‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 260 sur 306 · CHAPITRE XXXIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIll

cardinal de Poligoac alla en grand cortège prendre possession de l'église titulaire de Sixle-le- Vieux , au nom de Louis-Antoine , cardinal de Noailles , archevêque , qui avait auparavant le titre de Sle-Marie-sur-la-Minerve , titre que le pape Benoît xiii avait donné au cardinal Pipia, général de Tordre des Dominicains. L'église titulaire de Si xlc-le- Vieux était desservie par les religieux Jacobins. Le cardinal de Noailles était mort en France quatre jours avant cette cérémonie.

Le 12 juillet suivant, le saint-père Benoit xiii assista à la séance de la congrégation des rites , qui se tint pour la béatification du vénérable Vincent de Paul , religieux français, fondateur des missionnaires qui occupaient le séminaire d'Arras. Ce fut le cardinal de Polignac qui eut l'honneur de faire la proposition en présence de Sa Sainteté, laquelle déclara et proclama Vincent de Paul bienheureux".

Pour solenniser la béatification du vénérable Vincent de Paul , fondateur des prêtres de la mission de France, le cardinal de Polignac ordonna que, le 28 août 1720, le Saint-Sacrement fût exposé dans l'église de St-Louis-des-Français et qu'un Te I tel mi y fût chanté.

Le cardinal de Polignac , poète et ami des arts , l'un des quarante de l'académie française , membre honoraire de l'académie des inscriptions et belles-lettres et de celle des sciences , au milieu des soins pieux et des préoccupations de la diplomatie , savait trouver des instants qu'il consacrait aux lettres et aux arts. C'est ainsi qu'étant à Frascati, vers la fin du mois de juillet 1729, il fit faire des fouilles qui amenèrent la découverte de plusieurs belles statues antiques. On trouva en effet une statue d'Esculape en marbre , une autre de la déesse Hygie, et une statue équestre , à laquelle la tête et les bras du cavalier manquaient. Le cabinet du cardinal était orné d'objets d'art les plus précieux qu'il s'était procurés en Italie , entr'autres, de- plusieurs vases magnifiques de faïence, peints de la main de Raphaël M.

En 1730,1e cardinal de Polignac concourut à l'élection du pape Clément xu ; il entra en conclave à Rome pour cette élection le 5 de mars. Au mois de novembre suivant, à Omette, il tint sur les fonts de baptême, au nom du roi son maître, le fils du marquis de Gualterio; il remit à la mère de l'enfant un portrait de Louis xv , enrichi de diamants. L'année précédente , il avait donné à Rome une fête magnifique à l'occasion de la naissance du dauphin , fils de Louis xv; trente cardinaux y avaient assisté.

Enfin, au mois de décembre 1 731 , le roi rappela le cardinal en France, et lui envoya mille louis d'or pour les frais de ce retour. Et le 13 mars 1732, M. de Polignac, accompagné du cardinal Ottoboni, abbé de Marchienncs, alla au-devant du duc de St-Aignan , qui venait le relever dans son ambassade de Rome. Le duc et M*' la duchesse, son épouse, montèrent dans le carrosse de M. de Polignac; la duchesse prit la première place , le cardinal Ottoboni la seconde , M. de Polignac la troisième, et le duc de St-Aignan la quatrième. Ils firent leur entrée dans Rome selon le cérémonial ordinaire; et Ton alla descendre au palais du cardinal de Polignac.

Son Eminence, en retournant en France, visita les cours de Florence, de Modène , de Bologne , de Venise et autres , depuis Rome jusqu'en France. A son passage par Bologne, en Italie, le 20 mai 1732, il assista à une cérémonie où une bourgeoise de la ville, nommée Laure Bassi, reçut le degré de docteur en * P. Ignace , M«. dlé. » Ibid.

préseuce du sénat, de deux évéques, de toule l'Université et de beaucoup d'autre» personnes de distinction.

