‹ L'Abandon a la Providence DivineChapitre 28 sur 68 · POUR LA CONDUITE EXTÉRIEURE D'UNE AME APPELÉE A LA VIE D'ABANDON · texte numérisé non relu

POUR LA CONDUITE EXTÉRIEURE D'UNE AME APPELÉE A LA VIE D'ABANDON

En s’éveillant, élever son âme toute en Dieu; et, se pénétrant de sa divine présence, rendre hommage à la Sainte Trinité, à l’imitation du grand saint François Xavier : « Je vous adore, Ô Dieule Père, qui m'avez créée ; je vous adore Ô Fils qui m'avez rachetée; je vous adore, ô Saint-Esprit quim’avez tant defois sanctifiée et qui me sanctifiez encore ; je vous consacre toute ma journée pour votre pur amour et à votre plus grande gloire. Je ne sais ce qui doit m’arriver en ce jour, si ce seront des choses fâcheuses ou agréables, si je serai gaie ou triste, en consolation ou en angoisse : il en sera tout ce qu’il vous plaira, je m’abandonne à votre providence, et je me soumets à toutes vos volontés. »

Il faut faire beaucoup d'attention à ce qui nous frappe le plus à l’entrée de la journée, et à ce que la grâce nous porte le plus dans le cœur, nous y entretenant doucement. Commencer notre oraison par là; puis nous abandonner simplement à l'esprit de Dieu, et y demeurer autant de temps qu’il lui plaira. Imitez la bonne femme : « Mon Dieu, puisque vous ne voulez pas nous donner du pain, donnez-nous au moins la patience. »

(1) Ces avis ont été adressés par le Père de Caussade à la Sœur

Charlotte-Elisabeth Bourcier de Monthureux.

Les personnes qui sont dans l’oraison ordinaire, où l’on fait discourir l’entendement, se rappelleront le sujet de la méditation préparé dès la veille ; car si dès le matin on se laisse aller à toutes sortes de pensées en se dissipant, hélas! toute la journée en sera dérangée : c’est comme une horloge mal montée qui est détraquée tout le jour.

Pour l'habillement, faites tout ce qu’il faut, proprement; puis oubliez-vous.

Pour la Sainte-Messe, voici en quatre mots le moyen de l'entendre dignement, parfaitement, magnifiquement. C’est de vous représenter le mystère de la Croix. Montons en esprit sur le calvaire, et contemplons ce qui s'y passe comme si nous le voyions de nos yeux. Admirons : 4° la justice de Dieu quise venge sur son Fils unique des péchés des hommes, dont il n’avait cependant que l’ombre, mais qu’il s'était chargé d’expier : quelle victime et quelle satisfaction! 20 la grandeur de Dieu à qui il a fallu une telle réparation; 3° l’excellence de nos âmes rachetées d’un si grand prix ; 4° le bonheur éternel que Jésus-Christ nous à mérité, et l’enfer éternel dont il nous a délivrés. Quelle impression de foi, de confiance, d'humiliation, de componction, de reconnaissance et d'amour ne nous doivent pas inspirer des objets si divins! Ceux quine peuvent soutenir cette considération si forte et si haute, s’adresseront à la sainte Vierge présente à ce mystère, à saint Jean, à sainte Madeleine, au bon Larron, et enfin à Jésus-Christ même, pour lui marquer leur piété et lui rendre leurs justes et tendres devoirs, dans Pexcès prodigieux et incompréhen- Sible de sa charité et de sa miséricorde.

Pour l’ordison, je n’ai que deux mots à dire : Allez-y avec un entier acquiescement au bon plaisir de Dieu, soit pour le succès, soit pour y être exercée par la croix des sé-

cheresses, des distractions et des impuissances. Que si on y a de la facilité et de la consolation, en rendre grâce à Dieu sans s'arrêter au plaisir qu’elle cause par rapport à soi ; si on ne réussit pas, se soumettre à Dieu, s’humilier et se retirer content et en paix, quand même il y aurait de notre faute, redoublant notre confiance et notre abandon à sa très-sainte volonté. Avec ces deux points persévérer; et Dieu, tôt ou tard, nous fera la grâce de le prier comme il faut; mais jamais, non jamais de découragement, quelques misères que nous puissions éprouver.

