‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 122 sur 306 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

dérobé un morceau de la chandelle d'Arras qu'il avait coupé avec ses dents. Du côté du midi , on voyait un moine gisant sur son lit , et à qui un autre moine venait offrir la sainte Eucharistie. A la partie occidentale, c'est-à-dire du côté qui faisait face à l'autel, était un abbé avec les insignes pontificaux, revêtu d'une chape de couleur d'azur à franges d'or, comme la chape et les tuniques employées lorsque l'abbé Hugues officiait dans la basilique d'Anchin. Il était environné de religieux en coules ou habits de l'ordre. Un de ces moines, revêtu de l'aube, offrait l'hostie à son abbé , que suivait une foule d'hommes d'église et de séculiers. Le prélat , à la sainte table, était assisté du pasteur et du diacre de Pecquencourt. Au côté septentrional , un ministre , en chasuble , tenait avec une serviette de linge , le cierge sacré de la B. Vierge Marie pour le donner à baiser aux pèlerins et voyageurs.

Ces choses montrent la part que Hugues de Lohcs a prise aux travaux d'embellissement de cette chapelle. Il a aussi fait exécuter les peintures qui étaient sur les murailles de l'escalier ; ces peintures représentaient la procession et les cérémonies qui avaient lieu à la fête de saint Gilles, où la sainte chandelle était portée révérencieusement par le religieux administrateur de la chapelle. Ces fêtes auxquelles présidait, verge en main , un moine de l'abbaye d'Anchin préposé à cet office, attiraient une foule considérable de ménétriers et de musiciens, jouant du luth, de la cythare , de la flûte, de la trompette et d'autres instruments de musique en l'honneur de la sainte Vierge. Elles eurent lieu ainsi jusques au temps de l'abbé Lentailleur. Ce prélat, à cause des abus et des orgies qui s'y commettaient dans les derniers temps, y apporta des réformes et ne permit plus d'aflluence si considérable; et cela, sur la demande de D. Balthasar Seulin, alors pasteur de Pecquencourt, et ensuite doyen de St-Amé à Douai. Pour compléter ce qui concerne la chapelle de la sainte chandelle de Pecquencourt, disons tout de suite que l'abbé Charles Coguin , dont nous parlerons bientôt , se plut aussi à l'embellir; c'est à lui que Ton doit les beaux vitraux peints qui illuminaient l'intérieur de l'édicule , et où étaient représentés saint Jacques, saint Michel et la B. Vierge Marie, avec deux anges à ses côtés, ainsi que saint Christophe, saint André , saint Jean et saint Gilles.

Une inscription incomplète qui a été retrouvée, témoigne que l'abbé Hugues a fait des restaurations considérables aux grands cloîtres du monastère. Voici cette inscription ou épitaphe, dont la fin informe n'a pu être déchiffrée :

Hogonts de Lobes jacet snb hoc marmore gleha , Tenlenl abbatls, dutn vircret atque seenndi. Cfauslrorum sumptu magnorum ingente ruinant Instaurai. Frotresqiic biios dtlcxll, «nuque Dllcxrrc onines *i*cntcs paee perenni.

Nunc fera mors rapult sed luce anno m c quater Quinq..-.

Dans la chapelle de Ste-Maric-Mngdclcinc, se trouvait aussi une inscription relative à cet abbé , et où il était parlé d'un beau crucifix que de son vivant Hugues a donné pour cette chapelle. Cette inscription , dont le commencement est effacé , se termine ainsi :

Venerabilli llngonis, ollm ctenobit liujua abbali* trlgeslrai second!, corpus arara rcsumpsll humus anno Dominiez iiunrnationis uc< r.ci.n .

Nous verrons tout -à- l'heure que la date, donnée pour celle de la mort de

l'abbé Hugues, n'est pas exacte. Rien n'est précis à cet égard : les uns indiquent comme époque de la mort du prélat Tannée 1470, les autres Tannée 1477; d'autres enfin 1481 et même 1490-1401, date la plus probable.

Cet abbé fort pieux s'occupait beaucoup de ce qui regardait les cérémonies et les pompes du culte , mais prenait peu de souci de l'administration des biens temporels. 11 fit de riches offrandes à l'église de Tabbaye. Il avait donné deux ciboires d'argent, délicatement ciselés, et du poids de vingt-quatre marcs. On les employait le jeudisaint pour la cérémonie de la cène des pauvres; le même jour et le samedi -saint, les religieux s'en servaient dans le réfectoire ; après quoi , ces vases précieux étaient déposés dans la sacristie et confiés à la garde du trésorier, afin qu'ils ne servissent à aucun autre usage. En mémoire de ce bienfait , la communauté accorda au donateur des prières après sa mort. Et lorsqu'on lisait les stations de la semaine sainte , on ajoutait le psaume De profundis pour le repos de son âme , avec l'oraison dominicale et la collecte Inclina Domine aurem, etc.

Ce prélat avait augmenté de quatre cents livres les pitances. Selon qu'il en avait manifesté le désir, l'anniversaire de sa mort fut, du consentement de la communauté , célébré avec solennité la veille des quatre-temps , au mois de décembre. Ce jour-là, par la munificence de cet abbé, il était ajouté quelque chose à l'ordinaire du repas des frères.

Parmi les objets précieux dont il avait enrichi l'église d'Anchin , il faut citer de magnifiques gonfanons et bannières , admirables par la richesse de leurs ornements,, mais surtout par les inappréciables peintures dont elles étaient décorées. L'abbé Hugues avait aussi gratifié Tabbaye d'un beau tableau où lui-même était représenté au vif.

Mais ce qui témoigne surtout du luxe pieux et de la magnificence qu'il portait dans les choses du culte, c'est la fameuse mitre qu'il avait léguée à la basilique d'Anchin pour la parure des abbés. Elle était tellement grande et d'un poids si considérable par la quantité d'or, d'argent, de pierres précieuses et de perles dont elle était surchargée , qu'elle n'a pu servir à Guillaume d'Ostrel , le successeur immédiat de Hugues de Lohes, Charles Coguin , qui vint ensuite, et qui cependant était d'une forte complexion , et avait la tête très-grosse, ne pouvant la porter, en fit faire deux mitres d'une richesse remarquable , et d'un poids tel , dit Fr. de Bar, qu'elles se trouvèrent encore trop lourdes pour l'abbé Lentailleur et pour Tabbé Warnier de Daure. {Voir la planche ci -contre).

Un des plus beaux ouvrages d'orfèvrerie dont Tabbé Hugues avait doté Tabbaye , était cette crosse abbatiale célèbre dans le pays , et qui était si précieuse par la valeur de la matière dont elle était composée et par la rare perfection des ciselures dont elle était ornée. Ce bâton pastoral,* tout en or et en argent, supportait un modèle exact de la grande église d'Anchin , avec toutes ses fenêtres et les clochers reproduits dans leurs plus minutieux détails. (Voir la planche ci -contre).

Pour tout ce qui était employé aux cérémonies du culte, au service et à l'ornement de la maison de Dieu , il aimait que les beautés et les délicatesses de l'art se mariassent aux magnificences du luxe. Ainsi le capuchon de la chape d'or et d'azur, dont nous avons parlé plus haut, était embelli d'une peinture dont le sujet était l'Ascension de N.-S. J.-C. Sur les bannières et gonfanons, étaient représentés

> UaDU Lhrktiana, I. m, |». 410.

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