CHAPITRE XXIV
créa son frère abbé de St-Acheul d'Amiens. François de Bar nous apprend aussi qu'un autre frère de Charles Coguin s'était marié à la sœur du père de Guy de Bar de Seizencourt , lequel Guy avait épousé Mm* Catherine d'Ostrel et en avait eu pour (ils François de Bar, le grand prieur de l'abbaye d'Anchin.
ISous avons vu que Guillaume d'Ostrel avait, en qualité de coadjuleur, exercé lu prélature d'Anchin , du vivant d'Hugues de Lobes , mais qu'il n'avait été élu et nommé abbé qu'après la mort du titulaire. Charles Coguin, qui, lui aussi, avait été mis à la tète du monastère du vivant de son oncle, avait par un privilège particulier été nommé, institué et confirmé dans la charge et le titre de prélat d'Anchin , quatre ans avant la mort de son prédécesseur. C'est qu'en effet , lorsque son oncle , accablé par l'âge , se fut déchargé sur lui du fardeau des affaires et du gouvernement de l'abbaye, tout jeune prêtre qu'il fût encore, Charles Coguin avait déployé des qualités éminentcs et une grande sagesse. C'est pourquoi le pape Jules n , en le confirmant dans la dignité d'abbé renouvela et corrobora tous les privilèges et distinctions qui étaient attachés à la prélature d'Anchin , et il y en ajouta même de nouveaux. Par cette bulle , envoyée de Rome, et datée du 8 des kalendes de mai, l'an 1508, Jules n « confirme les privilèges de la mitre et de l'anneau donnés par le » pape Honorius m à l'abbé Simon , avec le pouvoir de bénir les autels et les orne- » ments sacerdotaux, de conférer les ordres mineurs à ses moines, de les absoudre, » ainsi que les ton vers qui auraient encouru la sentence d'excommunication pour »> injection des mains. » Ce diplôme, en outre, rappelait et ratifiait les privilèges ajoutés par Alexandre m en faveur des abbés d'Anchin, «de porter les sandales et » la tunique dalmalique dans les messes solennelles, et aussi de donner la béné- » diction dans le monastère et en dehors du monastère. » En outre , le pape Jules conférait au révérend Charles et à ses successeurs le pouvoir , toutes les fois qu'il en serait besoin , « de réconcilier et de rendre propre au culte toute église , tout » prieuré, toute paroisse dépendant de quelque façon que ce fût, du monastère .» d'Anchin , et qui auraient été souillés par l'effusion du sang ou de la semence, pourvu » que les constitutions et ordonnances apostoliques et les statuts et coutumes de m l'ordre du monastère ne s'y opposassent pas. »
On voit par ces marques de la bienveillance singulière du souverain Pontife , dans quelle estime était le jeune prélat auprès du saint-siège. Ces faveurs qu'il s'était attirées par ses éminentes qualités, il sut les justifier par la sagesse et par le zèle pieux a>ee lequel il poursuivait les travaux de son oncle. Son active surveillance s'étendait à tout ; il environnait ses frères de ses soins et de sa tendresse , il était avec eux constamment et partout , dans l'église , dans le dortoir , dans les cloîtres, toujours occupé de leur préparer la voie du salut ; écartant les obstacles , signalant les écueils.
Mais il ne montrait pas moins de sollicitude et de vigueur à soutenir les droits et libertés de son église : c'est ainsi qu'il refusa d'admettre un certain Philibert, que l'empereur Charles lui-môme avait voulu de force imposer et mettre à la charge du monastère , par le motif que le couvent dépendait de l'Artois. Il ne craignit pas non plus d'intenter un procès au seigneur de Lallaing, a propos du cours d'eau qui avait été dirigé vers le moulin de l'abbaye , et dont ce seigneur contestait la libre jouissance. 11 montra la même fermeté à l'égard du seigneur de Hertain , dans une affaire analogue. Une autre fois, il fit fermer la porte devant un officiai de l'Eglise d'Arras, du nom.de Barbaroux, Harbarufus , qui s'était présenté avec
ABBAYE D'AIVCHIN.
la commission de visiter le couvent et d'examiner la manière de vivre et la conduite tant du supérieur que des moines. Il lui refusa l'entrée de la maison , parce que 1'évèque n'était pas présent; l'évêque , accompagné de ses officiaux , pouvant seul être admis à visiter l'Eglise d'Anchin , hors les cas fortuits où l'eveque étant absent , les officiaux auraient été appelés et expressément mandés.
