‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 146 sur 306 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

à un genre de surveillance et à un mode de punition en rapport avec leur âge , qui ad hue virga reguntur1. Le deuxième, destiné à contenir les plus grands, surtout ceux qui, après avoir fait leur cours de philosophie, voudraient entrer dans les ordres sacrés et se mettre un jour en état de conduire le troupeau de Jésus- , Christ. Le troisième était pour ceux qui , mal partagés des biens de la fortune , ou pour quelqu'autre motif, auraient mieux aimé faire eux-mêmes leur dépense et vivre en particulier.

A ces trois collèges , ou à ce collège à trois usages , le révérend en ajouta un quatrième , autrement dit un quartier pour loger les régents qui devaient s'appliquer à enseigner religieusement et fidèlement toute la jeunesse , dont ils ne pouvaient obtenir aucune rétribution, et à qui ils apprendraient, savoir : aux plus jeunes, au moins dans cinq classes, la grammaire, les belles-lettres et la langue grecque, depuis le rudiment jusqu'à la logique d'Arislote exclusivement ; et à ceux qui auraient été plus avancés et qui , après avoir fini leurs études , se disposaient à entrer dans les ordres, tout ce qui est nécessaire à l'instruction et à la conduite des âmes.

Le quartier destiné aux régents fut donné par l'abbé et ses religieux , avec une dot de mille florins par an, aux Pères de la Société de Jésus, par lettres du 17 janvier 1569-1570, à charge d'instruire gratuitement, tant les écoliers que ceux qui voudraient venir entendre leurs leçons. Ce qui fut ainsi accepté par le Père François Coster1, provincial de la Société en Flandre, le 23 du même mois de janvier î 509-1 570.

Dès l'année 1 564 , l'abbé Len tailleur avait conçu le projet de l'établissement de ce collège; et il avait songé à confier la direction des études aux Pères Jésuites qu'il affectionnait beaucoup. Il les croyait très-propres à l'éducation de la jeunesse, et il ne pensait pas qu'il pût mettre en meilleures mains les élèves appelés à fréquenter son collège. Il en avait conféré avec le Père Everard Mcrcurian, alors provincial de la Gaule-Belgique , depuis secrétaire de saint François de Borgia , et par la suite général de l'Ordre.

En l'an 1 566 , lorsque les plans et projets furent convenus , le révérend présenta une requête au Roi , tendant « à ce qu'il fût permis de lever les sommes » nécessaires , moyennant le concours et le consentement des religieux , pour acheter » les fonds et ériger les bâtiments d'un second collège en l'université de Douai , » requérant aussi grâce et faculté de pouvoir assigner sur son monastère telle dot » qui se trouvera être raisonnable pour les Pères Jésuites ou autres instituteur*. » Ce fut aussi à la requête du révérend «abbé que l'université , par un décret daté du mois de décembre 1 567 , permit que les Jésuites enseignassent dans ce collège ; mais sous trois conditions , que l'abbé s'engagea de faire observer : 1° qu'ils ne donneraient aucune leçon publique et ordinaire , c'est-à-dire aucune leçon de philosophie; 2° qu'ils ne seraient point des conseils de l'université ni d'aucune faculté; 3* que s'il arrivait qu'on enseignât dans ce collège sans didaclres , c'est-à-dire gratuitement et sans rétributions et honoraires, ce ne pourrait être que daos les basses classes, à l'exclusion de la philosophie, laquelle n'y serait enseignée qu'à la condition de s'assujélir à la loi commune des autres collèges.

Tout étant ainsi disposé, et l'abbé Lentailleur ayant obtenu l'agrément et les

» Vuir phi* Lo.* .'ncletle fondation, $. 1". » Krrhain Ibéulogique renommé. V' Koppens , Bïb/i'o». Brlg. i. 58'J.

