonnades 16.436.733 —
Toiles 10.066.636 —
Verres et porcelaines 10.339.000 —
Vins, liqueurs, etc. 8.935.000 —
Tabac et cigares 11.882.557 —
Voilà 106 millions de recettes provenant de sept catégories d'objets de luxe. En voilà quelques autres qui ont produit plus de 8 millions :
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bijouterie, carrosserie, fleurs artificielles, pendules, brosses, papier, parfumerie, instruments de musique. Gela fait en tout une recette de 114 millions de dollars, sur un total d'importation s'élevant à 117 millions. Réduire les droits sur des articles qui servent au luxe des riches et qui fournissent les deux tiers du total des recettes douanières, tel est le principal résultat de la loi Wilson.
On ne saurait prétendre que ces articles ont été importés pour l'usage des masses populaires. Pour les lainages comme pour les soieries, les masses populaires des Etats-Unis se fournissent presque exclusivement chez les fabricants du pays.
La seule classe qui se serve de vêtements importés, de verre et de porcelaine étrangère, de vins étrangers et de tabac, c'est la classe fiche. Pour prévenir l'objection que les objets employés, n'importe en quelle quantité, par les masses renchériraient par le fait de l'augmentation des droits, le projet de loi devrait spécifier que les vêtements de laine, de soie et de toile de qualités ordinaires seraient exemptés de cette augmentation. En réalité, on n'importe que les qualités supérieures, mais cette
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clause désarmerait toute critique. Si l'on avait seulement conservé les droits de 1892 sur ces objets de luxe de la minorité, le déficit actuel qui met le trouble dans nos finances aurait été beaucoup moindre. Nous avons là, à la vérité, une mine très riche qu'on devrait exploiter quand on entreprendra une nouvelle législation fiscale. Si l'on doublait les droits sur les objets de luxe et si l'on percevait 114 autres millions de dollars, ou si l'accroissement des droits diminuait d'un quart la consommation et si le gouvernement ne récoltait ainsi que la moitié de l'augmentation, comme il le ferait encore même dans ce cas extrême, nous aurions 9 déchargé de 57 millions de dollars les épaules
des masses laborieuses pour les placer sur les épaules de la classe qui aime le luxe, le plaisir et la prodigalité. Faire payer cette classe pour sa prodigalité serait un bénéfice pour elle et pour la nation. Si l'on essayait d'augmenter les droits de 50 0/0, les recettes seraient bientôt augmentées de presque tout le chifîre de ce supplément de taxe. Cela n'est ni de la protection, ni du libre-échange, et n'a rien avoir avec aucun des deux systèmes. C'est simplement une question de recettes. J'ose
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prétendre qu'il n'existe aucun autre moyen plus sage d'obtenir les recettes nécessaires que de les demander aux objets de luxe étrangers que consomme la classe la plus riche et la plus prodigue. Mon tarif doublerait à peu près les droits sur ces objets-là.
Quand on est mis en présence du fait que le principal changement introduit par la loi Wilson a été de réduire les droits sur les deux tiers des importations, exclusivement pour le bénéfice des riches qui seuls les emploient, on se demande comment un homme aussi capable, aussi honnête, aussi zélé et aussi irréprochable que M. Wilson, a pu s'imaginer qu'il « débarrassait les masses populaires du fardeau inutile de droits onéreux ». L'explication est facile : il manquait d'expérience ; il n'avait pas étudié la question. Je ne crois pas qu'il proposerait aujourd'hui une mesure si contraire aux intentions qu'il affiche. Il est profondément regrettable qu'un tel homme soit en ce moment relégué dans la vie privée simplement parce que son district a voté pour un autre. Notre coutume de ne choisir que des représentants résidant dans le district nous fait perdre beaucoup d'hommes de grande valeur. M. Wil-
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son est aujourd'hui capable de faire d'excellente besogne parce qu'il possède la seule qualité qui lui manquait autrefois, la pratique des affaires. Nous avons besoin de tels hommes pour nos affaires publiques, et j'espère qu'il nous reviendra bientôt. Quelque jour, je pense, il défendra à la tribune un tarif douanier qui taxera plus lourdement le luxe des riches, au lieu de réduire les droits qu'ils sont seuls à payer.
Peu de personnes peut-être comprennent jusqu'à quel point les tissus étrangers sont réservés exclusivement aux riches. Prenons, par exemple, les lainages. En 1890, la valeur des produits nationaux était de 338 millions de dollars ; les lainages étrangers de grand prix ne furent importés que pour une valeur de 35.500.000 dollars. Leur prix par mètre étant bien supérieur à celui des qualités ordinaires fabriquées chez nous, le nombre des mètres ne s'élevait probablement qu'à 6 ou 7 pour cent] de la consommation totale. Les cotonnades] nous donnent des résultats semblables. En 1890, la valeur des produits nationaux fut] de 268 millions de dollars, et le total des importations fut seulement de 28 millions.!
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Même à Tégard des soieries les produits manufacturés dans les usines américaines furent estimés à 69 millions de dollars, tandis que le total des importations représentait seulement 31 millions. La valeur des mètre de ces produits est elle aussi bien supérieure à celle des produits nationaux. Depuis 1890, les manufactures américaines de soieries se sont beaucoup développées et de plus en plus elles tendent à suffire à tous les besoins du pays.
Si l'on classait les lainages, les soieries et le linge étrangers d'après leur finesse et leur prix, on verrait que les marchandises de qualité ordinaire employées généralement par le peuple ont cessé d'être importées. D'ailleurs, elles ne peuvent l'être, dans des proportions importantes, même sous le régime de la loi actuelle. Le fabricant américain a conquis son propre marché. Il y a un autre point à considérer : une très grande proportion des tissus importés se compose non pas de drap au mètre, mais d'articles de fantaisie — passementeries, dentelles, garnitures, broderies, qui ne sont pas fabriqués chez nous.
A l'égard du charbon et du minerai de fer, qualifiés matières premières, le nouveau
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tarif ne ferait pas de nouvelles réductions, parce que celle qu'on vient de faire et qui est de près de moitié, est déjà sérieuse. Il faut du temps avant qu'une industrie se fasse à un tel changement. De plus, le droit de quarante cents par tonne sur le minerai et de trente cents sur le charbon est relativement infime. Ceci s'applique de façon générale au fer et à l'acier qui ont eu récemment à supporter deux réductions. La loi Mac-Kinley les avait déjà dégrevés autant que vient de le faire la loi Wilson — soit d'environ 30 0/0. Affranchir de droits les liens d'acier pour balles de coton, quand tous les autres objets en acier contitinuent à être taxés, est la plus grosse erreur du tarif présent. C'est là un résultat de Tétroitesse d'esprit qui est le fléau du système fédéral. Il faudrait rétablir la moitié des anciens droits.
Les œuvres d'art continueraient à entrer en franchise et les cadres des tableaux, actuellement soumis aux droits, en seraient aussi exempts. Les sommes insignifiantes prélevées actuellement sur ces cadres ne sont rien, mais les ennuis et les retards occasionnés par leur estimation finiront par décourager les importateurs
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de trésors artistiques dont la plupart entrent tôt ou tard dans les galeries publiques et deviennent ainsi la très précieuse propriété de la nation.
