‹ L'abandonnée: drameChapitre 30 sur 37 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LOUISE, JULIEÏÇ.

LOUISE

O Julien, dis-leur d'apporter mon linceul.

J'aurais peut-être encor pu vivre une journée ; Mais puisque cette joie amère m'est donnée De souffrir devant toi «mes dernières douleurs, La fin viendra plus vite, et je sens que je meurs.

JULIEN

Ainsi donc ce n'est pas un cauchemar. Mon crime, C'est toi qui le punis. O Louise, ô victime, Je sens qu'il est trop tard pour demander pardon De ma fuite égoïste et de ton abandon.

* Je vois bien que leur œuvre effroyable est finie,

* Que ma trahison seule a fait ton agonie,

* Que c'est le châtiment enfin qu'il faut subir

* De mon premier amour par ton dernier soupir !

A part, et s'éloignant de Louise à demi évanouie.

Ah ! je la reconnais, l'affreuse maladie.

Depuis assez longtemps je veille et j'étudie, Horreur ! pour en trouver le stigmate certain Dans ces yeux autrefois bleus comme le matin Et maintenant éteints et pâlis par les fièvres, Et pour voir sur ce front, sur ces mains, sur ces lèvres, Partout où mon baiser s'appuya le plus fort, Monstrueuse ironie ! apparaître la mort.

Il s'approche de Louise.

— Mais je peux te sauver ou ma science est vaine.

LOUISE

Une douleur de plus! Je te fais de la peine,

Et moi qui ne gardais, hélas ! qu'en le craignant

L'espoir de cet adieu si tendre et si poignant,

Voici que le destin implacable m'oblige

A te voir malheureux du malheur qui m'afflige.

JULIEN

Tu ne me maudis pas, ce n'est point une erreur, Et tu peux me revoir, Louise, sans horreur.

Je puis toucher ta main sans qu'elle me repousse, Et ces yeux toujours bons, cette voix toujours douce Sont pour moi, comme au temps de nos jeunes amours )

LOUISE

Mais tu ne vois donc pas que je t'aime toujours ?

JULIEN

Ah ! c'est le dernier coup que cet aveu m'envoie. Tu souffres?

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