Pour l'office, voici trois méthodes faciles et très-solides. La première est de se tenir en la présence de Dieu, de dire l'office dans un grand recueillement et union avec Dieu,en faisant quelques élévations vers lui, de temps en temps.Les personnes qui le peuvent réciter ainsi, ne doivent pas se mettre en peine d'autre occupation. La seconde, c’est de faire attention aux paroles, se tenant unie à l'esprit de l'Église, priant quand elle prie, gémissant où elle gémit, s’instruisant de ce qui y est instructif pour nous ; louant, adorant, rendant grâces, selon les différents sens des versets qu’on prononce. La troisième, c’est de penser humblement : je suis actuellement unie à des âmes saintes pour louer Dieu : ah! que n’ai-je 1eurs saintes dispositions! Il faut se prosterner en esprit sous leurs pieds, et croire qu'elles sont bien autrement appliquées à Dieu, remplies de piété et de ferveur que nous. Ces sentiments sont trèsagréables à sa divine Majesté, et nous ne saurions trop y entrer.

Pour la confession, je voudrais que l’on se persuadât fortement, qu’il ne faut jamais s'inquiéter, ni se troubler pour ses misères, ni pour ses péchés; il faut, comme dit saint François de Sales, qu’au bout de la douleur même de

nos péchés, nous ayons la paix. Voici donc ce qu'il faudrait faire : Avant tout, vous devez vous pénétrer d’une grande confiance en l'infinie bonté de Dieu, vous rappelant que sa miséricorde est au-dessus de toutes ses œuvres, qu'il met sa gloire à nous pardonner, et qu'il ne peut se montrer généreux, quand on manque de Confiance en lui Il aime la simplicité, la candeur, la droiture ; allons toujours à lui avec une pleine confiance, malgré toutes nos faiblesses, misères et infidélités. Cela lui gagne le cœur, et il pardonne tout à ceux qui se livrent à sa bonté et à son amour.

N’employez pas plus d’une demi-heure à la préparalion, le surplus serait une perte de temps et une occasion au démon de jeter le trouble dans votre âme; ce que vous devez éviter par-dessus toute chose : parce que cette profonde paix du cœur est un arbre de vie, le vrai fondement de la vie intérieure, et la disposition la plus esseniielle à l’oraison de recucillement et de silence intérieur. Le premier quart-d'heure tout au plus, sera employé au souvenir de vos fautes ; tout ce que vous pourriez oublier, après cet examen, sera comme non avenu, eb vous sera pardonné. Le dernier quart-d’heure sera employé à vous exciter au regret de vos fautes, demandant à Dieu cette grèce, et vous y excitant tout doucement et sans nul effort d'esprit, par le souvenir des bontés de Dieu en lui-même, et de sa très-grande miséricorde à votre égard: soit en vous retirant du monde, où vous vous seriez perdue ; vous appelant à la sainte Religion, où vous pouvez si aisément vous sauver; soit en vous empêchant de mourir en état de péché ; soit en vous retirant d’une vie tiède et imparfaite, faible et languissante, où vous couriez risque de vous perdre, au milieu même de la Religion. Après ces petites

réflexions, vous penserez que la véritable contrition est insensible de sa nature, parce qu’elle est purement Spirituelle, et que les douleurs les plus sensibles sont si équivoques que, malgré toutes les marques qu’en donnent certains pécheurs, on refuse quelquefois l’absolution, parce que cette douleur sensible peut subsister avec l'habitude consentie au péché, et même au péché mortel. La marque la plus sûre de la véritable douleur, sur quoi nous absolvons les plus grands pécheurs, est pour eux de ne plus tomber dans les grands péchés dont ils s’accusent. Ensuite, vous direz à Dieu, du fond de votre cœur : « Seigneur, j'espère que vous m'avez fait la grâce de me donner la contrition nécessaire; je vous demande très-humblement pardon de tous les péchés que j'ai commis; je les déteste, autant que je puis, par l'horreur que vous en avez; vous voyez, à mon Dieu, que je suis bien fâchée, non-seulement de les avoir commis, mais encore de n’en point sentir toute la douleur que je souhaiterais en avoir; je me soumets en ce point à vos ordres ; vous avez voulu nous cacher cette douleur, lors même que vous nous la donnez, afin que nous ne soyons jamais sûrs du pardon, ni certains d’être en état de grâce. Il vous a plu de nous tenir dans cette humble dépendance, afin de donner lieu à la foi et à la sainte espérance en vous, par où vous voulez nous conduire ; nous sommes obligés ainsi de nous contenter de votre très-grande miséricorde, de nous y abimer, de nous y abandonner à l’aveugle, sans réserve et pleinement; c'est ce que je fais, Ô mon Dieu, de tout mon cœur ! Oui, Seigneur, je m’appuie, de tout mon cœur, uniquement sur vous seul, acceptant cet état d’incertitude si terrible, où vous voulez tenir tous les hommes, même les plus grands Saints, et vos plus chers favoris. »

