‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 154 sur 306 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

son œuvre de réforme, malgré tint de causes de découragement, et à travers les difficultés que lui suscitaient les débats de la politique, les passions mauvaises et l'esprit d'indiscipline que le souffle de l'hérésie allumait de toutes parts.

Lors des premiers temps de la fondation du collège d'Anchin, fondation qui avait été l'objet de sa plus chère sollicitude, et qui est son plus beau titre à la reconnaissance de la postérité, le révérend, souffrant et malade , était retenu à Anchin, et même c'est de son lit de douleurs qu'il donna les ordres pour les dispositions à prendre , et qu'il prescrivit les cérémonies religieuses , les réjouissances et les festins qui se firent à Douai , où il envoya les principaux de ses moines pour célébrer l'inaugura lion. Ce n'est guère qu'en 1574 que le collège de Marchienncs fut institué , et les premières leçons y ont été données vers les kalendes de septembre de celte même année , alors que l'abbé Lentailleur faisait déjà construire le quartier pour les Jésuites. Le prélat de Marchiennes, qui aurait voulu réunir les deux collèges, avait proposé à l'abbé Lentailleur de rendre les dépenses communes; mais, ainsi qu'il arrive d'ordinaire, l'un avait un avis, l'autre avait un autre avis, aussi le bon abbé d'Anchin dit un jour à monsieur de Marchiennes dom Arnould Gantois : « Je vous en prie , mon bien-aimé frère , qu'il n'y ait point de querelles entre vous » et moi , ni entre vos ouvriers et les miens, car nous sommes frères. Voilà l'Uni- » versité de Douai , qui est très-grande ; demeure?, si cela vous convient dans la » partie du couchant, moi je garderai la partie de l'orient. » Cependant l'abbé de Marchiennes, qui était jeune et vigoureux, venait chaque jour à Douai afin de presser et de surveiller les travaux de son collège; ce que le prélat d'Anchin, retenu par des douleurs continuelles, était obligé de faire faire par d'autres. (Ce fut le religieux Jean Faveau , par la suite abbé d'Anchin, qui dirigea les travaux de construction). Néanmoins il parvint à établir , et à grands frais, et sur des bases durables, ce beau collège, en même temps qu'il fondait à Pecquencourt une maison d'école , où les enfants du pays et des environs recevaient les instructions sur les principes de la religion et les élémens de la grammaire.

Jean Lentailleur, en 1565, décida les Pères Jésuites Rverard Mcrcurian et Bauduin, à aller, sur la demande de Gérard d'Hamericourt , 09* abbé de St-Bertin et premier évèquc de St-Omer, établir un collège dans cette ville. A ce propos, voici ce qu'on lit dans un manuscrit fort curieux , qui est un diarium écrit par les Jésuites eux-mêmes , de ce qui s'est passé dans leur maison à St-Omer, depui» 1565 jusqu'en 1760'.

Anoo 1568, cum reverendissimus D. episcopus Audomareosis , idemque abbas Sti Bettini (Gérard d'Hamericourt ) inlellcxissel aspersos bareti quosdara homines tectis rationibus molitos esse ut monaslcrium Sli Bertini ac seminarium pauperum studiosorum ejusdem monaslerii pestiienti doctrinâ inquinarenl , cogitabat quo facto tam magnum malum in ipsà radice posset eilinguere ; consilio igitur quorumdam offlcialium suorum proborum hominum utque prudenlium dedil ad abbatem Aquicinctensem D. Jonnnem Lentailleur lilleras quibus rogabal euro ut ageret apud reverendissimum P. Everardura Mercurianum, tune Societatis in Belgio provincialem, • de auttlio Societatis.(Jesu) sibi impetrando, eo siquidem tempore P. Everardus dabat eiercitia «ub Domino abbatc Aquicinclensi , et Pater Balduinus ejusdem monaslerii religiosis libenler id officii prestitit R. D. abbas Aquicinctensis.

