CHAPITRE XXIII
Braille, de Sclin, etc., suivant en cela l'exemple de son père Philippe, qui, à lu prière d'Isabelle, la mère du duc Charles le Téméraire, avait pris sous sa protection toutes les possessions de l'abbaye d'Anchin , en reconnaissance de ce que luimême Philippe avait clé délivré de la fièvre par le secours efficace de l'anneau sacré de la B. Vierge Marie que l'on conservait au monastère, et de ce que par l'assistance de cette même relique, la duchesse Isabelle étant grosse du duc Charles, avait été délivrée des douleurs de l'enfantement , ainsi que cela est constaté dans des lettres données par l'empereur Maximilien, archiduc d'Autriche, et datées du 22 avril 1484.
Ln procès s'étant élevé entre Charles le Téméraire, comte d'Artois, et le couvent d'Anchin , concernant la juridiction et le droit de justice , particulièrement sur le territoire d'Hesdin, le duc arrangea lui-même l'affaire, et prononça que la juridiction du grand tribunal, en ce qui concerne les cas où il s'agit de vie et de mort, le regarderait comme comte d'Artois, ut que la justice de moindre importance ou du petit tribunal , appartiendrait à l'église d'Anchin.
Ce qui montre combien le doc Charles fut affectionné h l'abbaye, c'est que lorsqu'il vint à Douai (1472), pour faire sa première et joyeuse entrée, il s'arrêta au monastère, et voulut y séjourner et s'y recueillir pendant quelque temps. Li salle de l'infirmerie qu'il a habitée a pris le nom de Charles, nom de l'illustre visiteur, et elle l'a toujours conservé depuis. On y voyait les insignes du duc , peintes et sculptées. Ce prince, avant que de quitter la maison , fit don à l'église d'une statue équestre d'argent à son effigie ; cette statue fut par la suite placée au prieuré de St- Georges, où on la voyait encore en 1606 \ Et lorsqu'il vint ù Douai pour les fêtes et cérémonies de sa joyeuse entrée , le 1 5 de mai 1 472 à sept heures du soir , il logea à l'hôtel d'Anchin auprès de l'église Notre-Dame de Douai , « et s'en alla à son hostel » qui lui estoit presparc , c'est à savoir à l'hostel d'Anchin en l'astre Notre-Dame \ »
Ce n'est pas seulement dans l'amitié et la protection des princes que l'abbé Guillaume trouva des appuis; il a cherché par toutes les voies à amener l'abbaye à ce haut degré de prospérité où elle était arrivée. 11 unit par les liens d'une étroite affiliation le couvent d'Anchin avec les monastères bénédictins de St-Vaast d'Arras, et de St-Thiéri de Reims; les trois maisons avaient contracté une sodalité ou société de prières et de bienveillances mutuelles. 11 n'est pas jusqu'aux influences de parenté qu'il ne sût faire concourir aux avantages de son église ; nous verrons plus loin que beaucoup 4c membres de sa famille étaient dans les ordres et occupaient des postes importants dans diverses abbayes de Bénédictins. Ainsi , au couvent de St-Thiéri que nous venons de nommer, c'était son frère Eloi d'Ostrel qui était abbé ; à Anchin même il avait près de lui son neveu Charles Coguin de Ste-Aragon, qui, ainsi que nous allons le voir, géra le gouvernement d'Anchin, et y fut nommé abbé, du vivant même de son oncle Guillaume d'Ostrel.
En même temps que l'abbé Guillaume avait cherché tous les moyens d'assurer et d'étendre les avantages et la puissance de l'abbaye, il n'avait pas négligé non plus les soins de l'édifice spirituel : il veillait avec une activité scrupuleuse au maintien rigoureux de l'observance et des règles de la discipline. El autant par l'influence de ses exemples que par la sagesse de ses préceptes et l'éloquence persuasive de ses discours, il avait su réunir tous les frères dans une parfaite harmonie et dans la
« Fr. de Uar. Ms. cité, p. 215, v 5. * Dca KnîWrc», Ms. in-folu t. .2. Entrée de Charles, duc
de Bourgogne. { Blbl. <k Doua» .
