PROLOGUE
Cum hoc. Untum \a prssenliarum oeceaae ait dieere «xtitiss<>
quosdain qui sine spiritu et gtttià IVeî , conati sunt magis ordinare narrationem quant hivtoria: texere veritatem.
a- «4 d« cotai, d*,,U$t. dt ta ttWio/ dt Dowu.
Trop souvent l'écrivain a plus à cœur d'arranger sa narration, que de tisser lu vérité de l'histoire; il se donne mission de tout expliquer; sa grande besogne est d'ajuster à des causes des effets, à des principes des conséquences; il plaide, il prouve, il juge, il condamne, et son livre, composé selon un système et des formules d'éeole, est un plaidoyer, une thèse, où les actes et les discours sont accommodés en vue des intérêts de telle ou telle secte, de telle ou telle doctrine.
Nous préférons à l'histoire ainsi façonnée, la simple énonciation des faits, sans autre visée, sans autre sollicitude que de les présenter complets et vrais, en leur place , avec leurs qualités et leur valeur , sans les isoler de leur entourage naturel , ni des conditions au milieu desquelles ils se sont produits, tels enfin qu'on les trouve dans les documents originaux 1 ; simplement et fidèlement exposés, ils parleront mieux et plus efficacement que ne le feraient les phrases les plus véhémentes et toute la rhétorique du philosophisme ; il y a de l'un à l'autre de ces faits un Jil logique que l'esprit trouve sans peine et suit avec plaisir : laissez à votre lecteur la liberté de ses impressions et de ses jugements \
Voyez nos vieux chroniqueurs, ils racontent tout et n'expliquent rien; de là leur faire large et naïf, leur manière grande, indépendante, originale : Us sont crédules, superstitieux , ignorants, dites- vous? mais du moins n'ont -ils pas la manie du faux savoir, ils n'ont pas la crainte d'être dupes de leurs sentiments, et
« . || est bien reconnu maintenant que c'est surtout pour n'avoir paa été écrites d'après les documents originaux , . que la plupart des Hitioircs dt France, publiées Jutqu'à ce jour, sont tombées dans le plus grand diicrédit, etc. - — Le Glay, Chronique de Balderic . in-8-, Paris. 1834 , Préface, p. vij.
t . Laisser au lecteur, comme à soi-même, son libre arbitre pour blâmer ou approuver.» - De Basante , Hist. des ducs de Bourgogne. Préface, p. 4
vin PROLOGUE.
ils ne portent pas dans les récits cet esprit de défiance et cette dissolvante analyse dont l'orgueilleux philosophe marché toujours armé.
Ainsi que le bon Montaigne, nous aimons les historiens « ou fort simples ou
» excellents Ceux d'entre deux (qui est la plus commune façon), nous gâtent
» tout; ils veulent nous mâcher les morceaux. Ils se donnent loi de juger et par » conséquent d'incliner l'histoire à leur fantaisie; car lorsque le jugement pend » d'un côté , on ne se peut garder de contourner et tordre la narration à ce » biais ; ils entreprennent de choisir les choses dignes d'être sues , et nous cachent » souvent telle parole, telle action privée qui nous instruiroit mieux, obmectent » pour choses incroyables, celles qu'ils n'entendent pas.» (essais, liv. h. ch. 10.)
L'histoire n'est pas poème, drame, roman . thèse, ni plaidoyer; elle peut fournir matière ou sujet aux œuvres de l'imagination passionnée, aux intérêts de l'esprit de parti, mais elle n'en est pas solidaire.
L'histoire est avant tout une science de faits, comme l'astronomie , comme la physique , comme ce qu'on appelle l'histoire naturelle ; les faits n'ont pas d'école, n'ont pas de systèmes. Remarquez que dans les sciences, les résultats les plus prodigieux et qui semblent des miracles de divination, ne sont que renonciation de phénomènes qui se passent à la vue de tous et appartiennent à quiconque sait les apercevoir : ainsi , un simple et vulgaire accident , la chute d'un fruit détaché de la branche révèle à Newton le mécanisme de l'univers; ainsi, Cuvicr trouve écrites , sur des débris fossiles , les archives de la création ; ainsi , de toutes les découvertes qm ont fait la gloire de l'esprit humain. Et ce qu'a dit un homme supérieur par rapport à l'étude des sciences physiques1, se dirait tout aussi pertinemment des travaux de l'histoire; car les grands génies, les gens médiocres et jusqu'aux plus humbles esprits, chacun peut y trouver emploi et apporter son contingent utile.
Nous avons suivi la marche et l'allure de la chronique, nous gardant avec précautions de ces conjectures et spéculations prétendument historiques , de ces considérations soi-disant philosophiques, dont la mode, Dieu merci, passe de plus en plus. Nous avons conservé aux personnages le vêtement, aux choses l'enveloppe où nous les avons trouvés. Nous pensons que c'est à ces conditions qu'une histoire chronique est bonne, utile et agréable, jwur ceux du moins en
1 - Il ne faut pas beaucoup d'esprit pour a*olr tu le Panthéon , le Collïée , les pyramide ; U n'en faut pas
• davantage pour voir un eiron dans un microscope , ou une étrile par le moyen des grandes lunettes : et c'est en » cela que la physique esl st admirable; grande génies , esprits étroits, tout y joue son personnage : celui qui ne
• faura pas faire un système comme Newton fera une observation avec laquelle il mettra n la torture ce grand » philosophe. .. » — MoîrrtsQCiEti , Observât, sur l'hut. naturelle , In- 8 • t. vui, p. I8«.