‹ L'A B C de l'argentChapitre 13 sur 14 · LE FER ET L'ACIER CHEZ NOUS ET A L'ÉTRANGER · texte numérisé non relu

LE FER ET L'ACIER CHEZ NOUS ET A L'ÉTRANGER

L'Angleterre a pu jusqu'à présent fabriquer et vendre l'acier à meilleur marché que l'Allemagne (l'Allemagne aujourd'hui fabrique G millions de tonnes et l'Angleterre n'en fabrique que 5 millions), et par suite elle tenait la tète en Europe, et même dans le monde entier. Mais sa position est devenue intenable. Elle ne peut fabriquer de coke à moins de 2 dollars et demi, la tonne. Il revient environ à 3 dollars la tonne aux aciéries. Elle ne peut môme plus maintenir son approvisionnement actuel de minerai. Celui-ci devient de plus en plus cher.

(1) Eilrail du Iron Age, 189«.

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Elle dépendait en grande 'partie des mines de Bilbao en Espagne, mais le minerai de ces mines a perdu de sa valeur et les propriétaires n'en garantissent plus la qualité. Les industriels anglais doivent le prendre tel qu'il est, et d'année en année, il deviendra plus rare. Etant donné cet état de choses, l'Angleterre ne peut plus fabriquer l'acier à un prix aussi bas que nous le fabriquons à Pittsburg pour le lui envoyer. De plus, l'Angleterre et d'autres pays étrangers sont devenus le « dépotoir » de notre surproduction, laquelle représente beaucoup plus que le profane ne le soupçonne. La « Carnegie Steel Company » fabrique plus de 200.000 tonnes d'acier par mois, et le président Schv^ab me disait l'autre jour qu'il croyait que bientôt, le tiers de cette prûduction irait Ji l'étranger.

La position de l'Allemagne est devenue elle aussi fort difficile. Bien entendu, elle a des droits protecteurs très élevés. Grâce à ces droits, les industriels peuvent faire des combinaisons pour maintenir des prix élevés sur le marché national. Ils peuvent ainsi exporter et vendre très bon marché. Eux aussi essaient de faire du monde leur « dépo-

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toir ». Mais il y a cette différence : les prix imposés au consommateur allemand limitent sa consommation. Au .contraire, les prix extrêmement bas qui existent chez nous — 3 livres d'acier pour 1 cent — augmentent la consommation. L'Allemagne bâtit sur le sable. Je suis uii^rotectionniste fervent, mais seulement dans le cas où il y a des raisons de croire qu'une protection momentanée pourra fournir au consommateur n'importe quel article, meilleur et à meilleur compte que s'il Tachetait à l'étranger. Si nous ne pouvons atteindre ce résultat, je n'ai pas foi en la protection ; si nous le pouvons, j'y ai foi. L'Allemagne abandonne cette sage doctrine économique, elle se protège pour se protéger, sans que le consommateur y trouve le moindre bénéfice. C'est là de mauvaise économie politique.

Il ne nous reste plus à désirer, pour augmenter encore nos exportations de fer et d'acier, que des services de navigation avec les diverses parties du monde. Nous ne pouvons espérer avoir jamais autant de facilités que l'Angleterre, parce qu'elle importe de toutes les parties du monde une grande quantité de marchandises volumineuses que nous avons le

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bonheur de trouver chez nous^. Il s'ensuit que les navires anglais retournent avec des cargaisons, et que les frais de transport sont plus bas. Mais le prix inférieur de notre production nous permet de compenser ce désavantage. Si nous pouvions rendre aux États- Unis la situation à laquelle ils ont droit, celle de constructeur universel de navires, nous ne tarderions pas à diriger notre attention vers l'établissement de services maritimes réguliers, et, alors cet obstacle disparaîtrait. Dès maintenant, nos exportations deviennent assez considérables pour justifier la création de plusieurs lignes nouvelles, ainsi qu'on peut s'en rendre compte. Nous ne tarderons pas à être victorieux. J'ai déjà beaucoup insisté sur l'importance d'un chantier de construction navale à New-York. Nous sommes certains de l'obtenir. Le capital verra qu'il y a là pour lui une bonne occasion, puisque le travail de l'acier et du bois est meilleur marché à New-York qu'à Belfast ou sur la Glyde. Avant peu les capitalistes seront tentés par cette affaire.

