‹ L'abandonnée: drameChapitre 3 sur 37 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

JULIE7Ç

Que la soirée esc chaude ec comme je suis las ! — Je voulais travailler, mais l'odeur des lilas, Si douce, m'a surpris, lisant à ma fenêtre.

Il semblait que sa tiède ivresse qui pénètre, Me voulût alangutr et qu'elle me cherchât.

Je suis sorti, laissant Cabanis et Bichat Et fermant mes poudreux atlas d'anatomie. M

Mais la subtile odeur, ainsi qu'une ennemie,

M'a suivi sous les vieux arbres du Luxembourg Et m'accompagne encor dans ce lointain faubourg. Je suis passé tout près de la Grande-Chaumière Dont j'aperçois d'ici la joyeuse lumière; J'ai flâné sur le seuil éblouissant du bal, Et là, j'ai vu, riant ainsi qu'au carnaval, Des grisettes au bras, entrer mes camarades... Mais à quoi donc rêvé-je? — Il faut gagner me$ grades. Car le brave semeur de blé dont je suis fils Peine à m'entretenir sur ses maigres profits; Car il faut comme lui que je travaille et jeûne; Car je suis pauvre et n'ai pas le droit d'être jeune. Le plaisir est pour moi comme un livre fermé. C'est égal. J'ai vingt ans. Voici le mois de mai, Ce beau soir de printemps me verse son ivresse, Et je suis seul, tout seul, sans ami, sans maîtresse ! Mais qu'ai-je donc, ce soir? Là-bas, loin de Paris, Mon père, pauvre vieux bonhomme en cheveux gris, Après avoir sué tout le jour sur la plaine, Met pour moi les écus au fond du bas de laine, Et je voudrais... Allons, jeune homme, je t'absous, Mais loge sous les toits, dîne pour quinze sous, Respire l'hôpital qui dégoûte et qui navre, Fouille les in-quarto, pâlis sur le cadavre, Deviens ambitieux I Pour toi, c'est le devoir. Ferme bien le rideau de ton grenier, ce soir, Pour te cacher ce ciel d'été dont tu t'enivres, Et courageusement va retrouver tes livres!

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