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pratique des vertus du cloître. Chacun accomplissait avec ferveur le vœu de pauvreté, d'obéissance et de chasteté qu'il avait fait à Dieu, et s'efforçait ainsi de parvenir au comble de la perfection de la vie monastique. L'abbé Guillaume , pour donner plus de puissance à ses préceptes, plus d'efficace à ses conseils, voulut retremper son autorité à la source d'où elle émanait; et étant déjà avancé en âge, il entreprit un pieux pèlerinage au couvent du Mont-Cassin , là où étaient vénérés les corps des saints apôtres Pierre et Paul , et où étaient conservés les ossements de saint Benoit, fondateur et patron de Tordre. 11 se fit accompagner de son chapelain Guillaume Lengran , homme d'une piété antique , et qui fut aussi prieur d'Anchin. Et pour le temps de' son absence , il remit le gouvernement à son neveu Charles Coguin dit de St-Aragon , qui , sous les auspices de son oncle , avait entrepris les magnifiques travaux de construction et d'embellissements du grand et du petit cloître.
Mais pour ne pas interrompre l'ordre de ces récits, revenons à l'abbé Guillaume d'Ostrel. En se retirant, il avait fait don à l'église d'une crosse d'or à laquelle était suspendu le saint-ciboire au-dessus du maître-autel. L'abbaye aussi lui était redevable d'un hôtel abbatial , beau et commode , qu'il avait fait construire dans la ville de Cambrai. Alors le prieuré de St-Sulpice de Doulens acquit beaucoup d'importance : le prélat était originaire de la ville de Doulens; il augmenta considérablement les possessions de ce prieuré. 11 voulut que le nombre des religieux qui y étaient attachés fût élevé à douze , afin que le service divin y fût célébré avec plus de splendeur.
Guillaume d'Ostrel avait donné à l'église d'Anchin de belles courtines vertes , toutes en soie de Damas, pour orner le grand autel. 11 avait fait faire en argent les gobelets dont les novices se servaient à table. Il fit aussi construire le bâtiment de la bibliothèque , qui depuis a été converti en dortoir pour les novices et leur maître ou sur- ; veillant.
Ce digne abbé mourut à l'âge de soixante-treize ans , le 2* jour de mars de l'année 1511. 11 fut inhumé sous un très-beau mausolée qu'il avait pris soin lui-même de faire construire dans la chapelle de St-Benoît , qu'il avait aussi fondée. On y lisait ces épitaphes :
Hic solo tegilur funus domlni GuilleJmi d'Ostrel, hujus cranobii trigesiml tertli ahballa, qui dum humanà fungereUir vità, ob sanctl Benedicti honorera , hujus oapellœ ac libraria? structuras efdti ce n suit. Tandem septuagesimo tertio sus actati* anno, apostolorum Pétri et Pauli, atque BenedicU in monte Casino corpora pie vutitavit. Oemum mart.il die n annl l&U morte rapitur, cujug animas raiaereri dignetur Altisslmus. Amen.
L'autre inscription était en distiques :
Hujus csnobii Guillelmua d'Ostcrel abbas
Dulendi qui sut è regione. natus ; latins altaris mensam constnixit opimam
Splendentemque locum cudit et ipse slbi. Anno milleno quingenteno quoque quinto,
Cul sedem noeler det Deus almi Ouam.
Six ans avant sa mort , le vieux abbé , ainsi qu'on l'appelait depuis qu'il s'était démis de sa charge en faveur de son neveu Charles Coguin , avait fondé celte splendide chapelle de St-Benoît avec le superbe monument funéraire qu'elle renfermait. Elle était de toutes parts ornée de peintures précieuses , et elle était fort grande , surtout avant que l'abbé Charles Coguin l'eût rétrécie en faisant faire la galerie qui menait directement de cet endroit au couvent. Dans cette chapelle de St-Benoît,