CHAPITRE XXIV
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manuscrits rares et précieux , dont une bonne partie est actuellement à la bibliothèque de Douai. 11 y a peu de Pères latins dont on ne trouvât quelques ouvrages , comme de saint llilaire, de saint Ambroise, de saint Jérôme, de saint Augustin, de saint Grégoire, de Cassien, d'Alecuin, de Rupert, de saint Bernard, de Pierre le vénérable, d'Hildebert , de Hugues de St-Victor; sans parler de l'introduction à la théologie de Pierre Abeilard , ce livre qui a été condamné au concile de Soissons ; des ouvrages d'Aelrede ; des sermons d'Odon , moine de Cantorbcry , volumes datant de plus de six cents ans. Tous les ouvrages de saint Bernard écrits vers son temps, ainsi que nous l'avons déjà dit, en trois grands volumes in-folio; le sixième livre de la vie et des miracles de saint Bernard qui est dédié à Samson , archevêque de Reims ,. dans les éditions et dans la plupart des manuscrits , est dédié ici à Henri , frère du roi de France , religieux de Clnirvaux , avec cette inscription : Epistola Herimanni Constantiensis episcopi ad Henricum fralrem Ludovici Retjis Clurivallcmem monachum libi specialitcr destinandum. C'est la lettre que les religieux de Clairvaux , qui accompagnaient saint Bernard en Allemagne , écrivirent à Henri, frère du roi, qui n'était encore que novice. Cette lettre est imprimée au 1" tome des anecdotes des deux bénédictins, Martène et Durant, auteurs du voyage littéraire.
Parmi les plus curieux volumes qui composaient la bibliothèque d'Anchin , il faut mettre le recueil manuscrit de plusieurs pièces qui regardent le concile de Bàle : on y trouvait plusieurs lettres adressées au concile , un certain nombre de traités contre les Bohémiens , parmi lesquels un de Jérôme de Prague , savant camaldule , dédié au prieur de la chartreuse de Bàle, nommé Albert; un volume entier de discours avec les noms et qualités de ceux qui les ont prononcés an concile.
Les deux bénédictins voyageurs * s'étonnent qu'une bibliothèque aussi complète que celle d'Anchin contînt si peu de manuscrits des conciles et si peu des historiens. «Il y a apparence, disent-ils, que les manuscrits de ces matières, ont été enlevés par les curieux qui s'en seront rendus maîtres par la facilité de quelques abbés. » Néanmoins on y trouvait encore quelques historiens : un très-beau Joseph : des antiquités judaïques; la vie de Charlemagne, écrite par E^inhard 7 ; la vie de saint Gossuin , abbé d'Anchin a ; la chronique de Sigebert avec sa continuation , par un religieux d'Anchin '. 11 se trouvait aussi parmi beaucoup d'autres manuscrits encore , une collection de statuts de l'ordre de Cîteaux, rédigés par ordre de matières en l'an 1356, et différentes autres collections qui sont dans le monaslicon de Cîteaux. Selon toute apparence ce manuscrit provenait de l'abbaye de Flines , car à la fin on lit une série d'inscriptions tumulaires de personnages inhumés dans l'église de Flines.
Ce fut Charles Coguin qui jeta les fondements des splendides cloîtres auxquels il ne lui a pas été permis de mettre la dernière main , ayant été surpris par la mort. Ces cloîtres étaient les plus beaux qui se pussent voir en Europe , soit pour leur étendue , leur largeur et l'élévation de leurs voûtes , soit pour la magnificence de
Voyage ÏUttr. de deux Bénédictins , t. 2 , p. 82. 1 Os manuscrit* sont actuellement à la bibliot. <tc Douai. V' le catal. des Ma. 1 Noua en ayons parlé amplement plus haut.