Le cardinal Polignac arriva à Paris Je 10 juillet 1732, au soir, qui était un jeudi. Le 17, il eut à Versailles audience du roi, qui le reçut très-gracieusement. Le 25 août suivant, il prêta serment de fidélité , en qualité d'archevêque d'Audi T entre les mains du roi, dans la chapelle du château.

Plus d'un an après son retour de Rome , l'abbé de Polignac vint à l'abbaye d'Anchin, où il séjourna envirou un mois. Il y arriva le 10 septembre 1733, et fut reçu avec de grands honneurs. Le 16 du nvèmc mois, Mgr de Baglion de La Salle, évêque d'Arras, vint le saluer, et resta auprès de lui jusqu'au 19, qu'il retourna à Arras. Le 29 , jour de la fête de St-Michel , l'abbé de Polignac entonna pontificalement le Te Deum, qu'il fit chanter pour l'élection à la couronne de Pologne, du roi Stanislas*1, père de la reine de France Marie Leciinska. Vers la (in d'octobre, il quitta Anchin pour retourner à la cour; il passa par son abbaye de Corbie , où il arriva le jour de la Toussaint , et s'y arrêta quelques jours avant que de se rendre à Paris , où il sacra suffragant d'Auch , dans la chapelle du séminaire St-Sulpice , François d'Audigné , évêque d'Arcq.

La dernière fois que le cardinal-abbé visita le monastère d'Anchin fut en 1738, au mois d'octobre; il n'y fit qu'un court séjour pendant lequel il alla à Douai, où il coucha deux nuits dans l'hôtel de MM. de Gricourt et de Cambronne ; il avait avec lui son neveu , le chevalier de Polignac. Revenu à Anchin , il tint chapelle le jour de la Toussaint, mais n'officia pas pontificalement; enfin, il partit dans les premiers jours de novembre , pour retourner à la cour.

L'année suivante, au mois de juillet (1739) mourut le coadjuteur-prieur de St- Georges, dom François de Bernemicourt de Saluces, dans son prieuré de St-Georges, près d'Hesdin , où il avait presque constamment demeuré. Il précéda dans la tombe celui dont il était le successeur présomptif.

Après le décès de M. de Bernemicourt, il y eut lieu de pourvoir à la nomination d'un coadjuteur nouveau. Le choix tomba sur Charles Morel ( Nicolas Morel , selon le Père Ignace , quoique les lettres-patentes officielles portant nomination de ce coadjuteur, lui donnent le seul prénom de Charles , comme nous le verrons toutà-l'heureM), dom Charles Morel , originaire de Lille , religieux d'Anchin , était sousprieur du monastère ; ainsi que nous l'avons déjà dit , il avait accoinpagué le cardinal de Polignac à Rome.

Toutefois, il se passa près de deux ans avant que la communauté obtint du roi la permission de se choisir un coadjuteur ; ce ne fut qu'au mois de juin (741 que l'on procéda à cette élection. Les commissaires du roi qui se rendirent a Anchin , pour recevoir les voix de la communauté, étaient M. l'abbé de Marchiennes, M. D'Assignies, lieutenant du roi à Douai, et le chevalier de Barnage , intendant de Picardie et d'Artois. Le cardinal de Polignac , qui avait obtenu du roi brevet d'élection, envoya son vote à Anchin en faveur de dom Morel, par l'abbé Blo, un de ses secrétaires. Charles Morel , en effet , eut la pluralité des suffrages ; ceux qui après lui obtinrent le plus de voix furent dom Dufour, principal-receveur de

11 Le roi Stanislas était de l'académie royale des inscription» et bcllee-leUres a Paris, a laquelle 11 a présidé plus d'une fol*. P. Ignace, M«. cllé.

" Pout-etre que de ces deux noms, Charles et Nicolas, l'un est le nom l>apil<mal et l'autre h» nom adopté par Mord , lors de son entrée en religion.

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