CHAPITRE VII
personnage. Voici celle qui était gravée sur son tombeau ; elle était consignée dans d'anciens manuscrits , et depuis, elle a été retrouvée parmi les débris du mausolée qui avait été élevé en l'honneur du célèbre prélat :
Subliment merito, diflTusum nominc, longum
Propofito, brevlt hœc continct iirna virum. Hujus vera fldes, spes Arma, calens amor; hujus
Mens humills , prudent llnçrua , beni'-ma manus. Actu Martha fuit, verboque vacaiido Maria;
Al pnriendo Lia , tic speculando Rachel , Discernendo Jacob, Maint orando fréquenter.
Et Phineet, vilium coufodlendo fuit.
Octobrls li bl nona die» exircma supremis
Addiditordinibus, te Gosuiae, novem.
Inde tuas nobis cincres srrvantibus , ipse
Patronum facial , <iui dédit esse palrera.
• Dans cette petite urne est enfermé un homme de haut mérite, de vaste renommée, et de profond» » desseins; vrai dans sa foi, ferme dans sou espoir, d'une charité ardente, humble d'esprit, prudent de langage. •
- de main large et bénigne. C'était Habite pour l'action, et Marie pour son amour de la parole de Dieu. C'était » Lia ponr la fécondité, Rachel pour la médilatlon , Jacob pour le discernement des esprits, Jfoûepour l'oraison ■ continuelle, Phinée pour la lutte contre le mal. 0 Gossuin, le neuvième d'octobre, qui fut ton dernier jour, te • rangea parmi les neuf ordres suprêmes des Bienheureux; Et nous, qui gardons tes cendres ici -bas . nous
- trouvons un patron dans celui que Dieu nous avait donné pour père. *
Au reste , un témoignage de la grande vénération dans laquelle était la mémoire de Gossuin , c'est cet usage qui s'était établi et qui s'est conservé longtemps : Lorsqu'un nouvel abbé avait été élu à Ancbin , on lui mettait dans la main le bâton du saint abbé , en lui disant : a Recevez ce bâton de l'abbé Gossuin , et » imitez l'exemple de celui dont vous acceptez l'office. » Un moine d'Anchin, dont le nom ne s'est pas conservé, et qui aussi, après le moine Alexandre, a écrit une vie de saint Gossuin , dit pour l'avoir vu , que cela s'est pratiqué ainsi à l'élection d'Alexandre , huitième abbé, successeur immédiat de Gossuin, et à l'élection de Simon, neuvième abbé, qui a succédé à Alexandre
On voit par le grand nombre de chartes, pièces et actes de toutes sortes, que l'abbé Gossuin est intervenu dans beaucoup d'affaires. Nous avons retrouvé, chez M. le conseiller Bigant , deux chartes originales , en latin , parfaitement conservées. Dans L'une , datée de 1145, sont stipulées les conditions d'un accord entre Godefroy de Guize, neveu de Barthélémy, évêque de Laon, et Gozuin , abbé d'Anchin, au sujet de Haute-ville en Vermandois. Dans cette pièce, l'abbé est désigné sous le nom de Gozuinus. La manière dont ce nom est écrit a pu donner lieu à l'erreur de quelques écrivains qui ont lu Gorvin pour Gozuin.
L'autre charte, datée de 1162, est relative à une cession faite devant Drogo et le chapitre de St-Quentin, par Oilard de Noyale, à l'église d'Anchin.
Depuis le renouvellement des sciences, sous Charlemagnc, les lettres n'ont pas eu de siècle plus heureux, plus brillant, plus fécond que le douzième. Les litté-
M Usquc ad przsens cum abbas in eccleeia Aquldnctensi eligitur, baculus ejus , in manu electi ponitur, iique dlciliir, accipe baculum abbaiit f.osuini, ut videlicet cujus suscipit offklum, imitetur exemplum. Quod factum in eleclione doinini AUxandri, qui ejus extitit successor, ab his qui présentes adfuerunt audmrnus, et in promotlooc dominl Simomit oculis meis perspeiimus, elc.
V' Ejutdem D. Cot»ini xita, per alium quemdam tcd innominotum dtteripta. Rich. Gibbon , p. 2S8.
rateurs , les savants s'y multiplièrent à l'infini , et l'on y vit éclore un nombre prodigieux d'écrits. Aussi , un des travaux les plus ordinaires dans toutes les abbayes , notamment dans les monastères bénédictins , était de copier les bons livres anciens et modernes. Par ce moyen , les monastères se formaient de belles bibliothèques.
L'histoire nous a conservé les noms de plusieurs habiles copistes de ce temps-là : Albert, Opilion , Duram, à Cluny , s'acquittaient de cet emploi, non en simples copistes, mais en critiques savants; à St-Vaast, Oisbert et Anseher, avaient de plus le talent de peindre en miniature. On donna à ces occupations une telle importance que, dès ce temps-là même, on crut pouvoir dispenser les religieux copistes de l'assistance à une partie de l'office divin ".
Comme Cluny, comme St-Vaast d'Arras, Lobbes dans la Belgique, Liessies dans le Haynaut, St-Bertin à St-Omcr, Marchiennes , etc., eurent leurs manuscripteurs et enlumineurs.
Gossuin , successeur et ami d'Alvise, Gossuin, disciple bien-aimé de saint Bernard, Gossuin , le contemporain et le vainqueur d'Abélard , a été un des hommes les plus savants de son temps ; et comme il connaissait tout le prix de Ja science , il a cherché avec beaucoup de sollicitude les moyens de procurer à ses frères les avantages de l'étude des lettres, en instituant dans son monastère une école devenue célèbre , et en réunissant dans la librairie de l'abbaye , un grand nombro d'ouvrages de littérature et de sciences. Les beaux manuscrits du douzième siècle, exécutés par les moines d'Anchin , et qui subsistent encore en assez grand nombre à la bibliothèque de Douai , montre que celte librairie était déjà riche à l'époque dont nous parlons.
Ces manuscrits, échappés aux ravages des temps et de l'ignorance insouciante, aux désastres des guerres et des révolutions , forment avec ceux de Marchiennes , la majeure partie de la précieuse collection conservée à la bibliothèque de Douai. Ils sont signalés dans le catalogue dressé par M. Duthillœul D'après ce qu'il nous reste de ces précieux monuments, on peut juger de ce que pouvait être déjà du douzième au treizième siècle , la collection des manuscrits d'Anchin. En outre , tout récemment , il a été fait a la bibliothèque de Douai , quelques découvertes qui confirment cette présomption sur l'importance de la bibliothèque de cette abbaye dès cette époque. Ainsi, on vient de retrouver collé au verso de la couverture d'un manuscrit de la fin du douzième siècle {B. Augustini relract. in-4* oblong, n"319 du catal.), un feuillet de vélin, écrit en caractère de ce temps-là, et qui a appartenu évidemment à un inventaire de la bibliothèque d'Anchin; ce seul feuillet , fragment de répertoire , de format in-4% comme le manuscrit à la reliure duquel il avait été employé, contient l'indication des ouvrages suivants et selon cette disposition :
Au recto :
Quinque libri Moysi. Josue. . . .
Judicum. Rutli. Libri Regum quatuor.
Paralypomeoorum duo
M Hitt. liitér. de France. I n
Calai, descript. rt raisonné det Mt delà tille de Douai, par H. H. Duthilkeul. ia-S* Douai IB4&.