» C'est VAuetarium À qxtieineUnse , publié depuis par Mireus, mais tronqué. On retrouve lî" chronique de Siycbcrt, avec ta continuation dans toute son intégrité, dans le livre magnifique publié par M. Georges PerU: Mon\wnta hittorta Germ. L'original manuscrit de YAuttarium est i la bibliothèque de Douai.
leurs décorations. Ils étaient vitrés selon la coutume des Pays-Bas , et les vitres étaient {teintes du côté de l'église. L'artiste y avait représenté , avec des couleurs resplendissantes , le passage de la mer Rouge ; c'est pourquoi on nommait celte partie des plus cloîtres , cloître des Hébreux On y admirait surtout une figure de Pharaon que les habiles peintres estimaient tant, qu'ils pensaient qu'on n'aurait pu payer ce chef-d'œuvre quand on l'aurait couvert de pièces d'or. Il y avait dans la muraille , des enfoncements ou niches occupées par des scènes sculptées dans la pierre, avec un travail immense et un art prodigieux ; on y avait reproduit les scènes de la passion de Notrc-Seigncur , depuis la condamnation par Pilate jusqu'à la crucifixion ; des espaces avaient été ménagés sur la surface plane de la muraille pour y peindre l'apocalypse. F. I)e Bar a vu les toiles sur lesquelles le spécimen ou archétype de ces peintures avait été tracé. Cujus ctiam vidimtis spécimen seu archetypnm in telâ depietum ".
Nous avons mentionné plus haut l'hôtel que Charles Coguin fit bâtir dans le cimetière de l'église Notre-Dame , à Douai. Nous avons dit aussi que les effets de sa munificence s'étaient étendus au-delà de l'abbaye , et qu'ils s'étaient répandus au-dehors. C'est à lui en effet que les Trinitaires de Douai , que les Chartreux de Tournai et beaucoup d'autres établissements religieux étaient redevables d'édifices, d'ornements et de vitraux qui brillaient dans leurs églises ou aux fenêtres de leurs cloîtres. Avant les temps désastreux où ils ont été en grande partie brisés ou détruits par la fureur barbare des gxienXy j'ai encore vu à Péronne , dit F. de Bar , les fenêtres vitrées dont Charles Coguin avait fait orner tout le pourtour de l'église Saint-Sauveur de Péronne ; elles étaient d'une très-grande dimension et fort élevées. Sur la première était l'effigie de l'aïeul de Charles Coguin ; il était à côté de son épouse avec l'écusson de ses armoiries frété d'azur , cum insigniis cancellorum cœrtileorum. A la seconde fenêtre se voyait la tante de ce dom Charles Coguin d'Aragon ; c'était aussi la tante de F. de Bar. A la troisième fenêtre était Charles Coguin lui-même. A la quatrième , Guillaume d'Ostrel , oncle de la mère de F. de Bar et prédécesseur de dom Charles. A la cinquième , était le portrait de l'abbé du monastère de Sl-Acheul d'Amiens. A la sixième, celui de François d'Aragon, fils du seigneur Nicolas d'Aragon et de Françoise de Bar, tante du prieur F. de Bar. Ce François d'Aragon avait été d'abord chanoine de l'église cathédrale d'Arras, ensuite suffragant de Tournai. A la septième fenêtre était représenté le roi de France François Cette belle verrière ne fut pas la seule marque de munificence de Charles Coguin envers l'église St-Sauveur de Péronne : il avait fait faire à ses frais le toit qui couvrait le choeur de cette église , et il avait donné pour le maître-autel une table de pierre rare, sculptée, et représentant Dieu le Père tenant embrassé le Christ son Fils. Ces derniers travaux furent exécutés l'an 1 536 , peu après le siège de Péronne , et ils ont coûté plus de dix mille florins.
Ce n'est peut-être pas sans raison que quelques-uns ont reproché à cet abl>é un goùl trop prononcé pour la magnificence et le luxe. F. de Bar , qui rapporte ce qu'il a non-seulement entendu mais vu , quod et audivi et vidi , dit qu'en toutes circonstances dom Charles déployait un faste princier; c'est ainsi qu'il ne venait jamais à son hôtel de Douai sans être accompagné d'un train de treize ou quatorze chevaux , et que lorsqu'il recevait des hôtes de quelque distinction , pendant le temps du dîner
10 Plusieurs tombeaux y avaient été placés , et sur des pierres tumulalres on a retrouvé les noms du seigneur Rolin de la Motte, dont nous avons parlé plus haut, d'un Laniat, et d'une taintt Allegonde . et aussi celai d'usj rellfricut , le Trére Warenghin , qui avait clé prieur 4 Anchin , et maître des no»lrrs , put* prieur d'Aymerirs.
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