L.A. Olivier [microforme]
Le quatorze octobre 1889, mourait, à l'Hôpital général de Québec, l'abbé L, A. Olivier, professeur de littérature au petitséminaire de la même ville,
Sa vie a été courte et modeste, Si l'on ne considère que les évènements extérieurs qui en ont marqué le cours, elle peut se résumer en quelques lignes. Et pourtant dans ce cadre si restreint, sur ce fond en apnarence uniforme, se détache une physionomie intéressante dont l'étude attentive ne peut manquer d'offrir un attrait particulier, La vie d'un prêtre, si courte qu'elle soit est toujours féconde en enseignements ; mais quand ce prêtre a consacré toute l'ardeur de sa jeunesse, tous les élans de sa piété sacerdotale, tout le feu de son cœur généreux, tous les en thousiasmes d’une belle imagination et d'une haute intelligence, à l'œuvre admirabie de l'éducation il est éminemiuent utile de remonter le cours rapide de ces trop courtes années, pour y cher, cher, dans un sillage que le flot de l'oubli n'a pas encore effacé, des lecons utiles à ceux qui veulent orienter leur voile, et arriver sûrement au port.
Aussi les lecteurs nous sauront gré, croyons-nous, d'attirer un moment leur attention
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sur cette figure sympathique, dont les traits nous sont familiers, ei de leur parler à cœur ouvert d'un jeune prêtre qui a vécu longtemps bien près de nous, dans une douce et inoubliable estime.
L'abbé Olhvier naquit le vingt-neuf mars 1859, à Saint-Nicolas. [Il appartenait à l’une de ces honnètes et heureuses familles canadiennes, où l'on ignore à la fois le pressant aiguillon du besoin et les énervantes splendeurs du luxe. Les premiers exemples qu'il eut sous les yeux, les premières influences que subit son âme, le portèrent naturellement vers le bien et la vertu. Ilest bon, il est salutaire pour l'enfant, qui ouvre si vile son cœur à toutes les impressions du dehors, de voir de ses yeux l'énergique et honnête labeur d'un père, arrosant de ses sueurs le pain quotidien de la famille ; d'entendre les pieuses lecons, tombant des lèvres maternelles habituées à la prière, L'abbé Olivier a grandi dans cette atmosphère de travail, de piété, d'affection, etil y a pris les goûts et les habitudes de toute sa vie,
A l'âge de douze ans, il s’arrachait pour la première fois à ces salutaires influences et à ces douces séductions du foyer paternel, et allait commencer son cours d’études à Lotbinière, sous la direction du regretté abbé Bédard. Qu'on nous permette d'accorder en passant un Juste tribut de reconnaissance à ce vaillant apôtre de l'éducation, Pendant bien;des années, son école a été ouverte, comme une arène, où toute la jeu-
nesse intelligente des comtés de Lévis et de Lot. binière est allée faire ses premières armes, et s'initier aux grands combats de la pensée et de la parole. Esprit lucide, caractère ferme, cœur excellent, M. Bédard s'emparait des intelligences et des volontés, et savait les rendre dociles à ses le. cons. Les élèves sortis de ses mains ont brillé dans nos collèges, et plusieurs occupent aujour d'hui un rang distingué dans la société. Nous unissons notre voix à celle de tous ses fidèles disciples pour bénir la mémoire de ce maitre vénéré,
Le jeune Olivier fit de rapides progrès sous une main aussi expérimentée, Deux années suifirent pour le perfectionner dans l'étude de la grammaire française, et le familiariser avec les règles de L'Homond, Ilentra au séminaire de Québec, dans la classe de Quatrième.
Nous ne le suivrons pas dans sa vie d'écolier, Les années s’'écoulèrent pour lui douces, paisibles, un peu monotones, comme toutes les années de collège, Ses talents solides lui permirent de s’élever bien vite aux premiers rangs de ses condisciples, et un travail soutenu le maintint toujours à ce niveau. Aussi, quand sonnait l'heure joyeuse des vacances, le jeune écolier ne revenait ja. mais au foyer paternel les mains vides : il déposait, heureux et fier, aux pieds de ses parents, Île fruit de ses labeurs et la récompense de ses suc: cès. Les baisers et les larmes de sa mère ajou-
taient une nouvelle valeur à ces lauriers, et mettaient au cœur de l'enfant un nouveau désir d en conquérir de plus glorieux encore, Le diplôme de bachelier es-arts fut le couronnement naturel d'aussi solides études.