Il y a dans la loi de douane un point important qui n'attire pas le dixième de l'attention qu'il mérite : c'est le paragraphe qui permet à tous d'importer des matériaux et de les employer à la fabrication des articles destinés à l'exportation. Dans ce cas, il est fait une remise de 99 0/0 sur les droits. Voilà de la bonne politique qui, pour le développement du commerce de la République, a autant d'importance que la réciprocité. Cette clause serait incorporée dans mon tarif idéal, sauf que je ferais aussi la remise du 1 0/0 qui reste. De la sorte, l'industriel américain serait libre de profiter du marché du monde, sur les bases du libreéchange, pour les objets qu'il achète avec l'intention de les réexporter ; il pourrait présenter sur ces marchés tout ce qu'il a à vendre, dans les mêmes conditions que les fabricants européens. Quand des écrivains et des orateurs dissertent sur l'exclusion du fabricant américain des marchés du monde, grâce aux droits protecteurs, ils ignorent probablement qu'en
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ce moment, il est dans des conditions de libreéchange, en ce qui concerne ses matières premières, sauf ce droit de 1 0/0 que le gouvernement retient pour payer ses dépenses de comptabilité. Le nouveau tarif désarmerait la critique sur ce point en omettant aussi cet insignifiant 1 0/0. Les fabricants américains auraient alors tous les avantages du libreéchange, dans la lutte pour la conquête du marché mondial.
Toutes les qualités de laines étrangères que nous ne pouvons produire dans notre pays, à cause du climat, et qui pourtant nous sont utiles pour les mélanges avec nos produits nationaux, continueraient à être exemptes de droits.
Il n'y aurait pas d'impôt sur le revenu. Je ne connais aucun homme d'Etat, aucune personne faisant autorité, qui ne dénonce l'impôt sur le revenu comme étant celui qui a le plus d'inconvénients. M. Gladstone fit un jour un appel au pays sur cet unique sujet, déclarant qu'un tel impôt tendrait à faire une nation de menteurs.
En théorie, c'est un impôt équitable, maisen pratique, il est si démoralisant qu'on peut, je
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crois, le considérer comme le plus pernicieux qu'on ait jamais imaginé, depuis que la société humaine a une organisation pacifique. En temps de guerre, toutes les mesures sont justifiables, mais la seule excuse pour l'impôt sur le revenu, c'est la nécessité impérieuse. Actuellement, une telle nécessité n'existe pas. Les recettes du gouvernement seront bientôt supérieures aux dépenses, ne serait-ce que par suite de l'augmentation de population et de richesse. On pourrait même les rendre telles dès maintenant, comme je l'ai indiqué plus haut, en taxant plus lourdement la prodigalité des riches.
La question des sucres est importante. Le sucre brut, les mélasses, etc., seraient imposés. Toutefois, on serait autorisé à admettre en franchise ceux qui viendraient des pays nous donnant en retour des avantages suffisants, ce qui reviendrait, de fait, à les exonérer tous. Les Etats-Unis jouissent d'un immense pouvoir par le fait qu'ils emploient annuellement 120 millions de dollars de ces articles achetés principalement à nos sœurs les Républiques de l'Amérique du Sud et à Cuba. Ce serait agir sagement que ne nous ouvrir le marché de ces pays en leur offrant des avantages sur les autres.
Le nouveau tarif pourrait accorder une prime temporaire au sucre national dans l'espoir que notre pays finirait par suffire à sa propre consommation. Les expériences sur la betterave et le sorgho ne devraient pas encore être abandonnées.
La politique des concessions réciproques serait rétablie, dans la plus large mesure. L'augmentation de nos exportations vers les pays avec lesquels nous avons des traités de réciprocité prouve que M. Blaine avait raison de croire que ce système habilement pratiqué nous fournirait le meilleur moyen possible d'assurer à notre pays un commerce extérieur qu'il ne saurait avoir autrement. Je crois que nous obtiendrions quelque chose en retour des pays à qui nous ouvririons notre marché du sucre, des mélasses et des tabacs. Nous avons déjà la preuve que cela est possible.
Bien que je sois opposé à un impôt sur la nourriture et les objets de première nécessité, je ferais une exception pour les produits du Canada, et cela indépendamment de toute doctrine de libre-échange ou de protectionnisme, uniquement pour des raisons de haute politique. Je crois que nous faisons preuve d'un
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manque réel de sens politique, en accordant des avantages commerciaux à un pays qui est vassal d'une puissance monarchique, laquelle peut-être considérée, comme détestant du fond du cœur l'idée républicaine. Si le Canada était libre, indépendant, prêt à partager le sort du continent, ce serait une autre affaire. Mais tant qu'il restera sur notre flanc, comme un ennemi possible, tant qu'il ne sera pas son propre maitre, qu'il sera soumis à la volonté d'un pouvoir européen et qu'il sera prêt, à la requête de ce pays, à marcher contre nous à propos d'affaires qui ne le regardent pas, je lui ferais clairement sentir que nous le considérons comme une menace à la paix et à la sécurité de notre pays, et je le traiterais en conséquence. Il ne serait pas en même temps dans l'Union et hors de l'Union, si je pouvais l'en empêcher. C'est pourquoi, je taxerais lourdement tous ceux de ses produits qui entrent aux Etats-Unis. Et cela, je. le ferais non par haine du Canada, mais par amour pour lui, dans l'espoir de lui faire comprendre que les nations de ce continent doivent être des nations américaines, et sont destinées, je l'espère, à former une seule nation. Je parle bien
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entendu des nations de langue anglaise. J'emploierais la verge, sans colère, amicalement. Mais, je l'emploierais.
Il faudrait que le Canada devienne membre de la République, ou qu'il se rende indépendant, et devienne ainsi responsable de ses actes dans la paix comme dans la guerre tout comme les autres nations sans pouvoir s'abriter derrière un pouvoir étranger. Il ne s'agit ici, je le répète, ni de libre échange ni de protection ; cependant cela rentre dans la question du tarif douanier. Je taxerais donc les produits du Canada, tant qu'il continuerait à être sous la dépendance d'un pouvoir européen.
La nouvelle loi de douane spécifierait que les deux partis politiques se sont mis d'accord pour qu'il n'y soit fait aucune modification avant 10 ans. De même que nous faisons un recensement tous les 10 ans, nous réviserions le tarif, par exemple l'année qui suivrait celle du recensement, afin de pouvoir agir en connaissance de cause. Ainsi, si les importations d'un article qui n'est pas exclusivement réservé à l'usage de la minorité riche, mais qui est de consommation générale, prouvait, par comparaison avec les quantités de cet article fabriqués
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chez nous, que nos fabricants ont presque complètement évincé leurs concurrents étrangers de nos marchés, les droits sur cet article pourraient être réduits. Si, au contraire, les statistiques prouvaient que les importations d'un article sont restées stationnaires ou qu'elles ont augmenté, par rapport à la production nationale, les droits sur cet article seraient relevés. Cette décision ne pourrait être influencée, en aucune façon, par les fabricants du pays ou les importateurs étrangers puisque nous aurions des chiffres établissant la situation. Personne ne pourrait les contredire. Bien entendu, il faudrait considérer si le fabricant national a prouvé qu'il serait capable un jour de produire l'article en question, de telle sorte que le consommateur finisse par l'obtenir à meilleur compte de lui que des fabricants étrangers. Si la commission chargée de réviser les tarifs, arrivait à établir que la fabrication de cet article ne convient pas à la contrée où nous vivons, il serait sage de cesser de la protéger, et d'accorder la franchise à cet article, ou du moins de ne l'imposer que pour les besoins de l'État.
L'esprit dans lequel la Commission aborde-
rait la révision, serait celui d'un homme épris de la campagne, à l'égard de l'abattage d'un arbre. Elle devrait toujours considérer, comme le fait cet amoureux de la nature, qu'il est facile d'abattre un arbre, mais qu'il est impossible de le remettre debout.
