CHAPITRE XXIV
» de* Pays-Bas , est à côté de l'autel , est de marbre ; il est fait en forme de » pyramide qui s'élève presque jusqu'à la voûte \ » Par suite , lorsque le système architectural adopté pour la rénovation de la basilique de St-Pierre de Rome se propagea , lorsque le style dit de la Renaissance eut pénétré dans la Flandre et qu'il commença à remplacer les anciennes formes du style chrétien , les églises et monuments religieux des Pays-Bas éprouvèrent à leur tour les effets de cet engouement. Sans doute les bâtiments principaux et les corps d'édifices existant ne furent pas tout d'abord démolis , pour être reconstruits à l'imitation de la basilique de Rome ; mais ceux qui étaient à rebâtir on à restaurer, les chapelles, les autels et tout ce qu'il était possible de transformer, subirent peu à peu la loi de cette révolution dans l'art chrétien , révolution toutefois dont le pape Jules u avait été le plus ardent promoteur.
Ce ne fut cependant que deux siècles plus tard que le ma lire- autel de l'église d'Anchin fut réformé pour être disposé à la romaine. Le diptyque alors fut enlevé de sa place et déposé dans la trésorerie de l'abbaye avec les reliquaires , les objets rares et précieux que l'on faisait voir aux visiteurs.
Parmi les ouvrages d'art q»ie l'abbé Charles fit exécuter , il faut citer aussi les peintures à fresque dont était ornée la partie extérieure de cette enceinte de pierres ciselées dont il avait fait entourer le chœur; d'un côté étaient représentées les principales scènes du martyre de saint Quentin , patron de sa ville natale , et de l'autre les huit béatitudes.
La mère de Charles Coguin avait donné à l'église certaines reliques renfermées dans du cristal ; il lit garnir ce reliquaire transparent de riches ornements de vermeil.
Les goûts magnifiques de cet abbé se montraient en toutes choses. Il commanda un grand nombre d'ouvrages d'oriêvrcrie , entre lesquels on admirait deux aiguières d'argent ciselées avec leurs bassins , destinées au service du mattre-autel ; quatre plateaux aussi ciselés et de forme quarrée servaient pour la cérémonie du baiser de paix. De plus, il avait fait faire les statues en argent de la sainte Vierge Marie et de saint Roch. Outre plusieurs calices d'argent et d'or d'un travail précieux qu'il donna à l'église d'Anchin , il y en avait un en or et argent d'une grande dimension et d'un poids extraordinaire, et tel que l'on avait peine à le soulever (ut (eqrc elevaretur) ; Charles Coguin , qui était sujet à certain tremblement , s'en était réservé l'usage particulier pour la célébration de la messe aux jours de fêtes solennelles; ce calice étant fort lourd affermissait sa main tremblante et en réprimait les mouvements. Un autre calice fort grand , mais moins pesant , lui servait aux messes ordinaires. U y avait aussi à Anchin , et provenant de la munificence de ce prélat , deux paires d'encensoirs en vermeil , d'un poids considérable , pour les jours de cérémonies, et deux autres paires de plus légers pour l'usage quotidien. Par la suite, ainsi que nous le verrons, le seigneur d'Inchy , tyran de Cambrai, s'empara de ces orfèvreries sacrées et d'autres joyaux précieux , ainsi que des reliquaires d'or ut d'argent , et les lit fondre pour payer ses soldats. Parmi les objets dignes de remarque encore, et qui échappèrent à ce pillage sacrilège, il y avait trois bâtons d'argent , dont le plus grand , assigné au premier chantre , était distingué par des incrustations , des ornements et des fruits d'or ; les deux autres différaient en ce qu'ils
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étaient surmontés de deux lions supportant les insignes du monastère et celles de l'abbé. Les deux mitres précieuses, toutes chargées d'or, d'argent, de perles et de pierreries , que Charles Coguin avait fait faire de la fameuse mitre d'Hugues de Lohes , furent aussi enlevées, mais furent rapportées au monastère.
Nous ne ferons pas le détail de tous ces meubles et ustensiles dont il avait enrichi l'église d'Anchin : ces custodes de soie et de damas de diverses couleurs pour renfermer les corporaux ; ces missels magnifiques , ayant cliacun sur sa couverture le frontispice de l'autel auquel il était destiné ; ces rideaux et courtines de soie rouge avec des broderies d'or le plus tin ; ces nappes blanches pour la cène , toutes ouvrées en or , et ces pallium ou manteaux du maître-autel, enrichis de broderies et de passementeries d'or et d'argent , et ces splendides tapis qu'on étendait devant l'autel , devant la statue ou ainbon pour l'épitre et devant les stalles des moines.
11 avait donné, pour le service divin, des chapes, des pallium et des dalmatiques d'une extrême magnificence : six chapes en soie cramoisie, deux pallium en soie verte , six autres en soie rouge et deux en lin damassé ; deux chapes de soie noire couvertes de perles au frontispice et au capuchon , un pallium de toile damassée , deux chapes de soie écrue , sans parler des dalmatiques pontificales , des sandales , des anneaux et des autres ornements dont il était revêtu lorsqu'il officiait à la messe et aux vêpres dans les fôtes solennelles. Cette précieuse garde-robe était soigneusement conservée dans de grandes et larges armoires de la sacristie disposées pour cet usage.
C'est à sa munificence encore que l'on devait le vitrail magnifique de la chapelle de la Vierge Marie , et qui était illustré par l'histoire du très-saint Sacrement de l'Eucharistie. Charles Coguin a été enseveli dans cette même chapelle de la Vierge , sous le superbe mausolée d'albâtre qu'il s'y était fait préparer et qui était placé contre la muraille. Il fit construire aussi une chapelle à saint André, une autre à saint Jean et une troisième à saint Nicolas, avec les images et statues de ces saints.
Les flots de sa libéralité se répandaient en aumônes abondantes pour les pauvres , et de son temps vous n'auriez pas rencontré un seul couvent étant au besoin , soit de Trinitaires, soit de Chartreux, à Douai, à Valenciennes et aux environs de Tournai. Ses bienfaits s'étendaient partout indistinctement et sans acception d'ordres ou de territoires; aussi partout, dans les églises, dans les cloîtres, on voyait briller ses armoiries aux vitres des fenêtres ou sur les pierres des édifices.
Les grosses cloches de la basilique d'Anchin , objet d'admiration, provenaient de celte inépuisable libéralité ainsi que les carillons qui chantaient les louanges du Seigneur Dieu. C'est lui-même qui a dressé les plans de l'hôtel qu'il a fait bâtir auprès de l'église Notre-Dame de Douai.
La maison abbatiale du monastère et le vaste réfectoire construit sur le bord de l'eau ont été élevés par ses soins et sous sa direction. Il fil aussi restaurer somptueusement la maison civile d'Anchin , et il institua une compagnie d'arbalétriers . pour la défense de l'abbaye. De l'ancienne bibliothèque qu'il trouvait insuffisante, il fit un petit dortoir, et érigea une bibliothèque beaucoup plus grande dans la partie méridionale du cloître; elle fut complètement terminée vers 1535. En confirmation de ce fait, nous avons trouvé sur le dernier feuillet d'un manuscrit provenant d'Anchin ( n° 317 du calai.) cette note : «La librairie de céans fut achevée l'an mil Vc XXXV en novembre, ope et impensa Vomini Caroli Àbbatis. »
Cette bibliothèque contenait beaucoup de livres, et elle était surtout riche en