‹ L'Abandon a la Providence DivineChapitre 42 sur 68 · EX RCDCE DIE TA VS PER DU · texte numérisé non relu

EX RCDCE DIE TA VS PER DU

‘la grâce. Elle produit et laisse dans le fond de l’âme de très-salutaires effets que nul homme ne peut expliquer en particulier, et sur lesquels il ne faut pas raisonner, ni même trop s’y arrêter, si ce n’est que Dieu lui-même nous y pousse. Laissez donc passer ces impressions, et ne vous troublez pas quand il plaira à Dieu qu’elles s’évanouissent. L'âme est par là préservée du danger de s'attacher aux dons de Dieu plus qu’à Dieu lui-même, et de ruiner toutes les opérations de la grâce, en rapportant à elle-même les heureux effets qu’elles produisent.

3° Dieu habite, dit l’Écriture, dans les ténèbres inaccessibles à tout esprit humain; mais, quand il y transporte une âme, ces ténèbres deviennent lumineuses; alors on voit tout sans rien voir ; on entend tout sans entendre ; on sait tout sans rien savoir. Cela s'appelle la savante ignorance, et, comme parle saint Denis, l’obscurité des rayons de la foi. 11 n’est besoin là-dessus que de savoir que c’est une opération de la grâce ; s’y laisser mettre avec joie, s’y abîimer et s y perdre autant qu'il plaira à Dieu.

49 Cet attrait et ce goût à l’oraison, ce calme profond, ce silence d’admiration et d'amour qui dit tout sans rien dire, n’est qu'un effet pius marqué de l’oraison de recueillement. Mais se trouver dans une certaine inaction, comme une pure capacité, et un vil instrument, qui attend la main du maitre ouvrier, est une autre opération de la grâce. Dans cet état, vous n'avez qu'à faire ce que le Saint-Esprit vous inspire : demeurer dans une attente paisible, silencieuse et toute résignée, ou, comme dit le saint roi David, se tenir, ainsi qu'une servante, les yeux attachés sur sa maitresse, pour voir et accomplir ses commandements, au moindre signe ; si elle ne dit mot, demeurer là dans cette situation et disposition intérieure de sou-

mission et d'abandon; si la grâce demande des actes exprès et formés, les faire doucement, suivant pas à pas le mouvement qui en est donné, et cesser aussitôt qu'il cesse, pour rentrer dans son attente silencieuse.

50 Cet esprit d'abandon total, avec la demande fervente et réitérée d'accomplir toutes les saintes volontés de Dieu, pronostique souvent le passage à des états intérieurs rudes et crucifiants. Il ne faut que s’y préparer en général, devant Dieu, par l'entière défiance de soi-même, et une grande confiance en lui, et par l’abandon général à tout, sans rien particulariser, à moins que Dieu ne le manifeste. Sur quoi je vous dis en passant que si, faute de tyrans, il n’y a plus de martyrs de la foi, par l’effusion du sang, Jésus-Christ ne laisse pas d’avoir bien des martyrs de la grâce. Les tourments du corps sont avantageusement remplacés par les divers crucifiements intérieurs qui se font dans les âmes, pour les purifier de plus en plus, afin de les rendre plus capables d’une union toujours plus grande et plus intime avec le Dieu de toute pureté et de toute sainteté. Le sentiment de confusion et d’anéantissement intérieur est un effet solide de l'esprit de Dieu : toutes les grâces qu’il nous fait doivent toujours porter avec elles l’humilité; et l’on doit regarder comme suspectes toutes les impressions qui ne tendent pas là, et qui laissent la moindre fumée d’orgueil, de présomption et de vaine estime de soi-même.

6° Quand on à une fois bien éprouvé la douceur, l’efficacité et la pureté des opérations divines, je ne suis pas sur pris qu’on ait une espèce d'horreur de ses propres opérations, presque toujours empressées, turbulentes, inquiètes, et suivies de mille vains retours sur soi-même. Demeurer dans l’inaction, quand on ne se croit pas poussé par l’Esprit de Dieu, ce n’est point un mal, pourvu que l’une de

