‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 123 sur 306 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

les fondateurs de l'abbaye , ainsi que les images de la très-sainte Trinité et de In B. Vierge Marie, saint André jetant ses filets, et d'autres sujets. Ces peintures étaient d'une délicatesse , d'un éclat et d'une perfection telle , au jugement du prieur Fr. de Bar, qui a pu les voir encore, et qui nous a conservé ces curieux détails, que de son temps , à ce qu'il dit , il n'y aurait pas eu un peintre capable d'en exécuter de semblables. Il ajoute que Warnier de Daure fit dorer- et garnir d'une étoffe rouge les bâtons et supports de ces gonfonons.

Hugues de Lohes donna aussi à l'église d'Anchin trois chapes de drap d'or, et d'autres de couleur rouge. Sur le capuchon d'une d'elles était représenté Notrc- Scigneur Jésus- Christ devant le juge Pilate; sur une autre, l'Ascension; sur une troisième, Jésus attaché à la Croix. On pense que c'est encore à sa munificence qu'était due la chape de soie bleue céleste , toutè parsemée de lis et de cerfs d'argent , et portant sur le capuchon l'image 3e la sainte Trinité. Dans ce somptueux vestiaire de l'abbé Hugues , n'oublions pas de mentionner les quatre dalmatiques , dont deux toutes d'or et d'azur, et deux d'or et de pourpre.

Des marques non moins insignes de sa muuiticence sont les ambons ou pupitres qu'il fit placer dans le chœur. Celui qui servait pour chanter l'Evangile , était un grand aigle de cuivre, et celui où se récitait l'Epître était la statue d'un sousdiacre, aussi en cuivre. 11 n'y a pas de doute que Hugues de Lohes ne fût le donateur de ces monuments ; car ils portaient ses armoiries , et une suite de lettres ou caractères avec lesquels, en y intercalant les consonnes nécessaires, on formait cette phrase : Donné pour Dieu en action de grâce par le révérend père doin Hugues de Lohes. La même inscription écrite de la même manière, mais en latin, s'est retrouvée sur un vitrail qu'il avait fait poser à une fenêtre de la maison priorale d'Aymeries, lorsqu'il y exerçait les fonctions de prieur. C'est à lui aussi qu'on attribue le don des sept candélabres en airain de Chypre, qui garnissaient les degrés du presbytère dans la basilique d'Anchin.

En l'an 1 467, le révérend dom Jean-Jacques, alors prieur d'Anchin , étant malade, et pressentant sa fin prochaine, demanda qu'il lui fût accordé des prières particulières après sa mort. L'abbé assembla le couvent ; et d'un consentement unanime , il fut décidé qu'en témoignage de souvenir perpétuel , tous les ans , à la messe de l'Annonciation , après l'élévation , et à un signal que le prieur en exercice donnerait en frappant sous sa stalle, tous les frères, tombant à genoux, réciteraient la Salutation angcliijue pour le soulagement de l'âme du prieur décédé.

En 1173, dans une réunion du couvent, et sur la proposition de l'abbé Hugues, il fut établi que l'Immaculée Conception de la B. Vierge Marie , que jusqu'alors on n'avait célébrée que comme uue fète ordinaire , le serait à l'avenir avec solennité, et qu'elle compterait comme une principale.

Le souveraiu pontife Paul h, à la considération du digne prélat, avait, en l'an 1467, donné un diplôme par lequel il mettait sous la garde du St-Siége les revenus de l'abbaye d'Anchin , et confirmait tous les privilèges accordés précédemment aux abbés de ce monastère.