Elève laborieux et énergique, le jeune Louis ne trouva jamais trop lourde cette tâche quotidienne, qui pèse tant aux écoliers’ paresseux. Naturellement affectueux et bon, il sut trouver dans l'estime de ses maitres et la douce famiharité de ses condisciples une compensation aux joies de la famille. La règle n'était pas un joug pour lui, mais une sauvegarde et un guide, qui met l'âme à l'abri, en la soustravant aux dangereux caprices d'une imagination et d'une volonté que la raison est souvent impuissante à cor ler, En un mot, il fut un bon écolier et, partant, un écolier heureux, Aussi personne ne fut surpris de le voir entrer au grand séminaire à l'au tomne de 1882, Il était préparé depuis longtemps À suivre le divin appel de la vocation.
Pour ceux qui ne voient les choses qu’à travers le prisme mensonger des sentiments mondains, la vie du séminariste semble rude et pénible, Gelte règle sévère qui gouverne la volonté à toute heure du jour, ce silence recueilli de la cellule, ces graves études théologiques, ces nombreux exercices de dévotion, cet éloignement du morde et de ces nouvelles, tout cela effraye la pusillanimité des profanes, On en rencontre qui
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plaignent sincèrement cette jeunesse immolée si tôt sur l’antel du sacrifice, Cette compassion part d'un bon naturel, mais d'uu jugement peu éclairé. On oublie une chose bien essentielle
c'est que le vrai bonheur à sa source premiere
dans le cœur et dans les sentiments qui l’ani-
ment. Quand on veut savoir si un homme est heureux, on ne doit regarder niles habits qu'il porte, ni le pain qu'il mange, ni le travail qu'il fait, ni le milieu où il vit ; raais il faut aller frapper à la porte de son cœur : c'est là, et à seulenent que nous sera révélé le secret de la vie,
Or l'abbé Olivier, comme tout bon séminariste,
ortait au cœr: ce suave pärfnm de la piété, qui embanme la vie, et suffit à rendre l’âme Joyeuse, l'avait quitté le monde pour chercher Dieu, et ce Dieu, à1l le trouvait, et mettait toute son ambition comme tout son bonheur à le bien servir. Prier et travailler faisaient ses délices, Il aimait ces doux entretiens où l’âme, seule aux pieds de Jésus, s'épanche en de fervents actes d'amour et de reconnaissance, Comme le Psalmiste, il avait senti les irrésistibles attraits des tabernacles du Seigneur, et son âme avait soif des tendresses du Dieu Hostie,
Mais ce goût très vif pour la piété ne détournait pas le Jeune lévite des rudes labeurs de l'in. telligence ; au contraire, iltrouvait dans sa ‘oi le désir de mieux connaître Dieu, et le courage de se livrer avec zèle à l'étude de la théologie. Les
circonstances ne lui permirent pas de consacrer tout son temps aux sciences sacrées, Il fut d’abord assistant-professeur en Seconde, puis en Rhétorique; et enfin la classe de Seconde lui fut définitivement confiée en 1885, C’est au milieu de ses occupations si nombreuses qu'il dut se préparer aux ordres sacrés. Le treize juin 1886, prosternés l'un à côté de l'autre, sur les dalles du sanctuaire, nous recevions des mains du Pontife la suprème consécration, qui nous faisait prêtres pour l'éternité !
Vers quel rivage la Providence allait-elle pousser le nouvel élu du Seigneur? Quelle partie duçchamp apostolique allait être ouverte à son ele sacerdotal ? Gette question fut bien vite résolue, Préparé au rude labeur de l'enseignement, avant déjà fait ses preuves dans cet arl difficile, 1l fut invité par les messieurs du Séminaire à continuer, comme prêtre, Ce qu'il avait si bien commencé, étant séminariste, La classe de Seconde lui fut laussée en partage, et il y est resté jusqu'à sa mort,
C'est ici surtout que nous voudrions faire re: vivre cette physionomie intéressante, et dire à nos lecteurs ce que fut ce jeune prêtre dars sa mission éducatrice auprès des jeunes gens,
Le professeur qui veut exceller dans son difhcile et important ministère, doit se présenter aux yeux de ses élèves, environné du double prestige de la science et du dévouement, de la science
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qui s'impose à l'esprit, du dévouement qui gagne le cœur et subjugue la volonté, L'éducation en effet est surtout une œuvre d'autorité. L'enfant doit croire avant de savoir. C'est des lèvres du maitre qu'il reçoit les premieres notions des sciences; ce sont des mains étrangères qui élèvent dans sa jeune intelligence l'édifice des premières doctrines, Or, pour agir efficacement sur l'esprit de l'enfant, un précepteur doit commencer par mériter sa foi et éveiller sa confiance : il n'y réussira que par l'ascendant du savoir et du cévouemeni,
L'abbé Olivier Le comprit mieux que personne. Sentant que le léger bagage pris sur les bancs du collège ne suffit pas à un professeur, ilse mit à l'æuvre avec ardeur, pour donner à ses connais. sances la profondeur et l'étendue nécessaires, Il avait coutume de répéter souvent cet axiôme si vrai, que, pour enseigner peu, il faut savoir beaucoup; et, dans son désir d’instruire les élèves, il se livrait à l'étude avec un zèle peut-ètre au dessus de ses forces,
La littérature sur out fut l'objet de ses études et de ses recherches, Il voulut connaître l'histoire littéraire, surtout celle de la France, et se familiariser avec les écrivains les plus illustres de notre mère patrie, Il feuilleta douce d'une main active, et parcourut d'un œil attentif les principaux ouvrages d'histoire et de critique litéraire ; puis, désireux de puiser à la source me
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me, il étudia les chefs-d'œuvre des grands maitres.