Il importe comparativement peu que le pays perçoive, pendant quelques années, 5 ou 10 pour cent de droits de plus qu'il n'était nécessaire, sur un article étranger. Il est autrement important que ces droits soient plus faibles, de 5 à 10 pour cent, qu'il ne le faut pour permettre aux fabricants nationaux de continuer une lutte dont ils peuvent finalement sortir victorieux. En fait de législation douanière la règle devrait être, dans tous les cas douteux, de choisir le côté où il n'y a pas de risques à courir. Dans une Commission consacrée à l'étude de ces droits, il ne devrait guère, ce me semble, y avoir de place pour l'esprit de parti, car ses fonctions auraient, en quelque sorte, un caractère juridique. Les membres auraient pour but d'approvisionner le pays de tous les articles de consommation générale qu'il peut produire lui-même, à l'aide d'une protection temporaire, dans des conditions aussi favora-
QUE FERAIS-JE DU TARIF SI j'ÉTAIS TZAR ? 33^
bles pour le consommateur que s'il les tirait de tout autre pays étranger.
Chaque fois qu'il est prouvé que les Etats- Unis ne peuvent atteindre ce résultat, pour quelque article que ce soit, alors, mais alors seulement, on devrait abandonner la protection et n'envisager que les revenus de l'Etat. Quant aux articles qui servent au luxe de la minorité, et sur lesquels la loi Wilson a considérablement réduit les droits, je prétends que le libre-échange et la protection n'ont rien à voir avec eux.
Il faut les imposer lourdement et uniquement pour des raisons financières, les imposer presque jusqu'au point où l'augmentation des taxes commencerait à produire une diminution des recettes totales qu'on peut prélever sur eux. Aucune autre considération n'entrerait en liane de compte pour le prélèvement des droits, car les recettes sont l'unique but que l'on recherche.
Je suis convaincu que ce point ne sera pas atteint, avant qu'on ait doublé les droits actuels sur les objets de luxe qui fournissent les 2/3 des recettes douanières. Je suis tout aussi certain que le secrétaire d'État Carlisle est dans l'erreur, quand il croit que les dégrèvements de
ces articles, édictés par la loi Wilson, en augmenteront considérablement l'usage. La consommation des objets de luxe ne peut être augmentée ou diminuée, par n'importe quel changement de droits, que d'une façon très minime, bien faite pour surprendre les théoriciens, parce que pour les riches le prix n'est que secondaire.
En résumé :
1° Les droits de douane porteraient principalement sur les objets de luxe étrangers, à l'usage de la classe riche sans égard au libre-échange ou à la protection, mais comme moyen de recettes. Ces objets représentent les deux tiers de nos douanes.
2° 11 n'y aurait pas d'impôt sur le revenu en temps de paix.
3° Les industries établies ne seraient pas soumises à des changements fréquents ou brusques ; on leur accorderait le temps de s'adapter aux conditions nouvelles. Une réduction immédiate, de plus de moitié sur un article, est inhabile et même dangereuse.
4o Les traités de réciprocité, à en juger d'après l'expérience déjà faite, sont le meilleur moyen d'étendre notre commerce étranger. Il faudrait revenir à ce système.
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5° La prime sur les sucres du pays ne serait pas abandonnée, parce qu'il n'est pas encore prouvé d'une manière concluante, que le sucre de betterave et de sorgho ne pourra pas finir par être produit chez nous, en quantité suffisante pour approvisionner notre marché, dans des conditions favorables.
7° Les laines que nous ne pouvons produire chez nous, et qui sont nécessaires, pour les mélanges, entreraient en franchise.
8° Les objets d'art de toute nature seraient exempts de droits parce que tous les trésors artistiques finissent tôt ou tard par entrer dans les musées publics.
8° Le tarif une fois établi ne pourrait plus être modifié qu'au cours de l'année suivant chaque recensement, excepté dans des circonstances analogues à celles que nous subissons, dans lesquelles l'insuffisance des recettes nationales et la sagesse politique exigent qu'on demande des recettes supplémentaires aux importations destinées au luxe des riches prodigues, et non aux premières nécessités de la vie des citoyens pauvres et sobres.
Tel serait un tarif douanier en faveur des classes laborieuses et des personnes qui mènent
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une vie frugale et modeste. Ni les protectionnistes ni les libre-échangistes ne pourraient s'en prévaloir, au nom de leurs principes, puisqu'il ne serait conçu dans l'intérêt d'aucun de ces systèmes, mais uniquement dans l'intérêt des revenus publics. Il serait basé sur le principe qu'il est préférable pour le pays, que ces revenus soient prélevés sur les objets de luxe réservés au seul usage des riches.
Sous un tel régime, la question des douanes serait entièrement éliminée du terrain politique et traitée seulement comme une question d'affaires. Si ce régime pouvait durer dix ans, sans être modifié, je suis sûr que notre pays ne tarderait pas à reprendre sa marche vers cette prospérité, — dans la mesure que les tarifs douaniers peuvent accélérer cette marche — , après laquelle tant de monde soupire, prospérité qui a caractérisé la période comprise entre 1880 et 1890, durant laquelle un merveilleux développement s'est produit, et que l'histoire considérera probablement comme l'âge d'or de la République, du moins en ce qui concerne la prospérité matérielle.
Harmonie du Capital et du Travail
SYSTÈMES d'association ET DE PARTICIPATION AUX BÉNÉFICES
La « Carnegie Steel Company » était bien jeune encore quand elle découvrit que pour réussir, elle avait besoin d'hommes capables de faire fonctionner, de façon parfaite, les services dont ils avaient la charge. C'est ainsi que nous fûmes amenés à intéresser aux bénéfices les jeunes gens de notre entourage, quand ils faisaient preuve des qualités exceptionnelles qui
(1) Extrait d'un discours'prononcé par M. Carnegie, à l'inauguralion de « l'Iron and Steel Institute, » dont il est le président.
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sont la source des gros dividendes. Nous leur donnions un intérêt modique sur le capital de la maison, sans tenir compte du fonds. Sur cette part, on prélevait les intérêts, et les bénéfices revenant à cette part, déduction faite de ces mtérêts, étaient portés à son avoir. Une clause du contrat prévoyait qu'il pouvait être annulé par les trois quarts des collègues du contractant, à charge pour eux de lui rembourser la somme à son crédit. Cette stipulation avait pour but de prévoir tous les cas graves d'incompatibilité d'humeur, ceux où le bénéficiaire se montrerait incapable de remplir sa situation, ou encore de supporter la prospérité. En cas de mort les intérêts faisaient retour à la Compagnie, à leur valeur établie par les livres. Les jeunes gens n'assumaient aucune obligation financière, et leur part ne leur était transférée, qu'après qu'elle avait été complètement remboursée par les profits et exonérée de toute responsabilité. De la sorte leur attention au travail n'était pas troublée par des risques dé perte. Ils n'étaient pas absorbés par la cote de la Bourse, leurs parts n'étant ni cotées, ni transférables. Ce système eut pour résultat de faire immédiatement plus de 40 jeunes associés, et
ce nombre fut augmenté, au commencement de chaque année.
