‹ L'abandonnée: drameChapitre 11 sur 37 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

JULIEVÇ, LOUISE.

Louise reste un moment rêveuse, en silence. Julien, sortant de l'obscurité où il était assis, s'approche d'elle, la casquette à la main.

JULIEN

Mademoiselle, Tout à l'heure j'étais dans cette ombre perdu Et j'ai, sans le vouloir, tout vu, tout entendu. Ne me regardez pas de cet air qui s'offense.

Vous avez la pudeur exquise de l'enfance ; Ayez sa confiance heureuse, et que vos yeux N'arrêtent pas un bien timide audacieux.

LOUISE

Je ne vous connais point. Qu'avez-vous à me dire ?

Oh ! ne me troublez pas non plus par un sourie Car je préférerais encor votre courroux.

ao L'ABANDONNÉE.

— Je suis pauvre, je suis du peuple comme vous. Comme vous je travaille ec je vis solitaire.

Mon père est éloigné de moi ; je n'ai sur terre Qu'un compagnon très-sûr, mais bien froid, le devoir J'errais ici, sentant vaguement s'émouvoir Les jeunes passions dans mon cœur endormies , Lorsqu'un de mes amis — vous avez des amies — Me parla de ce bal et m' offrit de choisir Entre ma rude vie et son léger plaisir ; Mais je n'ai pas à ses discours prêté l'oreille. Vous voyez. Mon histoire à la vôtre est pareille. Pour avoir entendu leurs voix vous proposer Le dangereux bonheur et, vous, le refuser, Ma sympathie, hélas ! n'a nul droit à la vôtre Et nous sommes encore étrangers l'un à l'autre ; Mais je n'ai pas voulu vous voir partir d'ici Sans vous dire : Courage, et vous dire : Merci.

LOUISE

C'est étrange, en effet.

JULIEN

Le hasard est le maître, Et, bien que j'aie un vif désir de vous connaître, Peut-être direz-vous : ;c Passez votre chemin, » Et cet instant trop coure sera sans lendemain. Mais vous vous tromperez ; car, dans cette avenue , Votre voix m'a frappé comme une voix connue.

Et le seul souvenir de son doux timbre d'or

Page 1