‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 237 sur 306 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

prescrits en chapitre. Enfin l'abbé demanda si on voulait entendre une nouvelle lecture des décrets du nonce apostolique; le prieur répondit que cela ne pouvait pas nuire; et le lecteur du chapitre commença. Il s'arrêtait entre chacun des articles , pour entendre les observations du prieur et des autres religieux , et pour noter les points qui pouvaient donner lieu à réclamation. Le révérend , après avoir félicité, dans l'assemblée, le prieur de la réponse prudente et sage qu'il avait faite, et après avoir donné une réprimande à Jean Lamelin sur la façon peu convenable dont il avait parlé à son abbé en pleine réunion , ordonna au prieur de recueillir les opinions de chacun. Mais comme on était à l'heure de sexte, heure à laquelle les moines devaient aller dîner, la séance fut levée.

Le lendemain , le prieur appela dans sa chambre chacun des frères en particulier , et recueillit de la bouche de tous les suffrages et opinions sur les décrets. Ils furent unanimes sur les points au sujet desquels il y avait lieu de demander des modifications , et tous signèrent la déclaration de ce qu'ils voulaient , un seul excepté, qui s'en remit pour le tout à la Providence divine. Çe fut Jean Lamelin, qui avait été vivement réprimandé par l'abbé.

En somme, les religieux décidèrent que leur supplique aurait pour objet de demander : que le légat approuvât le bréviaire dont on se servait alors à Anchin ; que s'il voulait qu'on le changeât , il donnât plutôt le romain que de faire revenir à l'ancien. — Qu'il allégeât le jeûne du vendredi , si c'était fête ce jour-là , ou si , dans la même semaine , il y avait des jeûnes ecclésiastiques. — Que la lecture de table ne se prolongeât pas plus que jusqu'à la moitié de la réfection, lorsqu'il y aurait récréation, soit Jes dimanches, soit les jours de fêtes, et le quatrième et le cinquième jours de la semaine , comme cela avait lieu autrefois. — Que les parents et amis des religieux soient reçus honorablement , non pas rarement , mais chaque fois , par ceux pour qui ils sont venus , ainsi que l'avait prescrit le RB* d'Arras dans ses visites. — Que pour certains motifs, on puisse être dispensé d'entendre les lectures ou d'assister à l'office divin. — Du reste , les moines adoptaient volontiers l'article qui prescrivait la pratique de la méditation et celui qui interdisait l'accès des lieux claustraux aux servantes ; mais ils s'opposaient vivement à cette prescription du nonce apostolique, qui voulait qu'un frère fût adjoint au cuisinier pour le service de la cuisine, parce que, bien que cela fût conforme à la règle de St Benoit , c'était tout-à-fait inconvenant et contraire à la dignité du sacerdoce. — Enfin les religieux laissaient le tout , avec leurs observations à l'appréciation et- à la discrétion du nonce , sans préjudice cependant de la jurisdiction de leur ordinaire , le Tl»* évéque d'Arras ; entendant se conformer aux décisions du synode provincial , ils demandaient qu'on leur accordât les mêmes choses qu'aux autres monastères tde la Belgique.

La minute des réponses faites par les religieux ayant été recopiée à la hâte (car le révérend pressait beaucoup le prieur), une fois par le sous-prieur et deux fois par Georges Goisson, économe de l'abbé, le prieur, après s'être entendu avec le sous-prieur et avec le troisième et le quatrième prieurs , rédigea la supplique qu'il donna à lire aux anciens et à ceux qui étaient le plus experts; (le sous-prieur avait pensé qu'il n'était pas nécessaire de la communiquer à tous les autres , bien que le prieur l'eût offert). Ceux qui prirent lecture de ce projet de réponse le trouvèrent convenablement et élégamment rédigé. Toutefois , sur l'avis du sousprieur et de l'abbé , le prieur y fit quelques corrections ; et le 10 juin , il la

ABBAYE D'ANCIIIN.