Grâce à cette combinaison, ils s'acquittaient rapidement de leurs intérêts et promettaient de devenir millionnaires dans un avenir qui semblait alors lointain, mais qui, en réalité, était proche. Ils sont aujourd'hui très riches. Je vous prie de remarquer que le système que nous avions adopté les tenait en haleine, tout comme des hommes pauvres vivant de leurs salaires. Ils avaient la possibilité de devenir, mais ils n'étaient pas encore, des millionnaires. Et c'est là une grande dilTérence, car dans la constitution des millionnaires, même très jeunes, il se déclare souvent tant de points faibles, ignorés jusque là et nécessitant des soins minutieux, de nombreuses absences, des heures de travail écourtées, et une douzaine d'autres obstacles à des efforts sérieux et constants, qu'il ne semble pas bon pour leur santé de les charger mal à propos d'argent, avant leur âge mûr. L'aiguillon de la lutte disparait trop vite. Il est fort rare qu'un employé millionnaire fasse de bien grands efforts à l'usine ou au bureau. On ne peut attendre cela de lui. Il a acquis le droit de prendre des
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loisirs pour son instruction personnelle. Quand il a gagné son indépendance, un homme contracte de nouveaux devoirs, envers sa famille et envers lui-même. L'argent ne doit être qu'un moyen d'atteindre un but.
A mesure que les usines s'agrandissaient, nous constations combien le succès dépendait des ouvriers, surveillants et contre-maitres. Et pourtant avant cette époque aucun n'avait été élevé au rang d'associé. Les hommes d'affaires et les ouvriers — le bureau et l'usine — étaient encore séparés par un large fossé. Je n'ai pas oublié le premier essai que nous fîmes pour amener entre ces deux éléments des relations plus étroites. Il s'agissait de notre capitaine Jones, qui était alors bien connu et considéré comme un des meilleurs « managers », peut-être le meilleur de son temps, en Amérique. Il entra chez nous, en qualité d'ouvrier, à raison de 8 shillings par jour. J'expliquai au capitaine que plusieurs jeunes gens employés dans la partie commerciale étaient devenus nos associés et gagnaient beaucoup plus d'argent que lui, alors que ses services nous étaient au moins aussi précieux que les leurs. Je lui annonçai en même temps
que nous désirions faire de lui un associé. Je n'oublierai jamais sa réponse :
« M. Carnegie, je vous suis très obligé, mais je n'entends rien aux affaires, et je voudrais bien ne jamais avoir à m'en occuper. J'ai bien assez de besogne dans les ateliers. Laissez-moi comme je suis, et donnez-moi de très gros appointements. »
— « A partir d'aujourd'hui, répliquai-je, vos appointements seront ceux du Président de la République des Etats-Unis » Et, ils restèrent ainsi, jusqu'au triste jour de sa mort. Les directeurs d'autres usines, qui étaient mes aînés ne manquèrent pas de m'accuser de ruiner l'industrie de l'acier, en donnant à un ouvrier des appointements plus élevés que les leurs. Etant beaucoup plus jeune que tous ces grands dignitaires, je confessai humblement mes torts, mais, en même temps, je leur demandai s'ils savaient où nous pourrions trouver deux ou trois autres capitaines John auxquels j'étais prêta donner un salaire double. Le capitaine n'était pas trop payé ; il valait pour nous plusieurs directeurs recevant un salaire ordinaire. Ce refus de devenir notre associé est le seul qui soit venu à ma connais- ,
sance. Aucun autre ouvrier ne préféra jamais un salaire à une participation aux bénéfices, et ils avaient raison. Rien ne vaut ce système. A partir de ce moment, l'union des ouvriers ou hommes d'affaires associés, alla se développant, jusqu'à ce qu'il n'y eut plus un seul contre-maître non intéressé aux bénéfices, et un seul conseil d'administration, ou commission importante, qui ne comptât au moins un représentant ouvrier. En vertu de ce principe, pour les ventes ou les traités importants, l'usine et le bureau conféraient ensemble. L'ouvrier et l'homme d'affaires étaient de véritables associés n'agissant jamais sans se consulter réciproquement. Cette innovation fut une des plus fructueuses que nous eussions jamais faite.
Nous fîmes un autre pas dans cette voie. Les hommes qui avaient d'autres hommes sous leur direction, reçurent une part prélevée sur les recettes ou sur les économies réalisées dans leur service. Quand il n'était pas possible de déterminer les limites d'un service, les directeurs recevaient, en plus de leur salaire, des primes élevées qui étaient calculées sur les bénéfices de l'année. De la sorte, tout homme
exerçant une autorité quelconque, était plus qu'un simple salarié. Il se sentait placé sur le premier échelon de Téchelle conduisant tôt ou tard à l'association, et il valait au moins deux employés payés à la journée ou au mois.
Ce système de payer les chefs de service, suivant les résultats obtenus, s'est tellement développé et continue à se développer si rapidement, que nous pouvons le considérer comme ayant fait ses preuves. Il est bien peu de magasins avec plusieurs rayons et bien peu d'importantes maisons de détail qui n'aient été forcés de l'adopter.
Vraisemblablement ce système finira par être adopté, de façon plus ou moins complète, dans les usines. Le plus tôt sera le mieux. Plus il y aura de travailleurs participant aux bénéfices, plus il y aura d'harmonie entre le Capital et le Travail, pour le plus grand bien des deux.
C'est toujours un plaisir pour moi que d'assister au départ d'une flottille de pêche, parce qu'on y emploie le système qui finira par se généraliser. Nul sur ces bateaux ne reçoit de salaire fixe ; chacun reçoit une part dans les profits.
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C'est là l'idéal. Il serait fort intéressant de pouvoir comparer les résultats obtenus par une flottille où les hommes reçoivent des gages fixes. Mais une telle flottille a-t-elle jamais existé? Mon expérience me permet d'affirmer qu'un équipage d'hommes eviployés ne saurait valoir un équipage d'hommes associés.
Le grand secret du succès dans les affaires de toute sorte, et surtout dans l'industrie où une petite économie sur chaque opération a pour conséquence une fortune, c'est un partage généreux des bénéfices entre les hommes qui aident à les produire. Plus la répartition est importante, mieux cela vaut.
Des ressources qu'on ne soupçonne pas existent à l'état latent dans des hommes de bonne volonté qui nous entourent. Pour obtenir d'eux des résultats surprenants, il suffit d'apprécier leur valeur et de les mettre à même de se développer. Mais l'argent ne suffit pas. Les natures les plus sensibles et les plus ambitieuses ont besoin de sympathie, d'égards et d'amitié. Le génie, sous toutes ses formes, est susceptible. Or, c'est le génie, et non pas une intelligence ordinaire qui produit des résultats, même dans le domaine des affaires. Si vous
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voulez qu'un homme de premier ordre tire de son cerveau tout ce qu'il contient, commencez par gai^ner son cœur. Cette règle, je vous l'affirme, n'a pas de limites. Le simple manœuvre produit davantage quand il estime son patron. Qu'il s'agisse du travail manuel ou du travail de tête, c'est le cœur qui compte.
Une des principales sources du succès de la « Carnegie Steel Company » fut, sans aucun doute, son système de prendre comme associés les meilleurs de ses employés, et d'intéresser aux bénéfices tous ceux qui faisaient preuve de quelque valeur. Je recommande vivement ce système, parce que je crois qu'à cette époque de concurrence toujours grandissante, les maisons qui l'adopteront, toutes autres conditions étant égales, l'emporteront sur les autres et prospéreront.
Entre le Capital et le Travail, il y a toujours quelque querelle en évidence. Mais n'oublions jamais que les domestiques ainsi que les employés des petits ateliers qui travaillent avec leur patron, deux catégories de travailleurs qui embrassent de beaucoup le plus grand nombre des salariés, ont généralement une atti-
tude très satisfaisante. Parmi eux, règne la paix. Bien entendu, il y a d'inévitables exceptions individuelles.