En l'année 1474, le pape Sixte iv publia une bulle en faveur de l'abbé et de l'église d'Anchin. Le souverain pontife, informé que des biens temporels et des immunités ecclésiastiques avaient, contre tout droit et équité, été r.tvis et violés par divers princes séculiers et par des évèques , que surtout des religieux officiers du monastère avaient été indignement traînés en prison , et ne voulant pas souffrir que

les privilèges accordés par son prédécesseur fussent impunément violés , écrivit au* évêques de Cambrai, d'Amiens et de Laon pour qu'ils eussent à poursuivre par toutes les voies de droit les déprédateurs, usurpateurs et détenteurs des propriétés et biens de toute nature appartenant au couvent d'Anchin , à faire restituer les privilèges, à contraindre les détenteurs ou usurpateurs par tous les moyens ecclésiastiques , et même à avoir recours , s'il en était besoin , à la puissance du bras séculier. Par une autre bulle de 1475, ce même pape Sixte iv ordonne à l'abbé de N.-D. de Cantimpré , hors des murs de Cambrai, de faire rendre aux religieux d'Anchin toutes les choses dont il fait rénumération , savoir : des dîmes , prémices , cens , récoltes , provenances , terres , maisons , prairies , bois , des vases , des mesures, des anneaux, des laines et soieries, des lits, matelas et draps de lits , des vases d'or , d'argent , d'airain , de cuivre , d'étain , des livres , lettres autographes, contrats, actes publics, registres, protocoles, obligations, quittances et autres titres ; des croix , des calices , des étoles , aubes et autres ornements ecclésiastiques; de l'or et de l'argent monnayés et non monnayés; des vins et autres boissons; du froment, de l'orge, de l'avoine, de la fleur de farine; du lin, de la laine , du chanvre ; des titres de dettes , de crédits et de délégations ; des sommes d'argent et autres biens mobiliers et immobiliers. Le pape ordonne que les détenteurs , si après une première et une seconde admonition ils ne restituent pas , soient livrés à toutes les rigueurs de l'excommunication.

Le pieux Hugues était , ainsi que nous l'avons dit , plus adonné au spirituel qu'au soin du gouvernement temporel ; et il s'en était suivi un certain relâchement dans l'administration avec les désordres qui résultent de cet état de choses. Le nombre des débiteurs s'était accru ; les revenus étaient en souffrance ; et le monastère , devenu la proie des hommes de mauvaise foi , avait été livré à des dilapidations de toutes sortes. Pour remédier à ces maux, le prélat ne s'était pas contenté d'invoquer l'appui du souverain pontife et l'assistance des évêques; il avait rappelé auprès de lui le prieur de St-Sulpice, homme d'une grande capacité et de caractère énergique, dom Guillaume d'Ostrel, celui-là même qui, bientôt après, lui succéda comme abbé de St- Sauveur. Il mit à la place de G. d'Ostrel , Jean Blanpain , qu'il institua prieur de St-Sulpice , et D. Guillaume d'Ostrel fut revêtu de l'office de prieur du monastère.

Cependant il faut dire que les difficultés et les embarras dans lesquels était tombée l'abbaye pouvaient bien tenir aussi en grande partie aux malheurs des temps. Alors , en effet , une guerre funeste avait lieu entre Charles le Téméraire et le roi de France , Louis xi, qui avait fini par réduire en sa puissance Arras et d'autres villes dans la Picardie; et cette guerre ne s'était pas faite sans grand détriment et grandes calamités pour tout le pays d'Artois , et pour ces contrées qui avaient été incessamment foulées et rançonnées par les armées.

L'abbaye d'Anchin toutefois ne tarda pas à éprouver les heureux effets des mesures prises par l'abbé Hugues sous l'influence du nouveau prieur. Les jeunes religieux furent envoyés à Paris pour suivre leurs études à l'Université; l'abbé, à l'exempte de ses prédécesseurs, institua, par des lettres particulières revêtues de son scel, différents offices pour le service de l'abbaye , tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du monastère ; il créa en outre des officiers avec la dénomination de prieurs , de prévôts et de sous-prévôts , et leur donna , avec les privilèges et émolumens attachés à la charge , le pouvoir de citer les citoyens délinquants d'Hesdin et autres lieux , et d'y

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