‹ L'abandonnée: drameChapitre 35 sur 37 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

* Comment nous aurions pu pourtant nous retrouver.

* — Ecoute. Dans mes jours de vice et d'infamies,

* Une de celles-là que nous nommons amies

* S'avilit et tomba tellement qu'elle était

* A la merci d'un homme affreux qui la battait.

* Un soir, dans leur taudis, après une querelle

* Comme ce scélérat levait la main sur elle,

* Elle prit un couteau qui traînait et frappa. .

* Bien qu'atteint près du cœur, cet homme en réchappa,

* Mais la femme, qu'on prit, dut paraître en justice.

* — Faut-il que le malheur ainsi s'appesantisse

* Sur ceux qu'il a déjà si longtemps poursuivis? —

* Cet homme en noir, assis sous le blanc crucifix,

* Avec la toque au front et l'hermine à l'épaule,

* Celui qu'elle aperçut en sortant de la geôle,

* Ce juge qui devait fixer son châtiment,

* C'était son séducteur et son premier amant !

JULIEN

* C'est horrible!

LOUISE

* Je suis au fond du précipice

* Comme elle, mais, du moins, je ne meurs qu'à l'hospice.

JULIEN

* Tais-toi ! Ne trace plus ces tableaux révoltants !

* Non, tout n'est pas perdu. Je te retrouve à temps. Oublie, ô mon amour, la misère passée.

Je sauverai ta vie, encore menacée,

Mais je suis trés-savanc, j'ai toujours réussi, Tu verras. Dès ce soir je t emmène d'ici.

Oui, te voilà bien lasse et bien faible, sans doute, Mais sois tranquille, va, nous brûlerons la route. Oh ! la chaude berline où tu t'endormiras, Comme un pauvre petit enfant, entre mes bras ! Dans le temps d'un baiser nous ferons une lieue, Nous irons, nous courrons vers la grande mer bleue, Vers l'azur éternel, vers le midi doré, Où la vie elle-même est dans Tair respiré ; Et tu t'éveilleras au soleil, dans les roses ! Tu m'entends bien?

LOUISE

Merci de me dire ces choses.

C'est bien toi, toujours bon.

julien.

Ce regard attendri, Ce sourire... Ah! ton mai est à moitié guéri.

LOUISE

* Non, mais je partirai, vois-tu, plus apaisée

JULIEN

* Tu vivras !

LOUISE

Cet effort suprême m'a brisée,

* Et je sens que mon âme a rompu son lien.

* Le moment est venu. D'ailleurs, tu le vois bien.

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