‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 26 sur 306 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

commandements de la discipline fussent observés dans toute leur exactitude ; donnant lui-même l'exemple par sa piété , et persuadant par l'onction de sa parole et l'excellence de ses doctrines. 11 ramena ainsi tous les frères aux prescriptions de la règle de saint Benoit, et les relia par le parfait accord d'une charité fraternelle. Néanmoins il ne négligea pas non plus les intérêts de l'église qui lui était confiée; il donna de grands biens qu'il avait à Loffre, ainsi que le moulin de Vandclgnes, des bois , beaucoup de champs et de privilèges, et en si grand nombre, dit Fr. de Bar, que le manque de place nous empêche de les consigner tous ". 11 était en si grand crédit et considération auprès des évèques et des princes , que de sa propre et seule autorité il retenait dans les chaînes de l'excommunication ceux qui se rendaient coupables de quelque délit ou dommage envers son église , et aussi qu'il absolvait ceux qui venaient à résipiscence.

Dans l'intérêt de ses successeurs, et pour assurer après lui la puissance et la dignité de l'église, il voulut donner à. la jurisdiction d'Anchin l'appui du Saint- Siège, et il obtint des. papes Pascal n clCalixte, des diplômes qui assuraient aux abbés d'Anchin des droits quasi episcopaux ; ainsi que des bénéfices nombreux et étend us.

Nous avons vu que le pape Pascal n avait ratifié la fondation du prieuré de St-George, et tous les revenus ainsi que tous les biens, bénéfices et privilèges qui y étaient attachés , et tous les autels qui en dépendaient; qu'il assura la libre sépulture dans l'église de ce même prieuré , et qu'il l'affranchit de tout interdit ( ob omni interdhlu vindicure). De plus, il voulut que le monastère d'Anchin, ainsi que ledit prieuré et les autres dépendances de l'abbaye fussent placés sous la tutelle de St Pierre et sous la protection de la sainte Eglise romaine , anathème étant porte contre les infracteurs. Par suite, en l'an 1123, le pape Calixte, par divers actes et diplômes, confirma ces mêmes privilèges, et ajouta à ces immunités de riches revenus et des champs, donnés par uu grand nombre de personnes à l'église d'Anchin. Le pape prit aussi sous sa protection, non-seulement cette église d'Anchin, mais encore l'église ou prieuré de St-Machut, autrement dit St-Malgulphe , et qui était situé, comme nous l'avons déjà dit, dans le pays de Galles, au royaume d'Angleterre , avec la terre adjacente et toutes les dépendances , statuant que cette église demeurerait annexée et soumise à l'église d'Anchin \

En l'an 1115, Rodolphe, archevêque de Reims, confirma la donation des biens que Gossuin, seigneur-châtelain d'Avesncs, à la demande de son épouse Agnès, avait faite à l'église d'Anchin. Par suite, en l'an 1170, sous Simon, 9' abbé , comme nous le verrons plus bas, le pape Alexandre lu confirma cette donation. Alvise obtint aussi que Godefroi , trente-quatrième évèque d'Amiens, ratifiât la collation de plusieurs héritages en faveur du prieuré de St-George. En l'an 1112, Jean, évèque de Tcrouane , avait confirme, ainsi que nous l'avons vu, beaucoup d'autres donations faites à ce prieuré , et il avait assisté à la cérémonie solennelle qui s'était faite pour célébrer la dédicace de l'église de St-George.

A propos du prieuré de St-George, disons qu'un des monuments manuscrits archéologiques les plus anciens et les plus curieux qui soient en ce genre , est un Cartulaire ou recueil de titres relatifs à ce prieuré, et que M. le Dr Le Glay a retrouvé parmi des pièces provenant des archives de l'abbaye d'Anchin : « Quand y l'ai » découvert , dit M. Le Glay , gisant dans un tas confus de papiers , il était tellement

« F. «le Bar, Mi. cit»:, p. 148, r. ' Idtm. p. tS9, r-.