Ce résultat est la conséquence de la puissante et salutaire influence de l'élément personnel. L'employeur connaît ses hommes et l'employé connaît son patron. Ils ont l'un pour l'autre du respect, de la sympathie, de l'affection, et, par suite, ils vivent en paix. Quand il s'agit du service de nos maisons, nous savons tous combien ce dicton est juste : « Tel maître, tel domestique ; telle maîtresse, telle servante ». Nous avons là les relations entre employeurs et employés, sous [leur forme la plus étroite, et d'innombrables exemples attestent combien les relations personnelles tendent à faire régner l'harmonie. Le serviteur fidèle devient un véritable membre de la famille, il lui est profondément attaché, et la famille éprouve pour lui les mêmes sentiments. Il y a peu de chefs de maison qui n'entretiennent de vieux serviteurs, et jusqu'à leur mort ou à celle de leurs enfants, ces liens subsistent. L'amitié des maîtres et des enfants pour les vieux domestiques, et l'affection que ceux-ci leur ren-
dent est un des traits les plus touchants de la vie.
D'où vient cette affection réciproque? Non pas assurément du payement des gages, d'une part, ni du simple accomplissement des devoirs, de l'autre part. Cela n'est pas suffisant. Elle vient de ce que chacun a fait quelque chose de plus que ne l'exigeait son contrat, qu'il a eu l'occasion de connaître les vertus, la bonté de l'autre, c'est-à-dire son caractère. Les termes stricts du contrat disparaissent dans une profonde estime mutuelle. Le travail n'est jamais complètement payé par l'argent seul.
Si les propriétaires-directeurs et les chefs de service des grandes administrations pouvaient seulement être connus de leurs hommes, et, ce qui n'est pas moins important, si les hommes pouvaient les connaître, et si, tous, pouvaient se montrer les uns aux autres, leur cœur aussi bien que leurs peines, nous trouverions dans ce domaine si souvent troublé, l'harmonie que nous avons tant de plaisir à constater entre maîtres et domestiques. Toutes les querelles du monde, entre les individus, entre les Sociétés par actions et leurs ouvriers
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et entre les nations, viennent de ce que les partis en lutte ignorent leurs qualités réciproques. « Nous détestons seulement ceux que nous ne connaissons pas », est une excellente maxime que nous ferions bien d'avoir toujours présente à Tesprit.
Là où nous constatons des relations plus amicales entre employeurs et employés, nous constatons également que les salaires fixes ont été, en grande partie, remplacés par des salaires proportionnés à la valeur des services rendus par les ouvriers qui exercent de l'autorité sur les autres. Ces services sont payés, non seulement avec de l'argent, mais avec une amélioration de situation, qui, souvent, a autant d'importance que l'argent, — et qui parfois quand il s'agit des meilleurs, en a davantage. La grande masse des ouvriers ordinaires continue à recevoir des salaires fixes, mais l'histoire des relations entre les employeurs et les employés nous apprend que ces salaires ont, eux aussi, beaucoup augmenté. Le mouvement qui tend à améliorer la situation des travailleurs n'a pas oublié les plus humbles. Il a atteint tous les ouvriers et a amélioré leur situation à tous.
Je laisse de côté l'époque où l'employeur du Capital possédait ses ouvriers et les traitait comme des esclaves. N'est-il pas surprenant de constater que, même à une époque aussi récente que 1799, le servage existait encore en Ecosse? Les mineurs et les hommes de peine se vendaient avec la mine. Je parlais récemment à un mineur fort intelligent, dans le comté de Fife. Les mineurs de ce comté méritent leur extraordinaire réputation d'hommes intelligents, sobres et doués de toutes les qualités qui font les bons citoyens. Je lui disais que nos aïeux étaient ainsi transférés, et je lui signalais le contraste entre le passé et le temps présent. Les délégués des mineurs étaient en train de discuter un contrat avec les propriétaires de la mine, sur un pied d'égalité absolue — les uns achetant, les autres vendant du Travail. Quand je lui demandai ce qu'il penserait si ses patrons voulaient le vendre avec la mine, il me répondit : « Eh ! je pense que nous serions deux à ce marché ». 11 faut être Ecossais, pour bien apprécier cette réponse, car l'accent, le clignement de l'œil et le hochement de tête y jouaient un grand rôle.
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Le paiement en nature, en tout ou partie, et certaines obligations envers le patron, survécurent au servage. Mais, aujourd'hui, nous sommes arrivés à une égalité parfaite entre les deux parties contractantes. Chacun est libre de poser les conditions et de conclure les traités qui lui plaisent. Le Travail vaut son prix, et ce prix est payé en argent. Dans beaucoup de pays, la loi donne au Travail, en cas de dettes, la priorité sur l'actif du patron. L'irrésistible pression qui a amené changement sur changement, dans les relations entre le Capital et le Travail, continue son œuvre. Et c'est là une indication certaine que l'étape finale n'a pas encore été atteinte.
Un autre progrès fort important nous en fournit la preuve. Je veux parler de l'Echelle mobile, qui stipule, non un salaire fixe, mais le paiement d'après les résultats obtenus. Quand les commandes sont plus considérables, les gains du patron et les salaires des ouvriers le sont aussi. Avec ce système, les salaires des ouvriers montent et descendent, en même temps que les profits des patrons. Si on me demandait quel est le plus grand service
que la « Carnegie Steel Company » ait rendu aux ouvriers, en dehors du travail qu'elle leur a fourni sans interruption à des prix égaux à n'importe quels autres, je répondrais que ce fut de faire adopter dans les ateliers de Braddock, il y a quatorze ans, l'Echelle mobile avec un minimum de gages assurant leur existence.
Ce système qui fonctionne aujourd'hui encore, a donné d'excellents résultats ; il a fait régner entre le Capital et le Travail une harmonie qui n'a jamais été troublée. L'échelle mobile réalise un grand progrès sur le salaire fixe. Non seulement elle procure au travailleur une part dans les bénéfices, plus prompte et plus sûre, mais elle élève sa situation morale. L'ouvrier qui a une part dans des bénéfices qui varient, au lieu de recevoir simplement un salaire fixe, est un peu propriétaire. Il s'est élevé. Il est plus homme, et plus il y a de l'homme dans l'ouvrier, plus il vaut.
La « Carnegie Steel Company » a fait de ses jeunes employés des associés et s'est toujours efforcée de récompenser les services exceptionnels. Elle appliqua le système des primes à un degré peut-être inconnu à toute autre organi-
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satioii similaire. Mais elle ne put jamais appliquer à la masse des ouvriers cette forme d'association limitée, même quand il eut été à désirer que leurs économies fussent ainsi placées. L'objection qui toujours s'éleva dans notre esprit, et que nous ne pûmes jamais surmonter, en nous plaçant au point de vue de l'ouvrier, fut la triste et éloquente histoire de toutes les plus grandes usines, surtout celles de fer et d'acier.