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permissions nécessaires, tant du Roi, le 28 janvier, que du duc d'Albe, gouverneur des Pays-Bas, le 13 février de la même année 1567-1568, le collège d'Anchin fut érigé. Mais la faculté des arts commença pr signifier aux Jésuites qu'elle les excluait de son conseil; et, le 20 juillet suivant, deux députés de cette faculté s'adressèrent à l'abbé pour soumettre ces Pères aux décisions académiques, en ce qui concernait l'office d'enseigner, de manière que, par son autorité, ils ne pussent rien entreprendre dans son collège contre les statuts de la faculté. L'abbé de son côté députa vers la faculté , le 24 du même mois , pour obtenir la permission d'y faire enseigner la dialectique par deux professeurs séculiers ; ce que la faculté accorda sur-le-champ. De son côté le magistrat de Douai accorda, le 20 août suivant , à l'abbé tous les privilèges et immunités dont jouissait le collège du Roi.

L'abbé Lentailleur réunit les frères dans la salle des conférences, pour les entretenir des affaires relatives au collège, pour fixer la somme de la dotation et |M>ur examiner les projets de lettres que le prieur avait rédigées. Le 18 d'octobre 1 568 , le Révérend se rendit à Douai avec quelques-uns de ses religieux , afin d'aplanir quelques difficultés ; il s'agissait de fixer avec l'Université le choix des livres de classes dont les Jésuites feraient usage pour l'enseignement , de déterminer quelle méthode les Pères emploieraient. Seraient-ils ou ne seraient-ils pas soumis à la juridiction de l'université ? jusqu'à quel point le seraient-ils ? leurs régents donneraient-ils leurs noms au recteur magnifique , lui prêteraient-ils serment , et se feraient-ils inscrire sur ses registres 7 L'Université insistait surtout sur ce dernier point ; elle tenait à ce que les Pères donnassent leurs noms avant qu'ils commençassent à faire leurs leçons et avant qu'ils entreprissent l'organisation du collège. L'archevêque de Cambrai et l'évêque d'Arras, avec le révérend fondateur, s'engagèrent à résoudre cette difficulté par le général des Pères de la Compagnie et par Pe roi d'Espagne. C'est qu'en effet , d'après les règles de leur institut , les Pères Jésuites ne pouvaient pas donner leurs noms lorsqu'ils étaient visités, et ne pouvaient s'engager à aucun acte de soumission eu dehors de leur Ordre.

On se proposa donc d'arranger tout cela de concert, et, en attendant le règlement général qui ne devait pas tarder à être présenté , on fit la cérémonie d'inauguration le 20 d'octobre 1568. La messe fut célébrée dans la basilique de Saint- Jacques , en présence de l'archevêque de Cambrai , Maximilien de Berghes , et de l'évêque d'Arras , Richardot. Dom Warnier de Daure , prieur d'Anchin , et doui Adrien Gresillou, prieur de Sl-Sulpice , chantèrent l'évangile. Dans le collège , les Pères Jésuites prononcèrent des pièces d'éloquence en prose et en vers. Deux religieux d'Anchin , à leur tour , montèrent sur l'estrade qui avait été préparée pour la cérémonie , cl déclamèrent des discours , et on commença l'exercice des classes , dont l'ouverture se fit le 24 d'octobre.

Bientôt après , le 28 octobre , les difficultés qui avaient arrêté jusqu'alors les parties, furent l'objet d'une assemblée générale de l'Université, à laquelle se trouvèrent le recteur , l'ex-recteur , le régent du- Collège du Roi , l'abbé foudateur du collège d'Anchin , le provincial des Jésuites , accompagné de quelques autres Pères de la Compagnie; et il y fut réglé, conformément à un décret de la Faculté des arts du 11 septembre précédent, « que les Pères donneraient leurs » noms et prêteraient le serment accoutumé. » L'Université déclara en même temps « qu'elle agissait de bonne foi avec eux, qu'ils ne devaient pas craindre

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