» délabre que j'ai eu quelque peine à en rétablir et rassembler les feuillets disjoints. » Je l'ai fait relier solidement en parchemin , précaution nécessaire , à cause de » plusieurs pièces originales détachées qui en font partie intégrante : Je l'ai inli- » tulé : Codex tradilionum sancti (ieorgii llisdiniensis. C'est un petit in- 4* » de quatre-vingt-trois feuillets, écriture du xiu* siècle, en partie ù longues lignes , » en partie à deux colonnes. La plupart des pièces dont ce codex se compose, » sont des actes nommés par les diplomatistes chartœ tradilionis ou notionis chartœ. » Les premiers n'ont pas seulement pour objet la donation d'églises, de terres, » de maisons; elles s'étendent souvent aux personnes : dans plusieurs de ces titres, » un homme se soumet, lui, sa femme, ses enfants à être serfs de l'église, sous . » certaines conditions. C'est ainsi que le sire de Prcure se met en le warde et en » le caritc de Monseigneur St George , le glorieus martyr , patron de tous les » nobles , par xii deniers parisis par an , tant h il vivra , et ses hiaume , ses » hauberc et ses cauches de fer, à le mort... et fut fait devant le grand ostel, » présent le pricus dant Bernard , le sous-prieus danl Jean de liouberch, et tout » plain d'autres moines ; et si l'accompagna me dame sa femme , ses enfans , et r> tous ses amis et tous ses kevaus osi. »

« Les nalionis chartœ, usitées au xi» et xuc siècles, se reconnaissent par la » formule initiale nolum sit ou notilia qualiler , et parce que l'autorité qui y » figure est toujours désignée à la troisième personne 8. »

L'année 1111, l'évêque de Cambrai Odon non-seulement avait confirmé d'amples bénéfices à l'église d'Anchin, mais encore avait approuvé et confirmé de nouveau l'église d'Aymeries, avec l'autel d'Aulnoy et tous les biens qui en dépendaient, les mettant en la possession de l'église d'Anchin à perpétuité , et les affranchissant de tous impôts et exactions.

«Il existe aux Archives générales du département, à Lille, parmi les titres provenant d'Anchin, une charte de l'an mcxi , indiction 4 e, septième année du pontificat d'Odon , évêque de Cambrai. Ce pontife accorde au monastère d'Anchin, qui est ainsi nommé , dit-il , ab aquis cingentibus , les églises de Sl-Saulve à Vendegies sur Escaillon et de St-Hunibcrt à Capellc. Ont apposé leurs seings : Eudes ou Odon , évêque ; Thicrri , Rodolphe , Anselle et Jean , archidiacres ; Erlebold , prévôt de Notre-Dame ; Erlebold , doyen ; Guerinbold et Mazelin , chanoines. A souscrit comme chancelier Guerinbold. A la fin, l'évêque prononce paix pour ceux qui respecteront cet acte , et damnation pour le violateur. »

«Original en parchemin, parfaitement eonsme. inunl d'un sccl ovale, «pais, imprimé on creux, attaché par des lemnisques de cuir, représentant l'évêque assis, a la manière de nos sceaux des Paya-Bas et de lu Germanie, avec cette légende ■ Signum Odonis Camcracensis ep. 9 »

L'évêque Odon était tellement dévoué et affectionné à la maison d'Anchin, bien que ce monastère fût dans le diocèse d'Arras , qu'il était comme de la famille. Il lui donna une brasserie qu'il possédait auprès de Cambrai , et transmit en même temps à l'abbaye l'autorité cl les droits de juridiction qu'il avait dans ce lieu , de

s LeGIny. Document* hlst. Inddita, sur l'Hlst. de France, t. 2.

' Idem. ibid. M. le D' l.e Glay ajoute ce renseignement précieux : « Dans un autre titre, ce même évôque

■ Odon se contente de prononcer contre les violateurs l'analhème maraxatiu. Le cens de ce dernier mot se » trouve expliqué dans Ja charte, vraie ou fausse, par laquelle saint Amand rè.Ie la sépulture; après avoir • menacé des plus grandes peines les hifrnctcur* de sa volonté, il flnll par dire : Sic amatrema mahanatha,

■ quod est perdido in advenlu Domini nostri. - Suivant Ducange, maran -atha est composé de deux mots syriaques qui signifient Z«r seigneur arrice. ( Le maranatba se trouve aussi dans saint Paul, l"ép. aux CorlnUi. ebap. wi. y. 22, qui dit: anathema et maranatha.)

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