‹ L'abandonnée: drameChapitre 5 sur 37 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

Quel professeur va-t-on siffler à la Sorbonne ? Quel fruit plus volontiers l'arbre de Robinson Produit-il, l'omelette ou bien le saucisson } Dis la longueur du nez d'un créancier qu'on trompe, Et dans quel cabaret sonne-t-on de la trompe ?

JULIEN

C'est vrai, je ne puis pas te répondre.

l'étudiant.

Ignorant !

JULIEN

Mais mon excuse est là pour un crime aussi grand. Je suis trés-pauvre.

l'étudiant.

Ami, je le savais. Oublie Ce que j'ai dit de trop dans ma bonne folie.

Mais cependant, au fond, je n'ai pas tort, vois-tu ? Dans trop de solitude et dans trop de vertu, Bien tristement, je vois s'écouler ta jeunesse. N'espère pas, mon cher garçon, qu'elle renaisse ; Elle passera vite et tu regretteras De n'avoir pas senti, s'appuyant sur ton bras, Sauter à tes côtés une fillette ingambe Et de n'avoir jamais, autour du punch qui flambe, Ri de toutes tes dents avec de francs amis.

Un peu d'étourderie à notre âge est permis.

— Je suis pauvre, dis-tu. Moi, je ne suis pas riche, Et le bonheur qu'on paie est un jeu qui nous triche.

io L'ABANDONNÉE.

Que te demande-t-on? De perdre un peu de temps, D'écouter le conseil joyeux de tes vingt ans Et de laisser enfin se défroncer la ride Qu'entre tes deux sourcils creuse un travail aride. Puis, avec des amis nous en causions hier, Et je t'en dois l'aveu : l'on te trouve trop fier, Trop sauvage. Il serait décent que tu parusses Une fois, tout au moins, sur les montagnes russes, Et que, sous ces lampions cachés dans les tilleuls, Tu risquasses, un soir, quelques cavaliers seuls. — Allons, laisse-toi faire, entrons à la chaumière, Faisons un tour de bal ensemble, et la première Qui trouve tes yeux doux, bien ! nous vous marierons ; Et j'offre aux épousés le cidre et les marrons.

JULIEN

Je ne puis. — Mais, vraiment cet amour est le vôtre : Prendre celle qu'on vit, la veille, au bras d'un autre, Et la laisser ensuite à quelque amant nouveau ?

l'étudiant.

Jamais ces visions ne troublent mon cerveau.

JULIEN, rêveur.

Moi, si j'aime une fois, ce sera pour la vie.

l'étudiant.

Ah ! ceci, c'est de la haute philosophie.

Je suis d'une autre humeur. Je laisse quelquefois

La pipe que je fume et le verre où je bois,

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