C'est un fait instructif que la majorité des plus grandes fabriques des Etats-Unis ont été, à quelque époque de leur carrière, entre les mains des liquidateurs, hypothéquées, réorganisées ou vendues par l'officier civil, au grand préjudice de leurs premiers propriétaires. Celles qui ont échappé à des difficultés financières sont assurément l'exception. Plus d'une fois, dans le cours de l'histoire de la « Carnegie Company )),des associés importants ont douté de son avenir, au point de demander à des aînés plus optimistes de racheter une large part de leurs intérêts, au prix coûtant. La grande « Cambria Iron Company » se trouva deux fois dans de graves difficultés financières, et, une fois, fut vendue par le sheriff. Les
usines de Joliet furent également vendues. La « Bethlehem Company » a été hypothéquée deux fois. Les obHgations avec première hypothèque des immenses usines de Chicago ont été vendues avec 70 0/0 de perte, et leurs actions, moins de la moitié de leur valeur au pair. La « Troy Iron and Steel Company » a subi de graves pertes et a été réorganisée plusieurs fois. Ces désastres appartiennent à un passé éloigné, mais n'oublions pas que l'histoire se répète. La (( Pensylvania Steel Company » a été récemment dans les mains des liquidateurs. Ses actions qui, en 1881, trouvaient acheteurs à 300 dollars, furent vendues en 93, au cours de 20 dollars. Dans aucune de ces sociétés, il n'y avait eu de sur-capitalisation. On ne comptait que l'argent versé. Même aujourd'hui nous apprenons que la « Superior Iron Company » se trouve dans l'embarras, après un placement en capital espèces de 34.000.000 dollars (7.000.000 L S). Ses actions de préférence qui récemment se vendaient 80 dollars, sont aujourd'hui, cotées à la Bourse, à 45 dollars 50 (3 livres 4 Sh).Lesactions ordinaires, qui, l'an dernier, valaient 3(1 dollars (7 livres 6 Sh),se vendent aujourd'hui 4 dollars (1 livre 6 Sh).
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On a annoncé que la plus ancienne et la plus importante de nos Sociétés de constructions navales allait être réorganisée, et que pour cela, sept millions et demi de dollars étaient nécessaires. Les actions, qui se sont vendues plus de 85 dollars se vendent maintenant 38 dollars. Les vicissitudes des principales usines de fer et d'acier du Tennessee et du Colorado sont encore présentes à l'esprit. Nos amis du Canada ont passé par les mêmes expériences. Les actions de leur grande « Dominion Iron Company » qui se vendaient 60 dollars, le mois dernier, sont cotées aujourd'hui 25 dollars.
Cette situation ne fut pas spéciale à l'Amérique. L'année dernière, les usines de fer et d'acier de l'Allemagne étaient pour la plupart dans une mauvaise situation, et leurs actions cotées très bas. A cette époque, je fus profondément impressionné par la lecture d'une liste de ces pertes. Si je me souviens bien, les actions de beaucoup de Sociétés tombèrent de moitié, et même de plus. Plusieurs importantes usines subissaient des difficultés financières. L'Angleterre connut une situation semblable. Beaucoup de maisons, après avoir oscillé, entre des saisons de pertes et de gains, durent, à diverses reprises,
HARMONIE DU CAPITAL ET DU TRAVAIL 36l
être reconstituées, ce qui entraîna de grandes pertes pour les actionnaires. L'incertitude des résultats n'est pas réservée au fer et à l'acier. Elle est inhérente aux affaires de tout genre.
Si les employés des principales lignes de chemins de fer américaines avaient consacré, l'année dernière, leurs économies à l'achat d'actions de ces compagnies, ils en auraient perdu près du quart. Les actions du « Pensylvania Railroad » ont baissé de 38 dollars, celles du « New-York Central » de 40 dollars, celles du « Chicago, Milwaukee et Saint- Paul )) de 41 dollars, celles de r« Illinois Central » de 42 dollars. On dira que ces pertes peuvent être rattrapées. C'est vrai, mais elles peuvent aussi être doublées. Nul ne connaît l'avenir.
C'est ce danger de perte que court toujours l'ouvrier désireux de placer son argent, qui rend les Caisses d'Epargne du gouvernement, en Angleterre, si utiles, bien qu'elles ne donnent qu'un intérêt de 2 1/2 pour cent. La sécurité du capital est complète, et c'est là le point capital.
On dit que sur cent personnes qui se lancent dans les affaires, 95 échouent. Cela paraît
incroyable, mais il suffit de se rappeler le nombre des personnes de notre connaissance qui ont essayé et n'ont pas réussi, pour se rendre compte que la proportion des échecs est assurément très grande.
La route du fer et de l'acier, dans tous les pays du monde, est semée de désastres financiers at les affaires sous n'importe quelle forme courent de grands risques. Rarement une semaine se passe, sans qu'on apprenne quelque difficulté ou quelque faillite, dans le monde industriel. Il en a toujours été et il continuera à en être ainsi, tant que la nature humaine ne changera pas.
En raison de cette situation, nous écartâmes toujours comme dangereuse pour l'ouvrier, l'idée de lui faire risquer ses précieuses économies dans l'industrie ou dans n'importe quelle autre affaire. Nous lui donnions le conseil d'acheter une maison et de faire ainsi l'économie de son loyer. A tous les ouvriers qui étaient sans dettes et qui dési-, raient construire une maison, nous prêtions l'argent nécessaire. Leurs économies, jusqu'à concurrence de 2.000 dollars par tête, étaient reçues par la Société^ et servaient à constituer
un fonds spécial de toute sécurité, entièrement en dehors des affaires . A cet argent, on allouait un intérêt' de 6 0/0, dans le but d'engager l'ouvrier à économiser une partie de ses gains pour ses vieux jours. Les sommes qui nous étaient ainsi confiées, étaient placées en hypothèques sur immeubles, et souvent prêtées aux ouvriers qui désiraient bâtir une maison. Nous pensons que c'est là l'emploi le plus sûr et le plus sage que les ouvriers puissent faire de leurs économies.
La (( United States Steel Corporation », la plus considérable de toutes les sociétés industrielles, est celle qui a fait le plus pour procurer aux ouvriers une rémunération basée sur les profits, dans les conditions les plus propres à placer le Capital et le Travail, dans une dépendance mutuelle et amicale.
Pour cela, elle mérite d'être louée sans réserve. Elle a prouvé qu'elle avait le souci des intérêts de ses ouvriers et qu'elle entendait les siens.
J'attire toute votre attention sur ce progrès, car il pourrait bien être de la plus grande importance et marquer une époque dans l'his* toire des relations du Capital et du Travail. On
peut même considérer qu'il a fourni une base solide pour la solution de la plupart des différends fâcheux qui se sont élevés entre ces deux éléments.
Voici comment : 25.000 actions de préférence, à 100 dollars (7 0/0) furent offertes aux 168.000 ouvriers, au taux de 82 dollars 50 pour cent, en quantités proportionnées à leurs salaires. Elles furent souscrites deux fois ; près du sixième des hommes dont la moitié étaient des salariés souscrivirent. Plus tard, on mit encore à leur disposition, vingt mille autres actions. Gela faisait en tout 45.000 actions, valant environ 4.500.000 dollars (900.000 L S). Elles pouvaient être payées au moyen de versements mensuels. Une seconde répartition est projetée pour l'année prochaine.
Je dois citer un autre fait important et digne d'éloges. Ceux qui possèdent leurs parts depuis cinq ans et sont toujours en actiyité de service, reçoivent une prime annuelle de 5 dollars sur chaque part. Une autre prime dont le montant n'est pas fixé est dès aujourd'hui promise, pour une seconde période de cinq ans. Le troisième fait, également digne d'élo-
ges, c'est la décision de prélever chaque année 1 0/0, sur les salaires, dans le cas où ils excéderaient 80.000.000 dollars (soit 16.000.000 L S), et un additionnel cinquième de un pour cent, sur chaque 10.000.000 dollars (2.000.000 L S).
