‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 3 sur 306 · PROLOGUE. ,n · texte numérisé non relu

PROLOGUE. ,n

vue de qui nous avons fait ce travail; c'est-à-dire, pour ceux qui se plaisent à regarder les événements, les hommes et les actes, tels qu'ils ont été en réalité, dans les conditions qui leur ont appartenu et à leur plan et distance. Après tout, nous préférons la teinte incertaine et le galbe fruste qu'ont les objets qui se dessinent dans la vapeur du lointain des âges, à ces bariolures qui jurent dans leur crudité et aux mensonges de ces formes retaillées à neuf.

Quand on voit combien mal et diversement sont jugés les faits d'hier, on a toute raison d'être circonspect dans ses appréciations sur les actes que les siècles ont mis hors de notre portée. On semble avoir renoncé, il est vrai , à ces déclamations creuses , à ces grands coups d'épée donnés dans le vide ; et nos Don Juan du siècle commencent à s'apercevoir, sinon de l'odieux, du moins du ridicide qu'il y a à provoquer des morts et à insulter des mausolées. On a été partial et injuste, surtout à l'égard des choses qui tiennent à la Foi et à la Religion catholique; et cependant, que si , de fortune , il vous tombait entre les mains quelque papirus antique , relatant les détails de la vie intérieure , la chronique des débats et des intérêts d'un temple payen , ou les aventures survenues dans quelque Parthenon , vous accepteriez avec joie et même avec respect ce monument précieux, et vous le transmettriez à la science sans l'altérer , sans le critiquer. Pourquoi donc n'en ferait-on pas au moins autant pour ce qui appartient au monde chrétien? Pourquoi n'aurions- nous pas pour les objets de nos croyances et de notre culte, pour les éléments de notre vie sociale et de notre vraie histoire , les mêmes égards que nous aurions pour les choses du paganisme?

L'histoire proprement dite , à quelque titre qu'elle se présente : chroniques , annales , mémoires , épbéméridcs , n'est au fond que de l'archéologie ; cette archéologie écrite a eu à souffrir autant et plus encore peut-être, que l'archéologie monumentale, par les vandalismes de toutes sortes, par les préjugés d'écoles, de siècles, de modes, de révolutions; elle a eu ses bandes noires, ses Erostrates, et pour comble , elle a reçu les atteintes des restaurateurs mal-avisés et des badigeonneurs, et elle a subi les mutilations que lui ont infligées les correcteurs et les éclectiques.

Sans parler des destructions matérielles, absolues et irréprables , beaucoup de niai s'est fait et se fait encore : des préventions, de faux jugements, des mensonges stupides , ont pris force de lois et se sont établis dans les esprits ; ils ont pullulé dans les écrits , histoires , romans , drames , discours , et ils sont devenus apophtegmes et lieux communs" à l'usage d'une tourbe imbécile a II est curieux d'entendre

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»> aujourd'hui d'ignorants philosophes , et des démocrates bavards crier contre les reli- >» ^ieux , comme si ces prolétaires enfroqués , ces ordres mendiants à qui nous devons >. presque tout, avaient été des gentilshommes*.

Ce qui précède indique dans quel sentiment est fait ce livre. Nous avons voulu , à l'aide de documents recueillis avec soin et patience , exposés avec probité , reproduire une image exacte et complète de ce qu'a été l'abbaye des Bénédictins de Saint -Sauveur d'Anchin, depuis les premiers temps de la fondation du monastère, jusqu'à l'époque de sa destruction ; nous avons voulu que le lecteur pût s'en faire lui-même l'histoire, et qu'assistant au spectacle de la vie réelle, des habitudes et pratiques du cloître, des événements qui ont agité, troublé, ou modifié l'existence des religieux, il pût suivre les phases par lesquelles l'abbaye a passé, selon ses j»ériodes d'accroissement et de décroissement , selon ses alternatives de calme et d'agitation, de gloire et d'abaissement.

Nous avons rapporté les faits tels que nous les avons rencontrés , sans les altérer, sans les orner, sans y ajouter et sans rien retrancher. Après tout, ces faits, quels qu'ils soient, ont été les événements importants du monde religieux. En matière d'histoire, il faut, ce nous semble, accepter telles quelles les choses grandes ou petites sans les tailler ni les transformer; il faut les laisser dans les conditions propres aux temps et aux lieux où elles sont écloses, afin de conserver leur physionomie propre, leur attitude et leur tournure, si l'on peut dire ainsi.

Notre plan, notre méthode, ou si l'on veut, notre procédé est des plus simples; nous avons marché tout droit devant nous, plaçant selon l'ordre des temps tous les documents que nous avons recueillis ; et ce que le plus souvent on rejette aux: notes et aux preuves , forme ici la substance et le tissu même de l'ouvrage. Des faits, mis en place à la suite et à côté les uns des autres, se groupent d'euxmêmes; ils se soudent et s'amalgament de telle sorte, que les événements, les individus et les choses prennent naturellement l'aspect et les nuances, l'accent et le caractère des temps auxquels ils appartiennent.

Nous avons divisé ce volume en chapitres, afin de donner des repos à l'esprit du lecteur et de faciliter les recherches ; et chaque chapitre est précédé d'un sommaire , sorte d'inventaire , qui aide à la retrouve des dates et des documents. L'économie générale du livre pourra paraître irrégulière, et la mesure des chapitres inégale; en effet, nous n'avons pas eu égard à la symétrie; pour aligner les diverses parties du travail, nous n'avons pas cru devoir boucher les trouées, combler les

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