CHAPITRE XXXIII
l'abbaye , puis dom Albert de Ronville, religieux de la maison, gentilhomme du Cambrésis , et assez proche parent du seigneur de Gœtilzin. Enfin , le roi Louis xv nomma coadjuteur de l'abbé d'Anchin Charles Morel, qui en reçut le brevet au prieuré de St-Georges. Quelques jours après, le nouveau coadjuteur partit pour Versailles à effet de conférer avec le cardinal de Fleury , alors premier ministre ; puis il revint à Anchin se faire installer. En passant par Amiens , il assista à la prise d'habits du fils d'un de ses vassaux de St-Georges , dans la maison des Capucins , où le Père Ignace , qui nous fournil ces renseignements , remplissait alors l'office de Père gardien.
Nous avons retrouvé , aux archives du département du Pas-de-Calais à Arras , grâces aux indications du scrupuleux et bienveillant archiviste M. Godin , les brevet et lettres-patentes du 25 juin 1741 , portant nomination de dom Charles Morel , religieux d'Anchin , à la charge de coadjuteur de^lgr le cardinal de Polignac , abbé d'Anchin, et enregistrés à la date du 18 juillet 1711. En voici la teneur:
Aujourd'hui, vingt-cinquième du mois de juin mil sept cent quarante-un, le roy étant à Versailles, bien informé des bonnes vie et mœurs, piété, suffisance , capacité et autres vertueuses qualités de dom Charles Morel, l'un des religieux de l'abbaye régulière et élective d'Anchin , Sa Majesté Ta nommé et choisi pour être coadjuteur du sieur cardinal de Polignac , abbé de la dite abbaye , pendant sa vie et pour lui succéder en icelle après sa mort, à la charge néanmoins de pensions qui peuvent avoir esté cy devant créées sur la dite abbaye , qui seront continuées et payées comme par le passé, et en outre de la somme de dit mille livres de nouvelles pensions qui sera dores na van t payée annuellement pendant vingt années, savoir cinq mille livres à la maison des Jésuites de Lille qui a été incendiée, et cinq mille livres aui chanoines et chapitre de St- Pierre de Douay , pour être employée à l'avis du sieur évesque d' Arras et sur ses ordres à la construction de leur église, lesquelles deux nouvelles pensions n'auront lieu et ne commenceront a courir que du jour que le dit dom Charles Morel sera devenu, par le décès du dit sieur abbé, Titulaire de la dite abbaye, etc.
Louis , par la grâce de Dieu , etc.
Comme nous sommes informé que notre cousin, etc., cardinal de Polignac > abbé d'Anchin, a besoin d'être aydé pour veiller au bien spirituel , etc., etc., les témoignages avantageux qui nous ont été rendus en sa faveur nous faisant juger que nous ne pouvons faire un choix plus convenable i la dite abbaye, etc., pour ces causes et autres, etc., après nous être fait apporter le procès-verbal des commissaires par nous députés pour recevoir vos suffrages sur V élection d'un coadjuteur et $uccet$eur de votre abbaye , dans lequel le dit dom Charles Morel se trouve compris au nombre de ceux que vous avez jug<5 les plus capables de remplir cette dignité, nous, en confirmant le dit brevet vous avons nommé et présenté , nommons et présentons le dit dom Charles Morel par ces présentes signées de notre main, pour être coadjuteur de notre cousin le cardinal de Polignac pendant sa vie et son successeur après sa mort, en la dite abbaye d'Anchin, dont la présentation et disposition nous appartient par droit de patronage royal ou autrement, etc., etc.
Charles Mo» kl ne tarda pas. à occuper le siège abbatial d'Anchin, avec le titre d'abbé commendataire. Le cardinal de Polignac mourut quatre mois après la nomination de son coadjuteur et successeur.
Mclchior de Polignac, né le 12 octobre 1602 à Lyon, et baptisé dans la même paroisse de cette ville que Mgr l'évèque d' Arras, François Boglion de La Salle, mourut à Paris le 20 novembre 1741 , à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Il était cardinal-prêtre du titre de Ste-Marie-des— Anges , archevêque d'Auch , prélat commandeur de l'ordre du St-Esprit, abbé commendataire des abbayes de Bonprot, de Begard, de Mouzon, de Corbie, d'Anchin; un des quarante de Vacadémie
française, honoraire de l'académie royale des inscriptions et belles-lettres et de celle des sciences; ci-devant maître de la chapelle du roi. 11 fut inhumé dans l'église St-Sulpice à Paris, et son caîiir, suivant l'expresse recommandation qu'il en avait faite durant sa dernière maladie , fut porté à l'abbaye d'Anchin.
