‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 202 sur 306 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

aussi étaient devenues plus favorables au parti catholique et aux amis de Warnier de Danre, et l'évoque d'Arras, Matthieu Moullart, était revenu d'exil et travaillait à remettre le lion ordre dans son diocèse.

La cause de Warnier de Daure , que Fr. de Bar n'avait cessé de défendre avec tant de dévouement , de persévérance et d'habileté , était la même que celle de l'évêque d'Arras qui avait été , comme l'abbé d'Anchin , forcé de fuir et de se réfugier en France. Cependant Matthieu Moullart n'avait pas été dépouillé par les Etats de son autorité spirituelle. Il y a plus; du lieu même de son exil, il s'acquittait encore de sa charge épiscopale , et tout fugitif et exilé qu'il fût , il agissait comme député d'Artois et prenait part aux négociations pour la conclusion des arrangements entre dom Juan d'Autriche, au nom du roi d'Espagne et les Etats de Flandres. A son retour, l'évêque réprimanda son grand -vicaire de ce qu'il avait donné des lettres de confirmation en faveur de l'élection de Joachin , et il invalida ces lettres comme extorquées par surprise et par intimidation , cl comme n'ayant pas été consenties par lui , qui seul avait pouvoir de les donner ou de les autoriser. Il écrivit au prieur de Bar pour l'en informer. Dans cette lettre, écrite en latin, et que nous traduisons, il dit :

Salut, monsieur mon confrère.

De retour ici , j'ai appris que notre vicaire avait confirmé l'élection telle quelle de Joachin Zoette, comme abbé d'Anchin. Mais il faut qu'il sacbe qu'il n'avait pas mission pour cela, et il dit lui-même et avoue que c'est par menaces et par l'autorité des fiscaux qu'il y a été contraint et forcé, et qu'une foule d'irrégularités se sont glissées dans cette élection , laquelle a été faite contre le droit et par violence. Ajoutez que le vicaire savait bien que nous n'avions pas donné notre consentement, et que nous n'avions été consulté sur adeun des actes relatifs à celte élection ; que malgré cela on y a procédé sans nôtre permission et sans notre autorisation ; en outre, celte élection est entachée de beaucoup d'autres vices les plus graves , ainsi que le démontre l'information que nous avons commencée à ce sujet. Ne voulant pas y mettre inconsidérément les mains, ni participer aux péchés des autres , nous avons voulu que votre fraternité se tint pour avertie que quand même le dit Joachin produirait le titre de la dite confirmait n et diverses lettres dimissoiret , votre fraternité ne doit pas y ajouter plus de confiance qu'à des titres et à des lettres obtenus subrepticement et obrepticement, jusqu'à ce que l'information ayant été régulièrement et entièrement complétée, nous ayons décidé ce qu'il y aura à faire selon le droit. En attendant , que votre fraternité se porte bien et me conserve son souvenir.

Donné en notre ville d'Arras, l'avant dernier jour de janvier IS79.

En même temps, François de Bar reçut la décision de l'évêque, motivée et appuyée de toutes les autorités et misons du droit canonique et de la justice. La conclusion était :

Que Joachin ayant extorqué la bénédiction par toutes sortes de moyens illégitimes et artifices, il n'avait pas plus de droits qu'auparavant ; qu'en conséquence , les religieux n'étaient tenus envers lui à aucune marque de révérence , d'honneur ni d'obéissance ; et , qui plus est , que les religieux , en accordant ces témoignages de soumission à Joachin , à qui ils n'étaient pas dus, les dérobaient à leur véritable et légitime abbé , à qui, selon la règle et les canons du sacré concile de Trente , ils étaient tenus d'obéir, etc.