Ces sommes serviront à constituer un capital qu'on distribuera aux chefs et aux hommes qui auront mérité une récompense spéciale. Un comité iinancier en décidera. C'est là une récompense accordée au mérite et non au prorata. Tel est l'ensemble de ce progrès qui sera l'honneur de notre époque. Il n'est possible que dans des Sociétés par actions, ayant des parts de valeur minime qui les rendent faciles à répartir entre des milliers d'ouvriers.
Il est à noter que ce placement fait courir des risques aux hommes. C'est là un défaut que la Société ne manquera pas de corriger quand elle aura acquis de l'expérience, car très sagement, elle a spécifié que l'arrangement pourrait être modifié. Dans la plupart des Etats de l'Union, les gains du Travail, — à coup sûr les plus précieux de tous les capitaux — ont des droits de priorité sur l'actif, et, je crois, que c'est le seul sage système à
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suivre. « Chaque ouvrier actionnaire. » Gela serait la fin des conflits si attristants entre le Capital et le Travail.
Pour arriver à ce résultat, toutes les Sociétés pourraient fort bien offrir de distribuer à leurs ouvriers économes, une partie de leurs actions, et, en cas de désastre, donner la préférence au remboursement de ce capital, comme s'il était une première hypothèque. On pourrait facilement obtenir une législation, avec les sauvegardes nécessaires, autorisant les sociétés à donner aux économies de leurs employés, jusqu'à concurrence d'une certaine somme pour chacun, un titre de préférence, passant avant l'hypothèque, les dettes ordinaires ou les titres des actionnaires. On assimilerait ces actions aux gages des ouvriers ou aux lois du « Homestead », actuellement en vigueur dans la plupart, sinon dans tous les Etats.
Il semble que cela soit dû à l'ouvrier qui ignore les affaires^ achète ses actions de confiance, et devient l'obligé ou la victime de ses patrons. On devrait le considérer comme un enfant sans expérience des affaires. De plus, si on lui demande de placer son argent, ce n'est pas
seulement pour son propre avantage, mais au moins autant pour celui de son patron. Celui qui le conseille n'est pas désintéressé, et, par suite ne peut être affranchi de responsabilité. Cette situation amènera, j'en suis sûr, les propriétaires de 1' « United States Steel Corporation », à prendre des précautions afin que ceux de leurs ouvriers qui ont confiance en eux ne puissent perdre leur argent, pour avoir suivi des conseils visant l'avantage de la Société aussi bien que celui des ouvriers. La responsabilité de la Société n'est pas minime puisque sa circulaire affirme aux ouvriers « qu'on leur offre pour leurs économies un placement plus sûr et plus avantageux que tout autre qu'ils pourraient trouver ailleurs ». Il serait infinimement préférable qu'une sanction légale fût donnée à cette prétention.
Il faut tenir compte de l'influence que peuvent exercer sur tout ouvrier prudent des soucis relatifs à la sécurité de l'argent qui sans doute constitue la seule réserve de ses vieux jours. Chaque matin, il consultera les cotes de la Bourse, car l'ouvrier américain lit les journaux. Tout récemment, il aurait pu voir les actions de
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préférence de 1' « United States Company » cotée à un prix plus bas que celui auquel on les lui a fait payer. Cela a peu d'importance pour l'homme d'affaires habitué à la hausse et à la baisse des cotes de la Bourse. Mais quel doit être l'effet sur l'ouvrier ignorant ? Je suis très affirmatif sur ce point : « L'ouvrier dont les pensées sont concentrées sur les surprises de la spéculation à la Bourse n'est pas un bon ouvrier. La spéculation est le parasite des affaires, elle vit des valeurs, elle n'en crée aucune. Elle est absolument incompatible avec un travail régulier qui nécessite du soin et de l'attention. Les placements de l'ouvrier ne doivent jamais courir aucun risque, car si ses pensées sont à la Bourse, elles ne peuvent être aux machines. Or, les machines ainsi que les arts ne supportent aucune rivalité. Elles réclament toute l'attention de ceux qui en sont chargés. »
Nous constatons ainsi que le monde s'avance pas à pas, vers des conditions meilleures. De même que le monde industriel s'est amélioré, de même le monde du Travail s'est élevé de l'esclavage à l'indépendance absolue des travailleurs. L'ouvrier commence au-
jourd'hui à prendre la place qui lui revient, — place de capitaliste et d'associé du patron.
Il nous est permis d'espérer la venue d'un jour où l'ouvrier sera toujours un associé avec capital. L'homme d'affaires apportera à la Société son expérience, l'ouvrier son habileté manuelle. Tous deux seront propriétaires d'actions, également intéressés au succès de leurs efforts réunis, indispensables l'un à l'autre. Sans cette collaboration, il n'y aura pas de succès possible. C'est là une magnifique perspective qu'il nous est déjà permis d'entrevoir.
Peut-être trouvera- t-on que j'ai trop de confiance dans un système qui demandera du temps pour se réaliser. Mais mon expérience m'a enseigné que les grandes « combinaisons », et même une Société anonyme de proportions modérées, n'a aucune chance de succès contre une association qui comprend les principaux chefs, et qui a adopté dans toutes SCS usines le système de payement par primes. De façon générale, on peut être certain, que cette dernière gagnera de beaux dividendes, en temps de dépression, tandis que l'autre, administrée
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selon raiicieii système, perdra de l'argent et peut-être tombera dans des embarras financiers.
Quand je parle de Sociétés anonymes, il ne faut pas oublier que beaucoup ne le sont que de nom. Quelques actionnaires leur ont consacré le travail de toute leur vie. Ces Sociétés là peuvent être placées sur le même rang que les Sociétés en commandite, car elles en ont tous les avantages. La véritable Société anonyme est celle dont les actions sont sur le marché, dont les propriétaires changent continuellement et sont souvent inconnus du directeur lui-même — dont les ouvriers sont de pures abstractions... Il est impossible d'infuser à ces ouvriers les sentiments si puissants d'estime personnelle et de fidélité. Par suite, la décision prise par V « United States Steel Corporation » ne me cause aucune surprise, car j'ai toujours pensé que des Sociétés anonymes de ce genre seraient obligées de remplacer, comme elles pourraient, les relations personnelles de l'ancien système, ou bien qu'il leur en cuirait.
Dans le tant pour cent accordé aux employés de valeur exceptionnelle, nos gigantes-
ques Sociétés par actions ont peut-être le meilleur moyen de remplacer le pouvoir magique de l'association — dont, à la vérité, rien ne peut approcher... L'idée de faire de chaque ouvrier un capitaliste, et de partager une part importante des profits entre les hommes qui ont rendu d'exceptionnels services, rencontrera probablement l'opposition des extrêmes des deux côtés, du révolutionnaire violent, ennemi du capitaliste, et du patron à l'esprit étroit et avide, qui croit que le travail s'achète comme les matières premières, qu'il suffit de payer le prix convenu et que tout finit là. Mais je crois que cette opposition sera de peu d'importance. C'est même une excellente chose pour la nouvelle idée qu'elle soit combattue par les gens à opinions extrêmes et défendue par la masse des hommes qui ne se tiennent à aucune extrémité dangereuse, mais au milieu, là où généralement se trouve la sagesse.
En attendant cette époque, j'ai exposé un système dont on peut espérer beaucoup, que je propose comme une solution à l'un des problèmes les plus pressants de notre époque, et qui est susceptible de perfectionnements. Je suis bien certain que le problème sera résolu, et
qu'un jour viendra où les deux élémeiiLs, Capital et Travail, vivront dans une amicale coopération.
