CHAPITRE XXIX
sommaire — L'archiduc Mathias, informé du départ de l'abbé Waruier, enrôle au monastère SI. de Coupigny, capitaine de tes gardes. — Lettres de sauvegarde et protection , de l'archiduc, pour l'abbaye. — M. de Câpres, s* de Bournouville , protège l'abbaye. — Acte de l'abbé Warnier qui donne pouvoir et autorité, en son absence, aui prieurs et officier» de l'abbaye. — Lettre du prieur Fr. de Bar , à l'évéque d'Arra9. — M. de Meermont et M. Désirées écrivent à l'abbé pour l'engager à revenir a son poste. — Dénonciation» et vexations de la part des huguenots et des agents du prince d'Orange. — Cérémonies de l'ordination et de la bénédiction faites par Mgr d'Arras. — Lettres de non-préjudice de l'évéque, pour garantir les droits épiscopaux des abbés d'Anchin. — L'évéque, fc'en retournant a Arras, apprend qu'il y a ordre de l'arrêter; il change de route, et se retire à Amiens. — L'absence de l'abbé se prolongeant, l'archiduc donne commission a M. de Coupigny d'administrer les Affaires de l'abbaye. — Le prieur demande a M. de Coupigny que le» religieux commissaire» au comptoir soient conservés dans leur» fonctions. — Exactions des huguenot» et du seigneur d'Incby. — Troubles dans l'abbaye. — Les religieux, au lieu d'un intendant laïc, veulent avoir un adrniniatrateur religieux élu par eux et parmi eux. — Supplique adressée a l'archiduc ( mars l&*8\ — Le prieur informe l'abbé de ce qui se pusse.
— Projets de frère» ambitieux. — Lettre» de Franco!» d'Hours de Bonntèrcs et de Joachim Zoelte qui visent à la prélature. — Les religieux souscrivent une demande pour avoir un administrateur ou surintendant religieux.
— L'abbé, à la pUère de ses amis, envoie à l'archiduc et aux Etat» de Belgique un mémoire pour sa justification (mai 1S78}. — L'archiduc ordonne de mettre à exécution le» disposition» réclamées par la requête de» religieux. — Le docteur Dupont, gagné au parU d'Orange, favorise les desseins de Joachim Zoette. — M. de Mettras, gouverneur, et M. de Malboutry, bailli de Douai, s'emploient pour Zoette. — Sur le conseil du docteur Dupont , les religieux envoient une nouvelle requête , pour obtenir un administrateur ou un abbé. — Le» religieux, même ceux qui avalent protesté de leur fidélité à l'abbé légitime, souscrivent à cette demande. — Manœuvres de» conspirateur». - Un messager d'Anvers apporte un billet annonçant i Zoette qu'il vient d'être nommé abbé d'Anchin (16 juillet I&78. ) — Le prieur écrit à l'abbé pour l'informer du danger. — 11 part pour aller chercher l'abbé a Reims, et le ramener à Ancbin. — 11 revient sans avoir pu décider le prélat.
Mathias , archiduc d'Autriche , qui avait été institué par les Etats , gouverneur de la Belgique, l'était bien plutôt de nom que de fait; en réalité c'était le prince d'Orange qui gouvernait. ISéanmoins, aussitôt que l'archiduc fut informé de la disparition de l'abbé Warnier, il envoya à Anchin M. de Coupigny, capitaine de ses gardes, avec la mission de s'informer en détails de la cause et des circonstances de ce départ , et de tout ce qui était arrivé au monastère , et pour engager les religieux à lui adresser une demande de sauvegarde et protection en l'absence du révérend. H prescrivait en outre de prendre toutes les mesures afin de faire revenir l'abbé , ainsi qu'il appert par cette lettre :
Mathias, par la grâce de Dieu, archiduc d'Autriche, duc de Bourgogne, etc., gouverneur et capitaine géuéral , etc.