remit aux mains de l'abbé qui devait aller le lendemain à Douai , afin de faire faire les préparatifs nécessaires à l'hôtel abbatial , pour la réception de ses frères , sœurs et neveux , qui allaient à Flines asssister à la prise d'habit et à la profession de deux de ses nièces , filles de M. de Verquignœul. Le prieur invité par l'abbé avait été du vojage. Après le diner, Warnier le tira à part et lui indiqua quelques endroits de la supplique où il avait cru utile de faire quelques changements afin, disait-il , d'en rendre la rédaction plus claire et d'en faire mieux comprendre la teneur. Le prieur défendit d'abord son écrit comme étant le rapport fidèle de ce qui avait été dit dans le chapitre. Mais il finit par adopter les modifications proposées par l'abbé ; toutefois , il en donna communication au sous-prieur et au quatrième prieur, Noël Flameng , et à dom Georges Goisson , afin qu'ils en prissent acte et s'en souvinssent, en cas de difficultés dans l'avenir. U leur recommanda cependant de n'en rien dire aux autres frères, de crainte que quelques faibles esprits ne s'en scandalisassent.

Mais on a su par la suite , d'une manière certaine , que l'abbé n'avait pas envoyé la supplique des moines au nonce apostolique , et qu'il avait écrit pour son compte personnel une lettre dont il n'a jamais fait connaître la réponse.

Avant de poursuivre , prenons note d'un fait qui doit avoir sa place ici , parce qu'il s'est passé à cette époque. De temps immémorial la chapelle de St-Michel avait été affectée spécialement aux abbés d'Anchin. Les jours de grande fête , le prélat , accompagné des anciens et revêtu des habits sacerdotaux , s'y rendait pour y célébrer le sacrifice de la messe ou chanter les vêpres. Indépendamment de cette chapelle , l'abbé avait aussi un oratoire pour ses messes privées ; l'abbé Warnier voulut que désormais la chapelle de Ste-Catherine , qui jusqu'alors avait été spécialement réservée au prieur, servit à ces deux usages, assignant au prieur la chapelle de St-Machut , qui était derrière et contre la chapelle de Ste-Catherine. Les anciens abbés aussi célébraient la St-Michel, à la date de la fêle de ce saint; mais le révérend Warnier en remit la célébration et les réjouissances à la fête patronale de l'ordre; et cela commença de se pratiquer ainsi le 11 juillet 1586.

Le 1 6 août , le lendemain de l'Assomption de la Vierge , le prélat réunit les frères dans l'auditoire (car la veille de celte fête, il n'avait pas assisté au chapitre). Apres avoir parlé du révérend ^de pieuse mémoire, dom Arnould Gantois, abbé de Marchiennes décédé, il revint sur ce qu'il avait déjà dit précédamment , concernant l'observation des décrets du nonce apostolique , pour engager les religieux à se soumettre à ces décrets qui devaient être adoptés dans tous les autres monastères, disant que ce serait un déshonneur pour le monastère d'Anchin , qui avait été depuis si long-temps un modèle de discipline régulière , que de ne pas donner encore, en cette circonstance, l'exemple de l'obéissance et de la soumission. Le prieur, toutefois, lui demanda qu'il accordât quelques adoucissements à certains articles trop rigoureux. On lui objecta aussi qu'il n'y avait pas lieu de mettre à exécution aucun des articles, avant que l'on eût reçu la réponse du nonce au mémoire qui avait dû lui être envoyé.

Chaque jour les mécontentements des religieux augmentaient ; les esprits s'aigrissaient , et les choses en étaient venues à ce point qu'il était à craindre que quelque tumulte ou sédition n'éclatât. Lorsqu'enfin le 15 septembre, l'évêque d'Arras , Mgr Matthieu Moullart, qui venait de faire sa visite épiscopale à l'abbaye de Sin, arriva à Anchin pour le même motif. Il s'était fait annoncer la veille

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