Son imagination s’échauffa bien vite au contact de ces belles flammes du génie français ; son goût, naturellement délicat, s'épura et s'affina chaque jour davantage dans ce commerce intime avec les plusillustres auteurs. Guidé par un jugement solide et bien équilibré, il alla tout droit au beau et au vrai, et ne se laissa pas séduire par les faux brillants d'une littérature vide d'idées et de sentiments.
Sans porter dans ses opinions littéraires cel exclusivisme absolu qu'enfante l'étroitesse d’esprit, il savait faire ses réserves el ne donner son admiration qu'aux œuvres saines et vraiment belles. Le XVile siècle surtout l'enchanta, et eut toujours ses préférences. Les grands écrivains de cette époque lui plaisaient par l'éiévation des pensées, la noblesse des sentiments, la politesse du style, 1} admirait chez eux l'ordre,la mesure, la sagesse, toutes qualités que l’on cherche en vain dans la plupart des œuvres contemporaines. [L aimait Boileau pour son imperturbable bon sens, etsavait défendre ses règles contre les protestations dévergondées de certaine école, qui ne trouve trop lourd le joug des règies que parce qu'elle a secoué celui du bon sens, Il chérissait
dans Racine le peintre du cœur humain ; il adorait la spirituelle bonhomie de Lafontaine ; il sympathisait avec le tendre et poétique Fénélon,
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et lui pardonnait ses écarts d'imagination, en goûtant le charme inexprimable de ses écrits,
Mais nul peut-être ne monta plus haut dans son estime, et je dirai, daus sa vénération, que le chantre du Cid et de Polveucte, Il disait souvent de ce poëete ce que Montaigne disait de Plutarque : c'est mon homme! [l avait toujours sous la main ses immortelles tragédies, et allait souvent étancher sa soif du beau et de l'idéal à ces sources vives du plus grand génie poétique qui ait honoré la France,
Nous avons été plus d'une fois le confident de son enthousiame, Lorsque nous parlions en. semble de littérature, il aimait à revenir souvent au grand siecle ; et alors sa main tombait instinctivement sur un voiume de Corneille, Il lisait une scène du Cid, d'Horace, de Polyeucte : et sa voix tremblait d'émotion en redisant les vers cor. néliens, son âme prenait son élan sur les hantes cimes où plane toujours le génie du poète “Que c'est beau / que c'est donc beau !lexclamait-il en déposant le livre, et quelquefois eu essuyant une larme que l'admiration avait fait monter à sa paupiere,
Mais cette ad viration, ces enthonsiasmes se manifestaient ailleurs que dans les confidences de l'amitié, Tous les jours l'abbé Olivier montait dans la chaire du professeur; il voyait se grouper autour de lui de jeunes élèves avides de s'instruire, C'élaient des intelligences qui ve-
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aient s'illuminer au flambeau de sa science, des cœurs qui venaient s'échauffer au foyer toujours ardent de ses émotions, L'âme du professeur devait donc s'ouvrir à toutes ces âmes, et leur communiquer ses impressions,
Oh qui mieux que l'abbé Olivier a compris la sublimité de ce travail qui féconde les esprits et y fait germer la science ! [1 aimait ce commerce quotidien avec de jeunes intelligences qui cherchent la lumière, avec des cœurs capables de recevoir les généreux enthousiasmes, parce que le soutlle des années ne les a pas encore trop refroidis. Faire sa classe n’était pas une corvée pour fui, mais une jouissance, Etses élèves Le voyaieut bien au feu de sa parole, à la conviction profonde de son enseignement, à l'entrainante séduction de ses lecons,
Qu'il interpretit le texte d'un auteur ancien
ou expliquat les préceptes de la Poétique; qu'il
douvat bre cours à son admiration pour les bel. lus créations du génie ou qu'il fit sentir son dé-
pour fes productions malsaines du ratio.
nausine et de linnñoralité; qu'il exaltât Cor:
beille où fHugelàt Voltaire, il mettait toujours dans sa parole cette précision et cette clarté t[ue donne la science, cette finesse et cette élégance [ui naissent du bon goût, cette chaleur et cette force qu'appelle née ssairement une conviction profonde, Aussi l'élève ouvraitil une oreille attentive à ces lecons qui l'intéressaient et le charmaient,