Vénérables trèâ-çhers et bien-aymés , nous envoyons vers vous notre Irès-chcr et bien-ayroé le seigneur de Coupigny, capitaine de nos hallebardicrs , pour s'informer, et de vous et aultre» entendre l'occasion du parlement du preslat de votre cloistre , et le faire par toutes voies convenables retourner en sa résidence, affin qu'a l'occasion de son absence, ne tombez en quel-
qu'inconvénient par foules de soldats estant assez insolents qui pold raient prendre pied sur son absence , s'interprétant sinistrcment ou aultrement , ce qui nous desplairoit et aymerions mieux eslre esvitez, et que fussiez gouvernés par vostre preslat comme du passé, pourquoy tiendrez la main à son bref retour, et du reste vous vous conduyrez enssuyvant ce que plus amplement entendrez de notre part par ledict sieur de Coupigny auquel assisterez et donnerez foy , crédence, faveur et adresse, comme à notre propre personne, et comme vous contions, à tant vénérables très-chers et bien-aymés notre Sgr Dieu soit garde de vous. D'Anvers, ce xxV ès febvrier 1S78. F. D. V.
Le prieur, au nom des religieux, et par le conseil de M. de Mecrmont , frère de l'abbé, et de M. Désirées, frère de M. de Coupigny, répondit à l'archiduc .Mathias pour le remercier de ses bonnes dispositions à l'égard du couvent, remettre le monastère à sa garde, et lui demander des lettres du protection et sauvegarde.
M. de Câpres, seigneur considérable, se montra aussi fort zélé pour les intérêts du monastère. Il avait des obligations personnelles envers l'abbé d'Anchin , qui lui avait donné asile chtns.J^ maison que l'abbaye avait à Cambrai , et l'avait ainsi soustrait à la vengeance de s<gj ennemis , après un duel dans lequel M. de Câpres avait tué son adversaire. Reconnaissant de ce service , il prit en l'absence de l'abbé le monastère sous sa protection, et envoya, par un homme de confiance, aux religieux le titre ou la garantie écrite , par laquelle il s'engageait envers l'abbaye. Voici ce titre :
Oudart de Bournonville , vicomte de Barlin , baron dudit lieu et de Houllefort , chevalier seigneur de Cappres, d'Auchicourt , de Monmaisniel , Hénin-Liétard , Wasquehal, Fournes, Bondues, etc., capitaine des villes et cités d'Arras, colonnel d'infanterie waulonne pour sa majesté et les estais généraux , et commis au gouvernement général d'Arlhois en l'absence de Mgr le vicomte de Gaud.
CerliGons à tous ceux qu'il appartiendra qu'à vous commis et commectons par cesle Archiles de lloncby et Jehan nos domestiques pour garder l'abbaye d'Anchin de toutes foules et oppressions laquelle abbaye avons prins et prenons en notre sauvegarde et protection , pourquoy requérons à tous capitaines , lieutenans , officiers et soldats ou aultres de quelque qualité et condition qu'ils soient ne faire ni souffrir estre faict aucune mengerie ou foulle en ladite abbaye d'Anchin.
Fait en Arras soubs notre nom et cachet ce xxiv* jour de fobvrieran î,*{*8.
BOl lt>OMVILI.K.
Alors aussi le prieur écrivit à l'abbé Warnier, pour lui exposer l'état des affaires du couvent , et expliquer les motifs pour lesquels l'archiduc Mathins avait délégué M. de Coupigny au monastère.
Quelques jours auparavant , l'abbé avait écrit au prieur ; il lui mandait son itinéraire, et lui expliquait les misons de son voyage; en même temps il le changeait de l'administration du temporel et du spirituel.
Prieur, partant d'Anchin, suis arrivé le m^me jour sur les trois heures à Cambray n'ayant tardé une demie heure au susdit lieu en raison que Pierre Bernard notre récepteur n'estoit à la maison ains en certain village pour recepvoir rentes , et prismes notre chemin à la censé du Tronquoy. Le lendemain prismes dévotion daller visiter le. chef de saint Quentin en la susdicte ville, comme scmblablement en partie pour savoir le pris des vins lesquels sont chers comme en notre quartier. Au demeurant, pendant notre absence nous ferez plaisir de conduire le tout en In forme et manière qu'avons faict lors qu'estions chez vous. Le rci:epvcnr-s<Wral domp Noël Flameng recepvra et payera le tout par ordonnance de Messieurs du comptoir en rendant compte généraux pardevant les susdict laissant les ouvrages de la maison à votre discrétion et à ceux du susdit comptoire, comme toutes aultres affaire concernantes tout le f;iit d»s