‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 155 sur 306 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

avantages et des progrès de l'académie, qu'il a été vigilant gardien et défenseur habile de ses pi viléges.

Il avait une si grande autorité dans le conseil d'Artois , ainsi que nous l'avons déjà dit , où il occupait la première place parmi les abbés qui siégeaient après les évêques, que l'on commençait toujours par demander son avis; et Après que les opinions de chacun avaient été débattues , c'était la sienne qui prévalait constamment. S'il se présentait quelque cas grave et obscur, et s'il s'agissait de suggérer au duc d'Albe quelqu'avis ou conseil que les autres redoutaient de faire parvenir aux oreilles du prince, fort de sa piété et de son amour pour la vérité, il ne balançait pas à écrire au duc et à lui conseiller hardiment ce qu'il y avait à faire.

Nous ne rapporterons pas tous les actes qui témoignent de la puissante influence qu'il a exercée de son temps , non-seulement à Douai , mais à la Cour et dans un grand nombre de monastères. Les hommes les plus graves de cette époque n'ignoraient pas que c'était par ses conseils et par l'entremise de ses recommandations que beaucoup d'abbés avaient été nommés en Belgique ; que par ce motif il conservait sur eux une sorte d'autorité et un certain droit de les diriger dans leurs devoirs et selon les intérêts de la religion 10 .

Pendant tout le temps de sa vie religieuse, c'est-à-dire depuis l'époque de sou noviciat jusqu'au jour de sa mort , jamais personne n'a pu découvrir dans ses actions aucun signe qui dénotât l'intempérance, l'incontinence, la légèreté. Il était d'une extrême modestie et ses vertus répandaient sur lui la parure d'une gravité imposante. Les lettres sacrées avaient toujours été le principal objet de ses études, à tel point qu'il y consacrait les nuits, même par les froids les plus rigoureux, et qu'il y contracta le mal de la goutte aux pieds, douloureuse infirmité , dont il a ressenti les premières atteintes dès la seconde année de sa prélature, et qui le faisait souffrir périodiquement tous les trois mois. Néanmoins, il ne voulait pas qu'on fit de feu pour lui dans sa chapelle , et il ne se dispensa jamais de célébrer la grand 'messe aux fêtes solennelles , à moins que la violence du mal ne l'en empêchât absolument. Alors , pour le changer de lit , on était obligé de le porter ; et dans les plus vifs accès de douleur , on ne lui entendait jamais proférer que ces mots : 0 mon Dieu ! Jamais il ne sortait de sa bouche une expression de murmure , de plainte ou d'impatience, si ce n'est : Dieu soit béni, ou quelqu'exclamation pieuse qui revenait à dire que les douleurs ou les chagrins passagers de ce monde n'étaient rien en comparaison des tourments de l'enfer, et que c'était un bonheur que d'avoir à souffrir tous les maux sur la terre s'ils devaient nous racheter un seul jour des flammes du purgatoire.

Enfin, dans les premiers jours de l'année 1574, après avoir lutté pendant l'espace de plus d'un mois contre les plus cruelles douleurs, gisant sur son lit, épuisé par les souffrances de ses membres , le corps exténué par un flux continuel , et dévoré par une fièvre ardente , cet excellent prélat ne douta plus que sa fin était venue. Il voulut savoir l'opinion de son médecin, Nicolas Marcatelle, homme très-expert, . afin de pourvoir avec maturité aux soins de son salut. D'après les paroles de ce médecin, il comprit qu'il n'y avait plus d'espoir : « Je rends grâce au Seigneur, » dit-il, et à la sincérité de votre réponse, » et entonnant les louanges de la bienheureuse Vierge Marie de la voix la plus élevée qu'il put, il chanta l'hymne: Ave, Maris Stella, l)ei Mater aima, etc., et puis il fit venir auprès de lui le