Nos chantiers de construction actuels qui sont déjà prospères se développeront encore, mais, il y a largement place pour un bon chantier à

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New-York. Il est humiliant de voir que le Saint-Paul le Salnt-Louls, le New-York et le Paris, s'en vont Tun après l'autre aux docks de Southampton parce que le grand port de New- York ne possède pas de docks capables de contenir ces petits navires. Oui, certes, petits navires. Je suis venu aux Etats-Unis sur le Kaiser Frlederlk construit en Allemagne.

Quand on a voyagé sur un tel navire, on ne peut plus songer à rien autre. Notre traversée fut la plus rude que j'eusse jamais faite, et cependant ce fut la plus confortable.

La consolidation des intérêts du fer et de l'acier est une évolution naturelle. Si nous voulons vendre trois livres d'acier pour 2 cents, nousdevonsle fabriquer parmillions de tonnes. C'est une âpre lutte engagée dans un but excellent. Qu'on passe en revue les résultats obtenus, durant ces dernières années par chacune des grandes Sociétés fabriquant l'acier, résultats qui sont connus du public par leurs comptes rendus annuels ou parce que leurs biens ont été entre les mains d'un syndic. On verra que vendre trois livres d'acier pour 2 cents, est une difficulté pour les meilleures d'entre elles. Il s'ensuit que tous les établisse-

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ments qui perdent de l'argent cherchent une consolation quelque part, et le mot consolidation est pour eux quelque chose comme celui de Mèsopotœtnie. Ne croyez-pas que je critique l'administration de ces établissements. Il s'en faut de beaucoup. Ce n'est pas l'administration qui est responsable, mais les circonstances. Ces maisons ne peuvent fabriquer et vendre de l'acier à un prix aussi bas, sans aller à leur ruine,

La « consolidation » est sage et nécessaire ; c'est un pas dans la bonne direction. Le fabricant d'acier doit se résigner à un très petit bénéfice par tonne. Quand une maison fabrique 1.500.000 tonnes par an, il ne faut pas beaucoup par tonne pour empêcher le loup d'entrer, surtout si elle n'a pas d'obligataires.

Quoique la consommation du fer et dé l'acier soit énorme, les prix ne montent pas. Je ne crois pas que nous puissions augmenter cette consommation, par suite je prétends que la fabrication dépasse les besoins véritables. S'il en était autrement, nous aurions eu une grande hausse des prix qui au contraire restent bas, — trop bas, en vérité, pour que nos amis puissent faire des bénéfices convenables.

Les chemins de fer sont prodigieusement

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prospères, surtout dans Touest. Il n'est guère à craindre que les rails qu'on peut fabriquer ne trouvent pas tous acheteurs. Autre chose : l'emploi des poutres métalliques se développera dans ce pays si les prix restent au taux actuel. En ce moment, un petit pays comme l'Allemagne emploie trois fois plus de ces poutrelles que les Etats-Unis. En Allemagne, personne ne songe à construire une maison ordinaire, sans la rendre incombustible. Ici, il n'y a que les millionnaires qui construisent des maisons incombustibles, et encore j'en connais plusieurs qui se sont fait construire récemment de vrais traquenards à incendie. Cela ne saurait continuer. Les maisons ordinaires aux Etats-Unis doivent devenir incombustibles, comme en Allemagne. Actuellement, la totalité de l'acier pour construction consommé aux Etats-Unis pourrait être fournie par la Compagnie Carnegie. C'est un commerce sans aucune importance, mais c'est une indication de la possibilité d'un emploi plus étendu et d'une consommation plus forte de l'acier et du fer.

Que ferais-je du tarif douanier si j'étais Tzar ?

Avantage de taxer lourdement les objets de luxe importés et de réduire les droits sur les matières premières et les objets indispensables. Quelques exemples frappants de tarifs bien et mal appliqués.

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