CHAPITRE XXXII
détail , toutes les circonstances de cette affaire , avec quelle habileté et quelle persévérance ceux d'Anchin soutinrent la lutte et surent défendre leurs privilèges.
Au mois de septembre de cette même année 1591 , le temple du collège d'Anchin , que les Pères de la Compagnie de Jésus avaient fait construire dans la forme des églises romaines, était terminé, sauf que les tuiles du toit n étaient pas encore posées , et qu'il y avait encore à décorer les autels de leurs tableaux et de leurs statues. Les Pères voulurent, avec la permission de Mgr révêque d'Arras , qu'il se fît une cérémonie pour la bénédiction et la consécration du temple , bien que le fonds en eût déjà été béni par l'abbé Warnier, ainsi que nous l'avons vu au chapitre précédent. L'évéque d'Arras , Mgr Matthieu Moullart , vint donc à Douai pour procéder à cette cérémonie , et le dimanche , qui était le 15 septembre, il bénit lui-même l'église du collège d'Anchin, et la dédia en l'honneur de N.- D.-aux-Neiges et des onze mille Vierges, en présence du recteur magnifique de l'université , des magistrats de la ville de Douai , du révérend abbé du monastère d'Anchin et de son couvent ; d'un grand nombre de nobles, et de la foule du peuple, qui ne fut admise dans l'intérieur qu'au moment où la messe commença, alors que le Ra* prononça un discours.
Ee lendemain , 1 6 septembre , les Pères Jésuites firent représenter dans le collège , pendant deux jours de suite , une grande comédie. La cour du collège , près du réfectoire , était entièrement remplie de spectateurs , nobles , écoliers , prêtres , et d'une foule de gens du peuple , hommes et femmes , de toutes conditions. Les murs du côté de la rue étaient couverts de curieux; il y en avait jusque sur les toits. Outre les spectateurs privilégiés qui étaient placés dans la cour, beaucoup d'autres encore regardaient des fenêtres des greniers du collège de Marchiennes , voisin du collège d'Anchin. Parmi ces derniers était l'abbé de Marchiennes lui-même.
Des sièges avaient été disposés dans la cour du collège d'Anchin pour les ecclésiastiques et pour les personnages considérables, parmi lesquels se trouvaient M. Gontales, le recteur magnifique de l'université , M. de Vandegies, le célèbre docteur m utroque Boece Epo , M. Cuvillers , M. de Werquignœul , le préteur de la ville de Valencienncs , et un grand nombre d'hommes de distinction , tant ecclésiastiques que séculiers; les échevins et membres du magistrat de la ville de Douai et des villes voisines, et tous les personnages qui avaient dîné chez les Pères de la Société. Le révérend d'Anchin était placé à une fenêtre en face du théâtre , ainsi que l'abbesse de Flines , noble dame d'Escoçaure , qui avait auprès d'elle les deux filles de M. de Werquignœul , mari de la sœur du révérend Warnier de Daure.
La comédie , qui fut fort bien jouée , avait pour sujet : La tyrannie de V Antéchrist et la résurrection des morts. La représentation occupa deux jours, le lundi et le mardi , depuis deux heures après-midi jusqu'à six heures.
Le jour suivant, 7 septembre 1591, on bénit les cloches de l'église du collège ; l'évéque d'Arras avait témoigné le désir que ce fût le révérend d'Anchin qui procédât à cette bénédiction ; mais l'abbé alléguant son grand âge s'y était refusé , malgré les instances que firent les Pères de la Société pour l'y déterminer. Ce fut le recteur même des Pères de la société qui se chargea de ce soin. L'abbé Warnier n'assista pas à cette cérémonie ; du reste , on ne l'y avait pas invité pour ne pas l'importuner, non plus que le prieur, pour ne pas désobliger le révérend.
Elle se fit en présence des principux dignitaires de l'université et de la ville de Douai, de M. de Wermegies , qui était accompagné de son épouse, de plusieurs conseillers, de M. Robert Roze , autrefois conseiller de l'abbaye, de M. Blondel, archidiacre d'Arras, et de plu leurs autres personnages qui, les jours précédents, avaient honoré de leur présence la réprésentation de la comédie.
A cette occasion aussi , Mgr l'évêque d'Arras étendit au diocèse d'Arras , en les augmentant d'indulgences de cent jours pour Vred , Pecquencourl et Anchin , les indulgences de sept ans et sept quarantaines que le R "* de Cambrai , Mgr l,oui? de Berlaymont , avait publiée».
L'abbé Warnier, sans prendre conseil que de lui-même, et sans avoir égard aux décrets du nonce-légat ni au* ordonnances de l'évêque Fr. Richardot , continuait d'administrer le monastère , selon la volonté capricieuse et les inspirations d'un esprit de défiance et selon les calculs d'une économie sordide. C'étaient chaque jour des plaintes nouvelles de la part des religieux à propos des vêtements et des pitances , soit qu'on ne renouvellàt pas en temps les habits usés , ou que ceux qu'on donnait ne fussent pas convenables ; soit qne le pain , h* vin et les autres aliments fussent de mauvaise qualité , et que la distribution s'en fît avec trop de parcimonie, etc. D'une autre part, les moines chargés de? offices se plaignaient de ce que l'abbé n'ayant pas complété le personnel du couvent , ils se trouvaient surchargés et ne pouvaient suffire aux besoins du service. C'est pourquoi les religieux- prêtres d'Anchin , à l'insu cependant des proies et des novices, adressèrent, par dom Sébastien F rançon et dom Gérard Gaulthier, au prieur, une demande pour qu'il voulût se joindre à eux et envoyer, au nom de tous les frères, une supplique à Mgr Matthieu Moullart, évêque d'Arras, afin que , en sa qualité d'ordinaire et en vertu de son pouvoir, il daignât se transporter à Anchin, pour entendre les réclamations et plaintes de chacun , et ordonner la mise à exécution des décrets et ordonnances du nonce apostolique et de révoque de pieuse mémoire, Mgr Richardot.
Le prieur, déférant à cette demande , et après s'en être entendu avec le sousprieur, dom Pierre Passet, avec le troisième prieur, dom Antoine Pîerquin , et après avoir pris conseil du vieux dom Noël Flameng, rédigea en latin la lettre pour l'évôque d'Arras. Il y exposait la situation du monastère et les sujets de plaintes des religieux ; il suppliait l'évêque de venir s'assurer par lui-même de l'état des choses; il finissait en sollicitant avec instance une réponse aussi prompte que possible. Cette requête , signée et paraphée de la main de François de Bar, de Pierre Passet , d'Antoine Pierquin , et revêtue du scel du couvent en cire verte , fut également signée par dom Sébastien Francon, par dom Noël Flameng, Martin Danel , Jean Lamelin , Théodore Doyon , Jean Lespaullart , Jacques Boucqucau , Bonaventure de Tournai, Ponthus Hirchoux, Jean de Meere et Gérard Gaulthier. Dom Jean Faveau, prieur de St-Georges, fut chargé de la porter à Arras et de la remettre à Mgr l'évêque ; et le prieur d'Aymeries , dom Sébastien Francon , qui était parti en avant, écrivit à M. Bricourt, officiai d'Arras et docteur in utroque, pour le prier d'informer le prieur de la réception de la supplique et de la réponse que l'évêque y aurait faite.
Mais l'évêque , absent en ce moment ( il était à la cour de Bruxelles pour les affaires de l'Artois), ne reçut que tardivement la lettre des religieux d'Anchin;