‹ L.A. Olivier [microforme]Chapitre 3 sur 3 · DEUX JUIN 1K · texte numérisé non relu

DEUX JUIN 1K

Monsieur le recteur, excellence,

mesdames et messieurs,

Vous n'avez pu, sans doute, perdre le souvenir de l'émotion et de la tristesse qui enuvahireut toutes les âmes, lorsque le quatorze octobre dernier, après une alternative d’espérances trom-

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peuses et de sombres pressentiments, éclata parmi nous la pénible nouvelle de la mort de mousieur l'abbé Olrier, professeur de Belles-Lettres au sémiuaire de Québec. Cette mort inattendue était un coup de foudre. En enlevant tout à coup à l'estime de s-s confrères et à la tendre affection de ses amis, l’un des plus jeunes, mais aussi des plus dévoués professeurs de cette maison, elle creusait dans nos rangs un vide difficile à combler.

Rien, certes, n'a été plus propre à nous faire apprécier toute la grandeur de cette perte que le deuil profond où ce triste évènement à soudainement plongé, nan senlement Îles élèves du petit et du grand séminaire, mais encore l4 jeunesse instruite et le public de cette ville. En effet l’abbé Olivier, par les charmes de son esprit et l’aménité de son caractère, s'était crée un grand nombre d'amis, et son nom, bien connu, commençait déjà à exercer ce prestige salutaire qui s'attache naturellement, dans l'opinion des hommes, au talent que le travail honore et au mérite que la religion consacre.

Qu'il nous soit permis ce soirde payer publi. quement, de la part du séminaire et de l’université, un faible tribut d'éloges à La pure et touchante mémoire de celui qui fut pour nous tout à Le fois uu confrère, un collègue et un ami.

L'abbé Louis. Amateur Olivier naquit à Sair {+

Nicolas, dans le comté de Lévis, le vingt neufmars 1859. Ses parents, ayant remarqué avec quelle ardeur le jeune Louis s’adonnait à l'étude et quel penchant secret semblait appeler son cœur vers le sanctuaire, l’envoyèrent à Lotbinière commencer son cours classique sous la direction du notaire Bédard, De Lotbinière, il passa au petit séminaire de Québec, où, après de nombreux succès remporiés en ses diverses classes il termina ses études en 1882 avec le titre de bachelier ès arts. L'automne de la même année, le grand séminaire lui ouvrait ses portes. Quatre ans passés dans le silence de la retraite et les travaux combinés de l'étude et de l’enseignement préparèrent doucement sou âme aux saintes fonctions du sacerdoce, qu'il eut le bonaeur de recevoir, le treize juin 1886, des mains de son éminence le cardinal Taschereau,

Nommé dans le mème temps professeur de seconde, après avoir rempli la charge iniliatrice d'assistant-professeur en cette classe et en rhétorique, il ne tarda pas à faire paraitre Les brillantes qualités dont la nature l'avait doué pour l'enseignement littéraire, Aussi l'université, äésireuse de s'assurer le concours de son zèle, de son expérience et de ses talents, s'empressa-t-eile de lui conférer le titre de professeur de littérature française,

C'est au début de cette carrière, si pleine d?

promesses, qu'une maladie soudaine est venue le avir aux succès du présent et aux espérances de l'avenir.

Nous devons répéter ici ce que disent nos saints livres de l’homme juste, frappé et enlevé à la fleur dé l'âge : “ Consummatus in brevi, explevit tempora multa (Sap. IV). Avant vécu peu d'ainées, il a cependant fourni une belle et longue carnère. ” Tel a été, en effet, mousieur l'abbé Olivier.

Pour juger, comme il convient, cette trop courte existence, il ne faut pas seulement considérer les œuvres qu’il a lui-même produites ou auxquelles il a pris part ; il faut encore et surtout considérer les leçons qui se dégage”t de sa vie, les exemples de travail, de dévouement et de vertu, inséparables de sa mémoire et qui la rendront chère à tous les vrais amis de l'éducation et de la jeunesse,

Monsieur l'abbé Olivier personnifie, à nos yeux, le travail éclairé, ardent, persévérant, mis au service de la plus belle des causes, la cause de l'éducation.

Ecolier, on ne le vit jamais perdre en lectures frivoles, en passe temps qui déroutent et paralysent l'esprit, ces moments précieux que l'homme doit employer à son perfectionnement. Docile aux enseignements et aux conseils de ses maîtres, il suivait sans dévier le sentier qu'on lui

traçait, et ce sentier ardu, où s'exerçait son courage, devenait chaque année pour lui le chemin de la victoire. Il aimait, chérissait l'étude par plaisir, et par devoir : par plaisir, sans doute, car elle répond à cette soif insatiable de connattre, qui est l’un des besoins les plus pressants de notre âme ; par devoir surtaut parce que c’est elle qui dispose l'homme à servir dignement les plus hauts intérêts de Ja société et de l'Eglise.

Ce qu'il était écolier, l’abbé Olivier le fut davantage encore, devenu séminariste,

Pénétr de l'esprit de son nouvel état, il savait allier aux plus sévères pratiques de la piété chrétienne les travaux de l’enseignement et l'amour de la science sacrée, Combien il eût désiré concentrer toutes ses études sur cette science divine» et que de fois ne nous a-t-il pas exprimé son re. gret de ne pouvoir, à l'exemple de la plupart de ses confrères, tremper ses lèvres à la coupe des doctrines de saint Thomas ! Mais la voix de l’autorité l'avait appelé ailleurs, et ce n’est pas, disons. le, sans un vif sentiment de satisfaction et de bonheur qu'il vit s'ouvrir devant lui le champ si étendu, si beau et si séduisant des études littéraires,

L'enseignement, messieurs, est un apostolat.