Pour ce qui regarde l’accusation des péchés, vous direz simplement, en peu de mots, les fautes dont Dieu vous aura rappelé le souvenir, laissant tout le reste à sa trèsgrande miséricorde, sans la moindre inquiétude, sur tout ce que vous ne connaissez pas, ou que vous pourriez oublier. Vous pourrez terminer par l'accusation d’un péché plus considérable de la vie passée. Ave: cela, vous devez être moralement assurée de recevoir les grâces du Sacrement. Voilà ce qui vous facilitera, comme à tant d’autres, la pratique de la confession fréquente. Pour éviter encore plus toute inquiétude sur le passé et pour l’avenir, voici une grande maxime en trois mots :

Il faut laisser le passé à la très-grande miséricorde de Dieu; l'avenir, à son aimable Providence; et le présent, il le faut donner entièrement à Dieu, par votre fidélité, avec le secours de la grâce, qui ne vous manquera jamais, que par votre faute.

En recevant l’absolution, voici la pensée qui doit vous occuper tout entière : en vous jetant en esprit au pied de la Croix, et baisant en esprit les plaies sacrées des pieds du Sauveur : « O mon Dieu, direz-vous, je ne vous demande qu'une seule goutte de ce sang précieux et adorable que vous avez répandu jusqu'à la dernière pour mon salut; versez donc, par votre bonté, cette précieuse goutte dans mon àme pécheresse, pour la laver de plus en plus de tous ses péchés, et surtout des plus grands péchés de ma vie passée, dont je vous demande encore un million de fois trèshumblement pardon, avec une ferme espérance de l'obtenir de cette très-grande miséricorde que vous avez si souvent fait éclater sur cette vile et très-misérable créature. » Cela fait, je vous défends, de la part de Dieu, de penser ensuite volontairement, ni à la confession que vous venez de faire,

ni à vos péchés, ni à la contrition, pour chercher à savoir si vous êtes pardonnée et rentrée en grâce. C’est un mystère dont Dieu s’est réservé à lui seul la connaissance, et dont le démon se sert continuellement pour inquiéter et troubler les âmes, afin de leur faire perdre le temps, et pour leur ravir cette douce paix intérieure, qui est la meilleure disposition à la communion, et sans laquelle on ne peut retirer presque aucun fruit de ce festin céleste : car dans cette disposition on va recevoir Jésus-Christ avec un cœur inquiet et troublé; et, par conséquent, on est presque sans aucun goût pour cette divine nourriture. Nous éprouvons même quelquefois de grands dégoüts, que nous devons nous imputer à nous-mêmes, pour nous être laissé troubler volontairement par mille inquiétudes vaines que le démon a jetées dans notre esprit; tandis que nous devions les rejeter et les mépriser, en les laissant tomber, comme on laisse tomber une pierre dans la mer.

Pour la sainte communion, ces deux points suffisent : avant la communion, il faut être Marthe; après 12 communion, il faut être Marie : c’est-à-dire il faut se préparer par la fervente pratique des vertus et des bonnes œuvres propres à notre état, sans trouble et sans empressement ; et après, se reposer en Jésus-Christ, en ses mérites infinis, dans son amour ; et lui demeurer uni par une paix ineffablé qui surpasse tout sentiment. Il est certain que la nature se recherche en tout, même dans les vertus et dans les plus saints exercices de piété, comme dans les actions commandées par les nécessités de la vie; c’est ce qui faisait que les Saints gémissaient continuellement, et se tenaient sans cesse en garde, se considérant eux-mêmes comme leur plus mortel ennemi. Il faut beaucoup veiller

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surtout aux choses pour lesquelles nous nous sentons quelque attache, en sorte que nous soyons prêts à sacrifier ce qui plait, à condescendre aux justes désirs du prochain, et surtout à faire l’obéissance. La volonté de Dieu doit toujours l'emporter sur nos désirs, quelque saints qu’ils nous semblent être.

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