Le 30 novembre 1741, le nouvel abbé, Charles Morel, que M. de Polignac avait toujours tenu en particulière affection, reçut le cœur de l'illustre cardinal-abbé; et il se ût une grande cérémonie au monastère d'Anchin. Ces restes précieux furent déposés avec pompe sous un monument élevé dans l'abbaye par les soins du nouvel nbbé, et sur lequel on grava l'inscription suivante:
D. 0. M. bic sacras piandum ad aras cor suum raoriens deponi jussit Emineotissimus S. R. C. princeps , Melchior cardinatis de Polignac , arebiepiscopus Ausciensis, hujusce domùs abbas qui , geoeris splendore conspicuus, doctrinâ, pietate, moribus el ingenio speclabilis, legationibus celeberrimis per totam ferc Europam clarus, gallicarum aeademiarum lumen el decus , magno omnium ordinum desiderio obiit Lutetiœ Parisiorum, xx novembris 4741 , «talis lux. Pranlecessori optime merito hoc amoris dolorisque sui mooumentum Carolus Morekl abbas posuit.
Charles Morel, xliv* abbé d'Anchin depuis la fondation, m» abbé comtnendataire , ne tint pas la crosse plus de trois ans. Dans un voyage qu'il fit à Reims avec l'abbé de Vaucelles , pour les affaires de son couvent , il mourut dans cette ville, le 13 décembre 1744, il n'était âgé que de cinquante-quatre ans. Il lut inhumé dans l'église des Bénédictins de St-Nicaise de Reims; les religieux de ce monastère lui firent des obsèques magnifiques.
L'abbé Charles Morel fut vivement regretté des religieux , ses confrères d'Anchin, dont il était chéri. Homme de mœurs douces et polies , charitable et bienveiliaut , il avait montré beaucoup de sagacité et de droiture dans diverses missions qu'il avait remplies. 11 sut acquérir, par les qualités distinguées de son cœur et de son esprit , l'amitié de l'illustre cardinal Polignac.
Charles Morel avait passé par les divers emplois et offices de son monastère. Chargé, pour la communauté, de plusieurs affaires délicates, soit à Paris, soit dans les Pays-Bas , il s'en était acquitté avec autant de talent que de prudence.
« La reconnaissance que je dois à la mémoire de cet abbé , qui m'honorait de » son amitié, dit le Père Ignace", m'engage à rappeler ici l'éloge que Ton » conserve dans les registres de St Nicaise. »
Encomium funèbre abbatis Aquicinctim$is ab abbate ejwdetn abbatiw ad ornât um , et incoli* abbatiœ S. Nicatii Rhtmen$i$ confratrilnu ab ipêis dirtetum. xtu decembrit 1744.
Anno 1744, Remis, in ecclesifi abbatiali sancti Ntcasii sepultus est rererendus paler Nicolaus" Morel, abbas xliv* mooasterii Sancti-Sahatoris Aquicinctiensis, diaecesis Atrebatensis , suorum pastor, verè bonus , verè fidelis ; eos in simplicitate cordis ad perfectionem verbo et exemplo provocaos. Vir fuit vitâ venerabili, et timoratâ conscientiâ ; disciplinée regularis amans, ingenuo animi candore speclabilis, vultûs Isenitate et indolis mansuetudine cunctis gratus, pauperum paler et coosolator, ab ioeunle religios» professions slale, varia dictae abbatiac Aquiscinclensi* negotia in Belgio et Parisiis laudabili prudentii deputatus reclè gessit. Regularia duperions et prions Sancti-Georgii juxtà Hesdinum officia ritè fuoetus est , demum tertio ad abbatialem dignitatem evectus ab anno fortuitâ morte Remis raptus est œtatis su» an. 34.
** Ma. addition aux Mém. du diocèse, t. m, p. J*68.
** Morel «al id appelé do prénom de Sicolout. C'est tor es document sans donte qoe le Père Ignace t'est fondé l*>ur affirmer que Nioola», et non Charte», était le prénom de Morel.