Or, Dieu qui voulait, pour quelques années du moins, confier à notre ami l'exercice de ce ministère, l'avait fait apôtre, je veux dire l'avait

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doué des qualités maîtresses qui subjuguent ea mème temps l'esprit et le cœur des élèves. L'abbé Olivier sut bientôt conquérir une place distinguée au rang des professeurs,

Sans posséder une de ces intelligences vastes et transcendantes qui planent sur les sommets, il avait un goût sûr, un jugement droit, et ce qui lui manquait peut-être de facilité naturelle était chez lui amplement compensé par la passion de l'étude et l’opiniâtreté du travail.

Chaque année vuyait s’accroitre le trésor de ses connaissances, En présence des beautés que lui révélait l'étude des lettres, il s’éprenait d’une admiration qui allait jusqu’à l'enthousiasme ; il savourait lui-même avec une joie extrême ces plaisirs élevés, et en classe, par sa parole chaude et persuasive, il les faisait passer dans l’âme de ses élèves,

Quelques écrits sortis de sa plume, montrent suffisamment ce qu'on en pouvait attendre. Style correct, châtié, pur et élégant, pensées nobles et choisiés, critique littéraire fine et délicate, tout déjà faisait présager pour l’abbé Olivier un brillant avenir. Il était entré dans la collaboration du Canada-Français. Une conférence fort réussiê sur le Marivaudage lui avait valu les suffrages d’un grand nombre de lettrés, Ses sermons, quoi. que rares, étaient goûtés des fidèles,

Mais c’est surtout en classe, dans sa chère

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classe de seconde, que l’âme ec le talent de notre jeune ami se révélaient tout entiers. 1l y a dans le dévouement et l'affection du cœur une force de persuasion que n’ont pas, à elles seules, les connaissances de l'esprit. La science du professeur a be. soin de la bonté pour se frayer le chemin des âtues. surtout si Ces âmes sont jeunes, inconstantes, sensibles aux moindres atteintes de la lassitude et de l'ennui. Or, j'en appelle ici au souvenir de ceux qui l'ont mieux connu j'en appelle au t” igrage de tous ses anciens éleves, l'abbé Louis Olivier possédait un fonds inépuisable de bonté. Doux et ferme à la fois, indulgent sans faiblesse, patient et dévoué, il mettait dans ses procédés un tact et uve bienveillance qui lui conciliait tous les cœurs. Professeur exemplaire, il savait par un bon mot, par un éloge merité, récompenser le travail, eomme il savait aussi, par cet accent de douceur dont il ne se départait jamais, faire accepter un reproche. Les jeunes gens allaient à lui, non seulement comme à un maître, mais encorë comme à un guide, un conseiller et un ami. Ilest disparu, ce guide ; il est mort, cet ami; mais les nombreux élèves qui, en suivant ses leçons, y ont puisé le goùt et l'amour des lettres, mais les membres de la société littéraire des externes qu'il dirigea trois ans avec un si grand zèle, tous ceux enfin qui de près ou de loin, ont pu apprécier les qualités de sa nature, n’oublieront pas de sitôt cet esprit judicieux, ce caractère affable, ce cœur franc et loyai,

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cet éducateur aimant, généreux et sympathique de la jeunesse, Son souvenir parlera comme il parlait lui-même, avec l'autorité que donne l’intelligence jointe à l'affection, au désintéressement et à la vertu,

J'ai nommé la vertu, L'abbé Olivier, mes sieurs, en bon chrétien et en bon :rètre, avait com. pris que sans elle, sans cette force Ce l'âme qu; élève nos pensées et sancüfie nos actes, le travail est un servage, la gloire humaine un piège ou une vaine chimère,

Habitué de bonne heure à ne rien négliger de ce que la foi demande, il mit à accomplir tous ses devoirs de prêtre, cette ardeur et ce courage qui ne Je quittaient jamais. Pieux, charitable, plein de condescendance, modeste dans le succès, régulier dans sa vie, il offrait à ses confrères l'exemple de toutes les vertus. Il faisait saintement les actions ordinaires, et c’est en cela même qu'ont brillé de tout leur éclat l'énergie de sa volonté et le mérite de sa foi.

Aussi, quand vint l'heure des suprêmes adieux quand il fallut s’arracher à des parents chéris, à des frères tendrement aimés, quand il fallut re. noncer aux jouissances de l'étude et aux mille pro jets d'avenir que caresse instinctivement tout es. prit jeune encore, actif et plein de sève, son âme se trouva prête. Un regard vers le ciel, un acte d'espérance et un élan d'amour divin suffirent pour opérer et consommer le sacrifice,

L'abhé Louis Olivier s'est endormi du sommeil des justes avec celle sérénité, cet entier abandon et cette soumission confiante aux ordres de la Providence, qui avaient été la règle ec le principe de sa vie.

Nous savons que peu de temps avant sa Maä- Jadie il avait résolu de traverser bientôt l'océan pour aller à Paris, foyer des lettres françaises, compléter ses études el mettre la dernière main à l'édifice de ses connaissances. Dieu ne l’a pas voulu : il ne lui a pas permis de réaliser ce rêve, mais en revanche et au lieu des parcelles de véri. té que l’homme ici-bas recualle avec tant de la. beur, il lui a livré la vérité tout entière ; il l’a, nous en avons la ferme et douce confiance, appelé à jouir de l’éternelle vision d'une beauté qui ne connait ni ombre ni déclin.

L'université Laval, messieurs, à perdu en sa personne un professeur distingué, la jeunesse pleure un ami, le clergé un saint prêtre.

C'est une fleur fraichement éclose enlevée à ja terre ; mais, du moins pour nous consoler, il nous en reste l'image, et nos CŒUTS EN garderont j'inoubliable parfum.

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