Charles Coguin avait vivement à cœur tout ce qui pouvait contribuer à parer et à embellir la maison de Dieu , et à cet égard il porta fort loin l'amour du faste. Il enrichit les cloîtres et le temple d'une multitude d'ouvrages d'art. Outre la verrière splcndide sur laquelle étaient peints ses insignes et armoiries, il fit entourer tout le chœur d'une clôture de pierres blanches découpées à jour et fenestrée. 11 dépensa des sommes considérables pour ceindre la table d'argent et d'or du grand autel de tableaux à doubles volets peints d'une façon excellente. Duplici quoque tabularum summi allaris revolutione eaccellenter depictarum cingi urgenleam av decoratam mensam incredibili sumptu fecit*. Il est é\idenl que Fr. de Bar désigne par là le grand diptyque à compartiment qui décorait le maltre-autel de l'église d'Anchin. Ce tableau est actuellement en la possession de celui qui écrit ce livre, et qui, par un hasard providentiel, a pu retrouver et réunir les frag • < nts dispersés et heureusement bien conservés de ce monument de l'art de la peint:: . Ainsi que nous venons de le dire, c'est un diptyque ou tableau peint sur deux laces : il est haut de six pieds et demi environ , et occupe en largeur un espace de onze pieds et demi , ce qui donne vingt-deux pieds de peinture pour les deux faces ; le tout exécuté avec cette magnificence de coloris et cette perfection de travail patient qui en font dans ce genre un chef-d'œuvre unique. Les volets, mobiles on tournants, peints sur leur reclo et leur verso , ne sont pas, comme aux diptyques ordinaires, attachés aux bords lout-à-fait externes du tableau de fond , mais ils sont accrochés par des pentures aux moulures des cadres de compartiments ; ils sont dans des proportions telles et disposés de façon que , selon qu'ils sont fermés ou qu'ils sont ouverts, le tableau présente une face différente sans changer de dimension. ( Voir la planclie ci-après , page 246. )
A la face extérieure, vers le centre, est le Christ assis' auprès d'une croix richement ouvrée , s'élevanl sur la boule du monde ; à la gauche du Sauveur la Vierge agenouillée lui présente une couronne d'or ; sur le panneau de droite ou voit l'abbé d'Anchin , Charles Coguin , à genoux devant un prie-dieu sur lequel est un missel; derrière le prélat, sont deux moines agenouillés revêtus de belles chapes : ils portent les insignes de l'abbé; l'un lient dans ses mains une mitre d'or et de perles, et l'antre la magnilique crosse abbatiale d'Anchin. L'abbé Charles est sous la conduite de son patron saint Charlemagne , représenté sous les traits de Maximilien i" ; il est recouvert d'une armure , du manteau d'azur fleurdelisé, couronne eu tète et nimbé; il tient d'une main le globe, et de l'autre la longue épée nue. Entre les personnages qui font cortège au saint empereur se montre une ligure coiffée d'uu toquet rouge , c'est le portrait présumé du peintre. On aperçoit dans le lointain , à travers des portiques et des colonnes d'une admirable architecture, la représentation de l'église d'Anchin, avec ses quatre clochers et son hôtel abbatial; de ce côté, en haut, des anges soutiennent un écusson aux armes de Charles Coguin, et qui fait pendant aux armes de l'abltayu
' Kr. île Uar, m», du1, p. îtfi v