François de Bar , armé de ces lettres de l'évêque , parvint à détacher encore d'autres frères du parti de Joachin , et il les décida à souscrire un mémoire en protestation contre l'élection de Joachin. Il envoya à l'évêque ce mémoire , en lui

ABBAYE D'ANCHI N.

dernaiidant ce qu'il y avait à faire dans la circonstance qui allait se présenter pour l'installation ordonnée par l'archidiacre d'Ostrevant. L'évèque, après en avoir conféré avec son conseil , répondit , par une lettre collective , aux douze signataires du mémoire et de la protestation ; et dans une lettre particulière adressée au prieur était renfermé l'acte ou instrument par lequel « défense était faite à l'archidiacre » d'Ostrevant d'installer Joachin Zoclte , fût-il même béni , et de le mettre en » possession réelle de l'église d'Anchin , attendu que Mgr l'évèque , tenant pour » véhémentement suspecte l'élection de Zoetle et tout ce qui Pavait suivi , jugeait u nécessaire , avant qu'on allât plus loin , de procéder à de plus amples informa- » lions sur tous les faits : »

An no Domini 1579 ; xxix» diejanuarii , reverendissimug in Christo pater et Dominus, Mattbacus Moullarlius, Dei et apostolicœ sedis gratià episcopus AtrebatenBis, visis litteris unà cum libello supplici , raentionem facientibus eleclionis prœtcnsaj per Dominum Joachinurn ad se missis per priorero , et nonnullos religiosos monasterii Sancti-Salvatoris Aquicinclensis, ordinis Sancti Beoedicti et maturo super his liabito et communicato consilio, dictus reverendissimus Dominus valdc veh«menter suspectam habens dictam electionem et ea omnia qua> sccula sunt , super iisdem omnibus ampliorem informationcm habendam esse décernons : nihilominus ut tantisper dùm in illâ perficiendâ vacandum erit non proeedatur ulteriùs , Dominum archidiaconum Oslrevanenscm super bâc ne serio admooeri récit ; eique indixit ne dictum Joacbinum praMensum clectum in possessionem dictse ecclesia) et monasterii inducat , ullamve opem ad eum eflcctiim pnestet , donec rererendissiniae sua; dominationi aliter videbitur ordiuandum.

Actum et datum in palatio episcopali atrebatensi , anno, mense et die supra diclis.

De mandato et ordine prefati Domini reverendissimi. De Bbcpcr.

Le 22 de février 1579, quelques moments avant que Joachin ne fût de retour, .M. Leugaigué, doyen de Notre- Dame d'Arrns , arriva à Anchin , et le lendemain au matin il exhiba une certaine lettre dimissoirc on procuration qu'il avait reçue de l'archidiacre d'Ostrevant pour l'installation de dom Joachin de Zoette. Il demanda qi*e le prieur voulût bien assembler les religieux , pour leur faire donner par dom Pierre Passet lecture de cette lettre. Le prieur voulut savoir de quelle autorité émanait cette pièce, disant que si cet ordre était de la part de Mgr l'évèque, il était tout prêt à y obtempérer ; mais le doyen répondit qu'il ne ferait connaître l'objet de sa commission que dans l'auditoire, où il se rendit malgré les observations du prieur, avec tous ceux qui étaient favorables à- l'élection de Joachin. Le prieur renouvela sa question et demanda en vertu de quelle autorité on assemblait les religieux. Le doyen, sans répondre à l'interpellation du prieur, chercha par divers raisonnements à prouver que l'élection de Joachin était légitime, ainsi que la confirmation et la bénédiction qui l'avaient suivie. Le prieur alors lui dit : « Je ne suis pas venu pour discuter cette affaire ; il suffit que Mgr notre » ordinaire , après examen et mûre discussion dans son conseil , ait déclaré que » rien de ce qui a été fait n'est légitime ; et d'ailleurs le vicaire lui - même » n'est-il pas convenu qu'il n'avait pas droit de confirmation en l'absence de » l'évèque , et qu'on conférant la bénédiction à Joachin il n'avait fait que céder » à la contrainte ? >• Enfin , le prieur montra au doyen l'acte écrit de l'évèque et de soir conseil , qui faisait défense à l'archidiacre d'installer Joachin , défense en vertu de laquelle, par conséquent, les lettres dimissoires d'installation que produisait le doyen étaient nulles. Cela ne suffisant pas , le prieur présenta à Joachin les lettres comminatoires du révémidissime , qui défendait d'aller plus loin dans cette

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