‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 126 sur 306 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

qunceourt et sur le village de Vred. Et pour donner une idée de I étendue et de l'importance dont étaient ces droits, nous citerons, en le traduisant, un acte latin émanant d'Antoine Rolin chevalier, seigneur de Lens et d'Anthumes, maréchal et veneur du Hainaut, qui fut grand chambellan de l'archiduc d'Autriche, etc. Dans cet acte sont énoncés et reconnus les droits et privilèges de l'abbaye :

Des réclamations, (dit le chevalier Antoine Rolin,) ont été adressées de la part du révérend père en Jésus-Christ Guillaume, prélat d'Anchin, et de son couvent, se plaignant de ce que le lieutenant du seigueur châtelain de Bouchain et ses agents voulaient usurper des droits sur Pecquencourt. Le jugement de ce procès , qui dure déjà depuis longtemps , nous ayant été déféré pour que nous en prononcions la décision définitive , après nous être exactement informés , nous avons été assurés que depuis les premiers temps de la fondation du monastère d'Anchin, les abbés ont toujours exercé pleine et entière justice temporelle et ecclésiastique dans la ville de Pecquencourt et dans lo village de Vred, et dans tous les lieux et territoires voisios dépendants de l'abbaye; qu'ils y ont constamment exercé le pouvoir domanial sans contrôle ni intervention d'aucun prince; qu'ils ont institué les divers ofliciers, baillis, tnayeurs, éctievins, magistrat, forestiers, appariteurs, gardes et autres ofliciers de la justice temporelle; l'abbé pouvant à sa volonté préposer ceux de ses moines qu'il jugerait convenable de préposer à l'administration des bois et des eaux, à la perception des récoltes et revenus des terres. Que dès le principe aussi de l'institution du couvent, la juridiction spirituelle ou épiscopale a été administrée par l'abbé d'Anchin , par son prieur officiai ou par son promoteur, et autres assesseurs, à l'instar des cours spéciales de Cambrai, d'Arras, d'Amiens, de Tournai et autres évêchés; que l'église d'Anchin a toujours joui de celle autorité, sans que jusqu'à ee jour jamais aucun prince ne s'y soit opposé , d'autant moins qu'elle a connaissance de tous les cas criminels et civils , et qu'elle a la juridiction spirituelle pour le sacrement du Mariage, pour le divorce, la séparation et tous les devoirs et actes appartenant à la cour spirituelle.

Ainsi qu'il était de sou devoir de le faire , et selon la forme suivie i l'évéché de Cambrai , l'abbé d'Anchin a constamment exercé les droits de libre justice haute et basse; et par lui ou* par son officiai, selon la coutume ancienne, il tenait audience tous les samedis dans le lieu dit le tribunal des pauvret (ainsi appelé parce que c'est là que de toute ancienneté se fait la cérémonie du lavement des pieds), et y entendait les plaintes et réclamations de chaque paroissien, réglait les affaires pour dettes, et les différends et contestations entre les ministres des églises et entre les autres clercs et séculiers, en même temps qu'il réglait la justice ecclésiastique.

Il arriva que Jean Lumier et Baudard , autrement dit Bernard de la Becque , ne pouvant arracher du bâtard Sirnon Bonteleu , habitant la ville de Pecquencourt , trente sous que celui-ci devait à l'église, le firent citer à la cour d'Anchin, par-devant l'oflicial qui, selon son droit et sa bonne justice , assigna audit Simon un jour fixe pour payer cette somme. Gérard Bastard Diesne , lieutenant du châtelain , informé de ce jugement par ses officiers , fil mettre dans les prisons de Bouchain les agents de Pecquencourt, les taxant à une amende de soixante sous. De plus , ce même lieuteuant fit enfermer dans la tour de Bouchain , et frappa aussi d'une amende de 60 sous, et d'une quantité déterminée de bottes de lin Pierre Foucault le jeune, pour avoir, conformément au droit qu'il en avait, cité au tribunal spirituel d'Anchin ledit Simon Bonteleu, en poursuite d'une somme de 10 à 12 sous.

