SCENE II
JULIEVÇ, U^Q ÊlUDltAV^T.
L'étudiant arrive par le fond, joyeusement et les mains dans les poches. Le béret sur l'oreille, la vareuse ouverte, la chemise débordante, le pantalon à grands carreaux. — Un type de Gavarni.
l'étudiant.
Ah ! Julien.
JULIEN
Bonsoir.
l'étudiant.
Où vas-tu de ce pas ?
JULIEN
Je rentre travailler.
l'étudiant.
Moi, je ne rentre pas.
Je ne veux pas rentrer de quinze jours. Que diantre ! C'est ce soir jour de bal, mon cher. Est-ce qu'on rentre?
JULIEN
Toujours fou ?
l'étudiant.
Mon ami, tu me parais en train De vouloir dépasser Lisfranc et Dupuytren.
Tu feras du tapage au grand jour de la thèse.
Ton scalpel esc fameux. Même, par parenthèse,
Tu pourrais postuler un emploi de bourreau.
Tu dissèques ainsi qu'on découpe un perdreau,
Très-délicatement au bout de la fourchette.
Tu dérobes, pour mieux travailler en cachette,
Les débris du sujet, et le bonnet carré
T'est promis, c'est certain. Dignus es intrare.
Mais crois-tu qu'avec des bouquins et des squelettes,
On ait fait, mon ami, des études complètes ?
Ignores-tu qu'il est un suprême examen
Où tu serais, naïf, refusé haut la main?
J'interroge. Réponds et rassemble tes ruses.
Je ne te ferai pas de questions abstruses,
Par exemple, la date où l'on me recevra
Docteur ou le total des amants de Clara.
Ceci, c'est un mystère interdit aux profanes.
Je vais te demander, mon cher, le pont aux ânes,
Ce qu'on apprend tout seul et sans se déranger.
Chante-moi le dernier couplet de Béranger.
Dis-moi qui de Frisette ou d'Hermance est la rousse.
Qu'écrit-on à son père alors qu'il se courrouce ?
Est-ce au mois de juillet ou bien est-ce au mois d'août
Qu'on va, par la galiote, à la foire à Saint-Cloud }
Où peut-on convoler sans maire et sans écharpe?
A quel bout de la rue illustre de la Harpe,
Fleurit l'estaminet le plus mal fréquenté?
Que vaut ce pantalon au Mont-de-Piété ?
Indique un jeu de Siam où la bière soit bonne.