ces deux conditions s’y trouve : que cette inaction ne dure pas longtemps, ou que ce soit une attente pacifique, laquelle n’est pas une oisiveté, puisqu'on a alors, avec le regard intérieur et amoureux de Dieu, la foi, le désir et l'espérance de la sainte opération, toutes choses qui sont autant d'actes et autant de mouvements de l'esprit et du cœur, ce qui est l'essence de la vraie oraison intérieure. Il ne faut pas tant éplucher les choses spirituelles, mais aller avec Dieu bonnement, comme dit saint François de Sales. Faire autrement, c’est aller contre la sainte simplicité des âmes franches et innocentes. Tout ce qui vient ou se fait par amour de Dieu, dit encore votre Bienheureux Père, est doux et suave, comme l’est ce très-saint amour : au lieu que le trouble, l'inquiétude, l’empressement, marquent la nature qui se recherche, et l’amour-propre toujours empressé, inquiet et turbulent.

7° Je comprends que votre attrait a toujours été la connaissance et l’amour de Dieu en Jésus-Christ et par Jésus- Christ. La simple vue ou considération de ses mystères, accompagnée de saintes affections, est Géjà une très-bonne manière d'oraison. Quand toutes les vues de l’esprit et les affections du cœur viennent à se réunir en un point qui rassemble tout, je veux dire la divinité, l’oraison est encore plus simple, meilleure et plus divine, mais il ne faut pas vous imaginer que cette manière dure toujours ; pour l'ordinaire, ce n’est pas un état permanent, mais une grâce passagère. Quand on ne l’a plus, il fauten revenir à la simple vue du mystère, avec quelques affections du cœur, douces, paisibles, sans efforts ni trop de recherches.

8° Gardez-vous, dans le temps de l’oraison, des réflexions sur vous-même et sur votre manière de prier ; car, si on ne s'observe de près, on quitte souvent le simple re-

gard de Dieu pour se regarder soi-même, se réfléchissant et se repliant, pour ainsi dire, sur soi, par un pur effet de l’amour-propre, qui ne voulant jamais se délaisser totalement, retombe tout naturellement sur le moi. Aux approches du divin repos, ne pensez pas à sa douceur, mais à Dieu seul, dans le sein duquel votre âme doit moins chercher son repos que l’amour et l’infusion des vertus, qui coulent dans l’âme durant cet heureux sommeil. Au reste, on ne peut entendre la messe ni réciter l'office d’une manière plus digne et plus sainte que dans ces dispositions intérieures ; mais il faut se préparer à s’en voir sevré pour manger le pain des forts, après avoir quitté le lait de l'enfance spirituelle. Dieu en soit béni par avance.

90 Il est certain que plus l’âme se trouve comme anéantie et vide de tout le créé, plus elle acquiert de capacité pour l'amour divin, et plus est abondante l’infusion qu’elle en reçoit. Il semble alors qu'on boit l’amour à longs traits, avec un rassasiement délicieux et une soif insatiable. Il faut alors se contenter de boire dans la source, et ne pas faire de mouvements inopportuns. Les actes formels d'amour seraient bien mal placés quand on sent le cœur plongé tout entier dans l'amour. Dieu veuille qu’à force de plongement et de replongement amoureux, votre cœur se trouve tout enivré de cet amour sacré et tout embrasé de ses très-pures et divines flammes. Pour y arriver, vous devez, de votre côté, ne penser qu’à ces deux choses : 1° à vous séparer de plus en plus par le cœur et par l'esprit de tout le créé; 2° à laisser faire Dieu, qui seul peut opérer de tels effets dans les âmes. Vous pouvez pourtant et vous devez même, quand vous vous y sentez pôrtée et poussée, désirer et demander toujours

plus d’amour pour Dieu; mais cela se fait alors presque sans y penser et même sans qu’on puisse, en quelque sorte, s’en empêcher.

100 Dieu fait son œuvre par qui il lui plait, et opère quelquefois des merveilles par les plus faibles instruments. Ainsi ne vous refusez pas aux âmes à qui il inspirera de s'adresser à vous : dites simplement ce que vous pensez, donnez ce que Dieu vous donnera, et soyez assurée qu'il bénira votre simplicité et l'humilité de ces chères âmes. Ce n’est pas s’ingérer, quand Dieu nous adresse quelqu'un, par quelque voie que ce soit : c'est lui témoigner son amour et sa reconnaissance que d’aider les autres. Lors même qu'on paraitrait vous rebuter, tenez ferme, et dévorez tout pour la gloire du grand Maitre.

LETTRE XVII

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