L'abbé et le couvent , après avoir épuisé tous les moyens et toutes les raisons auprès dudit Gérard , lieutenant du châtelain de Bouchain , pour obtenir la restitution des amendes et des frais, et faire remettre en liberté les prisonniers, se sont adressés à Mgr l'illustrissime Antoine Bolin, grand bailli du Hainaut, qui , après avoir entendu les raisons et témoignages des deux parties, prononça que le droit de vie et de mort avec la justice inférieure dans la ville de Pecquencourt et dans le village de Vred, devait rester en entier à l'église d'Anchin; que la juridiction spirituelle sur les paroissiens y appartenait nu prieur officiai d'Anchin , sans qu'aucun des paroissiens pût être distrait de celle juridiction par le tribunal de Bouchain ; qu'il leur était libre de traiter leurs aflaires comme dans un tribunal séculier; que dans le cas qu'il fallût sortir de Pecquencourt, c'était à la cour de Mous nu à Anthin, devant ledit officiai , que les justiciables avaient à se présenter.

Toutes les pièces ayant été examinées, et toutes les circonstances du débat ayant été appréciées par les conseillers de Mgr le duc d'Autriche et de Bourgogne, comte du Haioaul, il Tut décrété que l'église d'Ancbin continuerait à demeurer libre dans la jouissance et la possession du son droit, comme il a été dit. De plus, il fut ordonné par jugement que les prisonniers de Pecquencourt seraient délivrés des prisons de Douchain , que les amendes et toutes leurs dépenses leur seraient remises , et qu'ils seraient indemnisés des dommages et intérêts.

En confirmation de quoi, le seigneur Antoine Rolin , gouverneur du Ilainaut, et les conseillers, officiers et gentils-Iiommes du duc, au nombre de vingt et un, apposèrent leurs scels, Tan du Christ, 1408 , le 21 janvier'.

Guillaume d'Ostrcl fit ratifier par la cour de Rome les titres de la juridiction spirituelle d'Anchin, et il constitua dans les églises de Pecquencourt et de Vred, soit des religieux , soit des chapelains perpétuels avec charge d'âmes , sans recourir à l'autorité de l'évèque. D'après l'induit du pape , les religieux institués par l'abbé ne pouvaient pas prendre la qualification de pasteurs , mais seulement celle de chapelains perpétuels. L'n certain prêtre, du nom de Martin, qui avait obtenu du souverain Pontife la chapellenie perpétuelle de Pecquencourt , voulut enfreindre la disposition qui lui interdisait la qualité de pasteur. Cela donna lieu à une contestalion ; et" la chose ayant été jugée , le desservant de la chapelle fut obligé de prêter serment au prélat d'Anchin , et de reconnaître qu'il tenait l'église de Pecquencourt du révérend abbé.

Ces droits et privilèges se sont encore accrus par la suite. On a retrouvé , dans les archives de l'abbaye, des lettres datées de l'an Ii>07, que l'abbé Guillaume, ou plutôt son coadjuteur "Charles Coguin avait obtenues de l'archiduc d'Autriche , contre le sufîragant de l'évèque de Cambrai, Jean, évéque de Béryte, parce que celui-ci avait , sans la permission de l'abbé , consacré trois autels dans l'église d'Anchin , qu'il y avait célébré solennellement la messe et donné la bénédiction , et qu'il avait transposé le jour de la dédicace. Dans le procès qui eut lieu à ce sujet , l'évèque de Béryte , n'ayant pas comparu , fut déclaré contumace , et le jugement fut prononcé en faveur de l'abbaye.

Il existe aussi un acte de ces temps-là , dressé par Jean Conin , notaire apostolique, en vertu duquel, non-seulement le desservant de la chapelle, mais aussi tous les habitants du village d'Aymeries, sont soustraits à l'autorité du bailli , l'acte déclarant que ce bailli n'avait nulle juridiction sur ceux d'Aymeries.

En vertu de privilèges analogues, l'abbé Guillaume avait obtenu que les villages du territoire de Reims , qui se trouvaient dans le domaine d'Anchin , ne fussent pas soumis aux droits de visitation ni de procuration de la part des archidiacres de Reims, non plus que les villages de Vred , de Pecquencourt et du territoire d'Anchin, à l'égard de l'église de Cambrai.

L'abbé Guillaume jouissait auprès des princes temporels , de beaucoup de 'considération. L'empereur Maximilien le combla d'honneurs, et le nomma son conseiller intime. De son côte , Charles de Bourgogne le créa tout à la fois son chancelier et son conseiller. Ce prince , aussi en faveur de Guillaume , dota de beaux privilèges le prieuré de St-Georges; et prenant sous sa protection la maison de St-Sauveur, il avait expressément défendu par ses lettres, à tous ses gentils-hommes et aux chefs militaires, de molester d'aucune manière l'abbaye ni les villages du domaine d'Anchin, particulièrement la ville de Pecquencourt, les villages de Vred , d'Auberchicourt, de

» Fr. de Bar, Ms. cilr.

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