• O manuscrit original a fait |>artU'. de la bibliothèque de M. Edouard de Lh Plnnc, membre de l'Inslitut de France (Inscriptiou* et beUeg-IclIres]; il est actuellement en la p«'?^yslon de M. Henri «le La Plane, qui se propose de publier in txtrnso ce précieux document hfotorique, aussitôt qu'aura paru VBistoire &•>. t'abbaye de St-Bertin , donl ce «avant «'occupe en ce moment.

Au milieu de ses travaux considérables, l'abbé Lentailleur ne négligea rien de ce qui pouvait contribuer à la parure de l'église d'Anchin. Il fournit de ses deniers une chape, une chasuble, avec deux tuniques dalmatiques et des manipules en drap d'argent , en outre deux chasubles en soie brochée, de couleur d'azur. 11 fit faire en outre six frontispices pour les autels des chapelles, et deux autres frontispices, magnifiquement brodés au plumetis, pour le maître-autel et pour la chapelle delà sainte Croix. Par ses ordres, on restaura les peintures des tableaux dégradées, on couvrit les nudités qui blessaient la pudeur; il fit repeindre les portraits des abbés qui étaient dans la chapelle de la Magdeleine ; de plus , on renouvela , tant pour le corporal du maître-autel que pour ceux des autres autels , les enveloppes de soie bleue , blanche et noire.

A l'insu du révérend , et en son absence , car les décrets du synode de Cambrai défendaient d'élever dans le monastère des édifices de luxe qui n'étaient pas consacrés au culte, l'économe dom Gaspard de Bovincourt avait fait construire pour l'abbé une chambre à coucher plus commode, où le prélat pût se promener, et qui communiquait par une galerie avec l'église. En effet, il était pénible et dangereux pour l'abbé , dans l'état d'infirmité et de maladie où il était , de faire ce trajet pour se rendre à l'église par les neiges et les mauvais temps. Mais il arriva qu'un coup de vent violent abattit cette construction ; ce qu'apprenant l'abbé , il dit : « Que le nom du Seigneur soit béni. » Et il ordonna que les pierres du pérystile , toutes taillées et prêtes à être posées , fussent apportées à Douai , pour qu'on les employât à la construction du nouveau prieuré de St-Sulpice.

Si nous avions à parler des sciences que possédait l'abbé Lentailleur, nous pourrions dire d'abord qu'il n'y en avait pas une qui lui fût étrangère ; ni la philosophie , ni la médecine , ni les langues hébraïque , grecque et latine \ Il avait étudié à fond toutes les questions de théologie, et connaissait les décisions des docteurs. Aussi, à table, et dans les conversations avec les hommes instruits, en toute modestie et discrétion , il pressentait l'opinion de ses interlocuteurs sur chaque sujet que ce fût, et cachait ce qu'il en savait, et il suscitait adroitement des questions, de manière à faire briller l'esprit de ceux avec qui il conversait; jamais il ne s'obstinait à l'encontre des opinions ou du sentiment des autres savants , et il aimait mieux paraître ignorant et recevoir la leçon que faire montre et triomphe de sa science.

Il adressait fréquemment à ses frères de pieuses et éloquentes allocutions , pour les engager à la pénitence et les enflammer de l'amour de la vertu.

Il s'était livré, pendant sa première jeunesse, à des études les plus variées , et il avait acquis des connaissances qui lui vinrent à profit dans la suite de la vie. Et pour la pratique de l'administration, par exemple, il savait merveilleusement calculer le nombre d'arbres contenus dans l'espace donné d'une forêt, et dire combien il y avait de taillis; il jugeait d'un coup d'oeil combien un arbre pouvait fournir de pieds de bois scié, pour le travail des ouvriers. 11 n'est pas jusqu'aux infirmités auxquelles il avait été sujet , dont il n'eût tiré parti pour étudier les secrets de la • médecine et se mettre à même d'en raisonner savammeut.

Si quelque démêlé s'élevait au sein de l'Université de Douai , ou bien entre la faculté des arts et les Pères de la Société de Jésus , il savait par sa prudence mettre fin aux débats, et à la satisfaction de tous. Et il a été aussi ardent promoteur des

• LeGUy: Cqjmtoc. Christian, p. 333.

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