'•En l.S»7, Untailleur »e trouva, en qualité de commlMilre , à lVIrctlon de Jean Du Qiifsnc , al-W de St-Martin d? Tournai. { Le Glay : Camtrac. Chrnf }.

grand-prieur doin Warnier de Daure , le sons-prieur dom Jean Le Thomas , dom François de Bar le 3* prieur, dom Jean Faveau le 4e prieur, et dom Nicolas Flameng son chapelain , ainsi que Jacques Vermeille son économe. 11 leur adressa de touchantes exhortations , les engageant à rester unis , et à se concerter pour l'élection du nouvel abbé , à ne pas mettre leur choix sur d'autres que ceux qu'il avait déjà désignés à la cour et que le roi , dans des lettres qu'il en avait reçues , avait approuvés, afin que la prélaturc d'Anchin ne tombât point dans des mains étrangères. Il leur recommanda ensuite quelques novices , particulièrement Erasme Grumeau , Jacques Delattre et Jean Meero, jeunes gens de bonne espérance, qu'ils devaient s'attacher dans l'intérêt et pour la gloire de la maison. Il leur retraça les avantages et l'excellence de la vie spirituelle, en leur souhaitant que Dieu ne leur retirât pas sa grâce. Il leur prescrivit de distribuer aux pauvres des aumônes, comme de son vivant il en avait toujours abondamment répandu pour la rémission de ses péchés et de ceux de ses frères. Le prieur répondit , au nom du couvent , que toutes ces recommandations resteraient présentes à leur esprit , et il demanda pardon , au nom de tous les frères , pour les offenses involontaires et les fautes qu'ils avaient pu commettre envers lui.

Enfin , le 1 5 de janvier , le prélat assembla autour de son lit toute la communauté , et donna ses dernières instructions, touchant les choses de la vie monastique, et exhortant tous les frères à se tenir unis par les liens d'une mutuelle et sincère dilection : C'est , disait-il , le seul moyen d'assurer la prospérité du couvent. Son vœu le plus ardent était qu'on élût un bon prélat , choisi dans la maison ; c'était ce qu'il espérait, si l'ambition toutefois et l'intrigue ne venaient pas y mettre obstacle.

Après avoir reçu le sacrement de l'Extrême - Onction , il rendit grâces à tous ses frères de l'assistance qu'ils lui avaient donnée dans cette cérémonie; et ses dernières recommandations furent pour l'accroissement et la prospérité du collège qu'il avait fondé. Et après avoir exprimé ses dernières volontés et avoir assigné à chacun de ses domestiques une rente de deux livres de gros , il donna sa bénédiction à tous. Puis prenant un peu de vin pour avaler plus facilement les espèces du sacrement de l'Eucharistie , et souhaitant à tous ses frères prospérité , il fit circuler le calice où il but le premier en signe d'amitié et de paix. — Sa vie se prolongea encore dans une lutte douloureuse, conservant toute l'intégrité de ses sens, jusqu'au onzième jour de février 1574, vers trois heures du matin, qu'arrivé à la suprême agonie, sa vue et son ouïe s'éteignirent, et la nuit suivante , à onze heures , il rendit son âme au Seigneur Dieu , au milieu de ses frères et des Pères de la Société de Jésus , Fr. Coster , recteur du collège d'Anchin, Maximilien , docteur des plus distingués, et d'autres Pères du même ordre qui, avec les religieux d'Anchin agenouillés, récitaient les prières des morts.

Le révérend abbé de Marchiennes, D. Arnould Gantois, suivit le convoi avec tout le couvent; et les cérémonies des funérailles étant terminées, il chanta les vigiles et la messe solennelle. Enfin le corps fut enseveli sous une pierre noire, au-devant d'une épitaphe qui avait été élevée.

Son oraison funèbre fut prononcée aux Dominicains de Douai par le docteur Thomas Stapleton H.

» Le GJay : Camerac. Chrùiian. p. 233.. noie.

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