‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 251 sur 306 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

et ses arrêts un esprit aigri par d'anciens ressentiments , ce qui le rendait injuste et lui aliénait de plus en plus l'esprit de ses subordonnés. Ces préventions fâcheuses so manifestaient surtout à l'égard des frères qui avaient été attachés au parti de Joachin Zoeltc , et particulièrement à l'égard de Jean Lamelin ; il ne pouvait pas lui pardonner la réponse qu'il avait faite lorsqu'on avait demande aux religieux leur avis sur les ordonnances du légat apostolique. Ainsi que nous l'avons vu , Lamelin avait répondu , avec plus de franchise que les autres : « qu'il était disposé » h observer tous les articles, pourvu que le révérend voulût observer ceux qui » le concernaient. » Ces dispositions envers Jean Lamelin étaient d'autant plus mal fondées que véritablement ce frère était un digne religieux , modeste dans ses relations, humble, pieux, simple, droit et chaste, n'ayant aucune mauvaise intention, mais inflexible devant ce qui lui paraissait contraire à la justice et à la vérité.

D'autres cependant étaient mal intentionnés envers l'abbé; et leur désaffection ou leur hostilité se traduisait par des actes malveillants , soit en déchiquetant avec leurs couteaux les tapis qui couvraient le siège où l'abbé s'asseyait , soit en dessinant des images insultantes , en jetant des ordures sur son passage , soit en cachant ses livres derrière les stalles , en mordant les gobelets sur lesquels étaient gravés les insignes du prélat. Au milieu de ces causes de discorde et avec cette désaffection des inférieurs envers leur supérieur, et de celui-ci envers ses subordonnés , on comprend combien il était difficile de maintenir l'harmonie et la régularité dans le gouvernement de l'abbaye.

Vers ces temps-là aussi (1591), il s'éleva des discussions très-animées entre les théologiens d'Anchin et les Pères de la Société de Jésus , à propos de questions fort ardues sur le libre arbitre et sur la grâce. Ces discussions dégénérèrent en disputes, à tel point que le pèreSurius, docteur en théologie au collège d'Anchin , et le docteur Bossémius en vinrent aux invectives. Le chancelier de l'université de Gratz, le savant Deekers, intervint dans ce débat; et pour que le scandale cessât , il fallut que les évêques d'Arras et de Tournai , et même le légat apostolique , imposassent silence aux champions acharnés.

Mentionnons , en passant, un fait qui témoigne de l'efficace de l'anneau de la B. Vierge Marie, de cette relique dont le monastère, depuis peu, avait ete remis en possession. Le 2 mai 1591 , le comte de Ligne avait envoyé un gentilhomme de sa famille à Anchin pour chercher le précieux joyau. L'abbé l'ayant confié au gentilhomme, celui-ci était à peine arrivé sur le territoire domanial de Ligne, qu'une pieuse femme , qui depuis trois jours était en travail d'enfant , fut délivrée presque sans douleur

Une des occupations du révérend était de convertir en un refuge le prieuré de Str-Sulpice de Douai , lequel , par sa situation , était dépendant de l'église St-Albin et de la chapelle des Templiers ; et dans le but de l'approprier à cet usage , il avait entrepris des travaux considérables de construction. Il craignait qu'après sa mort on ne s'emparât de ce prieuré, et qu'il n'en fût comme il en avait été du prieuré d'tlamage. Aussi cherchait- il à acquérir un fonds pour y transférer cette prévôté , et l'y établir selon les conditions et les titres d'après lesquels avait été faite la mutation des biens et de l'ancien prieuré de St-Sulpice que le

»* Fr. de Bar, Ma. cité, p. 5U, r.

monastère avait autrefois à Doulens. Mais ce projet rencontra de grandes difficulté* , et il ne put pas être mis à exécution.

Dans ces temps désastreux où les gueux et les iconoclastes avaient afflué dan? nos contrées, alors que les luthériens, les calvinistes, les adamites et tous les sectaires hérétiques , venus de la Germanie et de* Cévennes , répandaient dans nos villes et dans nos campagnes les poisons de leurs funestes doctrines , les prélats < t chefs ecclésiastiques avaient cherché tous les moyens de lutter contre le mal; ils fondèrent des prières pour détourner les erreurs et les calamités qui avaient envahi la république chrétienne. L'évêque d'Arras , François Richardot , de pieuse mémoire , à l'exemple de tous les autres supérieurs ecclésiastiques , prescrivit , en vertu de l'autorité apostolique , des litanies qui devaient être récitées tous les jours devant le maltre-autcl , à Anchin , et dans tous les autres monastères , ainsi que dans les églises collégiales et paroissiales. Cette pratique , qui depuis avait été interrompue dans beaucoup d'églises , avait été conservée à Anchin , et elle avait lieu encore en 1501. L'évêque Fr. Richardot, à ces paroles de la prière ordinaire : Ut cunctum populnm christiannm pretioso sanguine redemptum, avait, en 1572, ajouté ces» mots : In sanctà ortliodoxà fide conservare et ab erroribus universis pttrgare digneris, Te rogamus aitdi nos.

Après la défaite du comte d'Egmont, le duc de Parme, par l'ordre du roi d'Espagne, partit à la tête d'une armée d'environ sept mille hommes, composée de Belges , tant nobles que non-nobles , d'Italiens , d'Espagnols , de Bourguignons et d'Allemands , pour aller au secours des Parisiens , qui étaient en proie aux horreurs de la disette. Ce fut alors que, sur les instantes demandes du comte Ernest de Mansfelt , lequel était resté comme gouverneur de la Belgique , Matthieu Moullart, évêque d'Arras, ordonna des prières publiques dans toutes les églises de son diocèse; c'est pourquoi le dimanche, qui était le 7 des calendes de septembre, le révérend fit insérer, dans les répons et les antiennes qui, selon le bréviaire et le missel romain , doivent se chanter à la procession , ces prières de litanies : Ab imminenlibus hœreticorum et omnium inimicorum nos rorum periculis, libéra nos. Domine. — Ut inimicos sanctœ ecclesiœ humiliare digneris , Te rogamtts , etc. — Ut ab hostibus et herelicorum incursibus Ecclesiam tuam prolegere digneris , Te rogamus , etc. — Ut regibus et principibus nostris vitam donare digneris, Te rogamus , etc. — Ut pugnatores tuos defenderc et preservare digneris, Te rogamus , etc., — avec ces versets : Benedictus Dominus die qnolidic, vi. Prosperum iler faciat Deus iter salutatium nostrorum. f. Detts salvum foc regem et principes nostros, Et exaudi nos in die quà invocaverimtts Te. f. Apjtreliende arma et scutumt hJ. Et exurge in adjulorium nostrum. f. Salvos foc servos tuos et ancillas tuas , Deus meus , speranles in Te. Diripe nos de manibus inimicorum nostrorum , n}. El de persequentibus nos. Et ces versets étant récités avec les ordinaires , on ajoutait aux collectes accoutumées celles-ci : Adcsto, Domine t supjylicationibus nostris et viam famulorum, Deus, qui conteris bello , etc. Ne dcspkias omnipotens Deus , etc.

En 1591, l'université renouvela la prétention de s'immiscer dans l'administration du collège d' Anchin et de le mettre sous sa juridiction , en exigeant que le président de ce collège donnât son nom et fût immatriculé sur les registres de l'université. On voit dans le manuscrit de François de Bar", qui rapporte en

•« M*, cité , p. 4S» et sulr.

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