ACTE II, SCENE I
l'aumûnier.
Sachez donc qu'elle a beaucoup souffert, Que moi-même ai reçu le repentir offert Par cette âme égarée au Ciel qui lui pardonne, Et pour elle soyez ce que vous êtes, bonne.
l'infirmière. .
Je le ferai pour vous, monsieur l'abbé.
l'aumônier.
Merci.
Et notre cher docteur n'est pas encore ici ?
l'infirmière.
Non. C'est pourtant bientôt l'heure de sa visite. Il ne peut pas tarder.
• l'aumônier.
Avertissez-moi vite Quand il arrivera ; car s'il pouvait la voir Et me dire qu'il reste encore un peu d'espoir...
l'infirmière.
A propos du docteur, vous savez la nouvelle ?
l'aumônier.
Moi, non, j'ignore tout.
l'infirmière.
Elle est pourtant fort belle
j8 L'ABANDONNÉE.
Pour lui, monsieur l'abbé, car il obtient la main D'une noble héritière au faubourg Saint-Germain.
l'aumônier.
Vraiment?
l'infirmière.
Tout, à la fois, beauté, grand nom, richesse. La mère se mourait, une vieille duchesse !
On mande le docteur, il sauve la maman Et la fille l'adore. Enfin un vrai roman.
C'est comme s'il avait attrapé le quaterne.
Le docteur, que j'ai vu, quand il était interne, Porter des pantalons rapiécés aux genoux Et me faire acheter des dîners de six sous Qu'il mangeait dans ce vieux fauteuil, le sybarite !
l'aumônier.
Quel que soit son bonheur présent, il le mérite, Et bien qu'il m'ait encor taquiné quelque peu, L'autre jour, sur ce qu'il appelle mon bon Dieu, Et que son athéisme horrible m'épouvante...
l'infirmière.
Le voilà justement qui vient. Votre servante.
Elle sort.