(Pour ceux que la question intéresse de façon spéciale, je donne ci-dessous le système de participation aux bénéfices employés par r « United States Steel Corporation »).
Ce système a pour but d'amener les ouvriers à devenir propriétaires permanents des obligations de la Société anonyme.
Sur les gains de la Société, en 1902, on devait mettre de côté, au moins 2.000.000 dollars et, plus, si cela était nécessaire, pour l'achat d'au moins 25.000 obligations destinées à être offertes, dans les conditions suivantes, à tous les employés de la « Steel Corporation » et des Sociétés subsidiaires :
A la date de ce jour, la Société et les Sociétés subsidiaires ont à leur service environ 168.000 employés que l'on propose de diviser en six catégories comme suit :
Classe A, comprenant tous ceux qui reçoivent des salaires annuels de 20.000 dollars et au-dessus.
Classe B, comprenant tous ceux qui reçoi-
vent des salaires annuels de 10.000 à 20.000 dollars.
Classe C, comprenant tous ceux qui reçoivent des salaires annuels de S. 000 à 10.000 dollars.
Classe D, comprenant tous ceux qui reçoivent des salaires annuels de 2.500 à 5.000 dollars.
Classe E, comprenant tous ceux qui reçoivent des salaires annuels de 8.000 à 5000 dollars.
Classe F, comprenant tous ceux qui reçoivent des salaires annuels de 800 dollars et moins.
Durant le mois de janvier, le capital mentionné ci-dessus fut offert à tous les employés de la Société et des Sociétés subsidiaires, au prix uniforme de 82 dollars 50 par titre.
Chaque ouvrier peut souscrire la quantité d'actions qu'il veut, sans excéder la somme représentée par un certain tant pour cent de son salaire annuel, comme il est indiqué, dans le tableau suivant :
Tout homme qui appartient à la Classe A, comme il est indiqué dans la classification cidessus, pourra souscrire des actions pour une
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somme n'excédant pas 5 pour cent de son salaire annuel.
Classe B, 8 pour cent.
Classe C, 40 pour cent.
Classe D, 12 pour cent.
Classe E, 15 pour cent.
Classe F, 20 pour cent.
Si plus de 25.000 actions étaient souscrites dans les conditions prescrites, 25.000 seraient d'abord allouées aux souscripteurs respectifs dans Tordre des classes, en commençant par la plus basse, c'est-à-dire la classe F. Les classes supérieures recevraient des actions seulement dans le cas où la classe inférieure en laisserait. S'il ne restait pas assez d'actions pour satisfaire tous les souscripteurs de cette classe, ils en recevraient un certain nombre au prorata. En tout cas, chaque souscripteur recevra au moins une action entière, même si cela obligeait le comité financier à acheter plus de 25.000 actions.
Ces achats peuvent être effectués, au moyen de payements mensuels, prélevés sur les salaires ou gages des souscripteurs. Ces payements sont fixés par les souscripteurs, mais ils ne doivent pas dépasser 25 0/0 du salaire ou des gages de n'importe lequel.
Un employé peut prendre pour payer ses actions tout le temps dont il a besoin, sans dépasser 3 ans.
Il commence à toucher des dividendes le jour où il commence à verser des acomptes sur sa souscription.
Un intérêt de 5 0/0 sera prélevé sur les versements en retard.
Dans le cas où un homme cesserait ses versements, avant que les actions eussent été entièrement payées, il peut retirer l'argent qu'il a payé en acompte sur le principal, et il peut conserver la différence, entre l'intérêt de 5 0/0 qu'il a payé et le dividende de 7 0/0 qu'il a reçu sur ses actions. Bien entendu sa souscription s'arrête et il cesse de toucher ses intérêts sur les actions souscrites.
Aussitôt que les titres auront été complètetement libérés, ils seront délivrés au nom du souscripteur originaire, le certificat lui sera remis, et par suite, il pourra le vendre quand il voudra. Mais pour l'engager à le conserver et à rester toujours au service de la Société, ou bien de l'une ou de l'autre des sociétés subsidiaires, et pour qu'il ait dans l'affaire le môme intérêt qu'un actionnaire, ou un associé
3^6 l'a b c de l'afgent
actif, on fait à chaque homme l'offre suivante :
S'il veut ne pas vendre ou ne pas se séparer de ses titres, et si, en janvier de chaque année, pendant cinq ans, à dater de janvier 1904, il montre le certificat au caissier de la Société, en môme temps qu'une lettre d'un de ses chefs, déclarant qu'il a été continuellement au service de la Société, ou de toute autre Société subsidiaire, durant l'année précédente, et qu'il a prouvé qu'il avait à cœur sa prospérité et ses progrès, il recevra, durant chacune de ces cinq années, des chèques au taux de 5 dollars par action et par an.
Par exemple : si un homme a acheté une action en janvier 1903, il aura à payer pour elle 82 dollars 50. Si après l'avoir payée, il la garde pendant 5 ans, il recevra chaque année les dividendes au taux de 7 0/0, sur la valeur au pair des actions, et il recevra également, chaque année, un dividende supplémentaire, disons de 5 dollars, cette dernière somme étant une récompense spéciale pour avoir rendu des services fidèles et continus à la Société ou à Tune des Sociétés subsidiaires. Il fournit la preuve de ces services au moyen de son certificat et d'une
lettre du chef compétent, montrant qu'il a travaillé avec dévouement pour la Société dont il est ainsi devenu, de fait, l'associé.
S'il reste au service de la Société ou d'une Société subsidiaire, pendant cinq ans, à la fin de la cinquième année, la Société a l'intention de lui attribuer un nouveau dividende, qu'elle ne peut déterminer ni évaluer maintenant, mais qui sera tiré de la source suivante :
Tous ceux qui ont souscrit en janvier 1903, et ont commencé leurs versements, mais qui les cessent à n'importe quelle époque, durant les cinq ans, ne recevront pas, bien entendu, les cinq dollars par action pour celles des cinq années qui restent, après qu'ils ont cessé. Au capital formé par ces sommes, on allouera un intérêt annuel de 5 0/0, et à la fin de la période de cinq ans, le total ainsi amassé sera partagé en autant de parts qu'il y aura d'actions entre les mains des hommes qui seront restés au service de la Société, pendant ces cinq ans. La Société, de la sorte, accordera de son propre mouvement, à chaque homme qu'elle en jugera digne, autant de parts de ce capital accumulé qu'il y aura, entre les mains
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des hommmes, d'actions acquises en vertu de ce système.
Il est stipulé que si un souscripteur mourait ou devenait infirme pendant qu'il est au service de la Société, ou de Tune ou de l'autre des Sociétés subsidiaires, durant cette période de cinq ans, les sommes versées par lui pour les actions qu'il a achetées, ou s'il les a entièrement payées, le certificat des actions, pourront être transférés par la Société, à son actif ou à lui-même, avec une somme égale à 5 dollars par action pour les cinq années non encore expirées.
Si ce système est accueilli favorablement, on se propose de faire, à la fin de cette année, une offre semblable, avec cette différence, bien entendu, que le prix auquel les actions seront offertes ne peut être garanti dès maintenant. Néanmoins, on a l'intention de l'offrir, à peu près au prix du marché d'aujourd'hui, et, pour tout le reste, de s'en tenir aux conditions offertes actuellement.
Si un homme adoptait ce système de façon continue, il lui serait possible d'acheter, chaque année, une ou plusieurs actions, en vertu d'un contrat avec la Société qui lui offrirait.
pour ses économies, un placement plus sûr et plus avantageux que tous ceux qu'il lui serait possible de trouver ailleurs.