CHAPITRE X
sous la seule rubrique et caution de Carpentier, lequel a été le premier éditeur de cette charte , et qui a cru devoir y ajouter une note qui ne fait qu'accroître Pincertitude sur l'authenticité de la pièce en question. Cette note porte textuellement : a Cette charte est scellée d'un scel représentant un abbé et deux écus, dont l'un » représente un cerf entouré de fleurs de lis , et l'autre trois trèfles. »
C'est à savoir si les abbayes à celte époque, en 1202, avaient déjà des armoiries et des écus. Mais pour ce qui est de l'abbaye d'Anchin, ainsi que nous l'avons dit précédemment (chap. 1er), nous n'avons jamais vu l'écu au cerf entouré de fleurs de lis sur aucun monument , provenant d'Anchin , antérieur aux dernières années du xv * siècle. On peut s'assurer par les titres que nous avons indiqués plus haut et qui datent du temps de l'abbé Haymeric, au commencement du douzième siècle , que le grand scel de l'officialat de l'abbaye d'Anchin portait seulement V image du Père et du Fils , et de la Vierge Marie , avec leurs attributs ; et que le petit scel avait dans le milieu , une aigle uux ailes étendues.
La gestion d'Adam de Laude ne dura guère que trois ans ; mais elle ne laissa pas que d'être fort profitable à la maison d'Anchin. Ce fut sur les instances de cet abbé, auprès de Baudoin , comte de Flandre et du Hainaut , par suite empereur de Constantinople, et de son épouse, que Nicolas de Lallaing, avec l'approbation de son frère Gozuin , fit remise et donation à l'abbaye , de l'exhaussement de la rive et de l'établissement d'une muraille tout le long du Bascarl , Bassart , Boussart ou Boucharl, petite rivière qui bordait l'enclos d'Anchin. Le même comte Bauduin confirma la donation faite par le seigneur de Lallaing , du bois de Lallaing , et du chemin qui conduit en Ostrevan. Il ratifia aussi la concession, dont il est parlé plus haut, du cours d'eau fourni par la Scarpe et par le Bais, et qui traversait Lallaing pour se rendre à Anchin. Le seigneur Nicolas et son frère Gozuin , confirmant cette concession, ratifièrent également les autres donations, immunités et privilèges accordés par leurs ancêtres à l'église d'Anchin.
Adam poursuivait aussi avec une vive ardeur et avec l'habileté d'un architecte consommé, les travaux de la grande église, commencés par son prédécesseur. Il avait un si puissant désir et un si grand empressement de prendre possession du temple nouveau , qu'il ne put attendre pour l'inaugurer que le chœur fût tout-àfait terminé. 11 y fit son entrée solennelle le i 5 des ides d'avril , le dimanche des Rameaux de l'année 1 203 \ L'abbé , revêtu de ses ornements sacrés , marchait processionnellement avec tous ses religieux en aubes et portant des palmes. Les enfants de chœur jetaient des fleurs et des verdures ; les cierges étaient allumés , et les parfums s'épanchaient en nuages blancs des encensoirs. Le cortège s'avança ainsi vers le chœur nouveau ; et après que les moines eurent chanté : O gloria lotis , et d'autres hymnes conformes à la solennité , l'abbé célébra le saint sacrifice de la messe.
En mémoire de cette pieuse cérémonie, quatre mois après, lorsque l'abbé mourut, le 6 des kalendes d'août , on plaça son tombeau à l'entrée du chœur et on y grava ces quatre vers composés en son honneur :
Hoc Adam pastore, novam monachi subicrunt EccJesiani, ftria, qua prostravere per uibem l'ulmarum puorl rame*. Ilic prrsidrt annis Hulc claustro ternis dkponens tlngula rite.
» %cl*rt, Continuatio tqvicinclina .
MO
Une partie de ses os ont été renfermés et conservés dans la châsse qui était sur l'autel de St-George.
Guillaume , moine de St-Amand , fut appelé à succéder à Adam de Laude , vers Tan 1204 *. Cette année-là même, Mathilde, veuve de Philippe d'Alsace, comte de Flandre, ensuite mariée à Ferdinand, roi de Portugal, et pour cela appelée reine, assura à l'abbaye d'Ancbin une partie du tonlieu de Douai. Un acte du mois de mai 1207, qui était dans les archives de Corbie \ témoigne que l'abbé Guillaume ratifia une vente faite par le prieur de St-Sulpice de Doulens à Arnauld, abbé de Ccrcamp.
Guillaume, xi* abbé d'Ancbin, ne gouverna guère ce monastère que pendant J'espace de quatre ou cinq ans. 11 quitta cette abbaye pour aller à St-Amand , où ir avait été nommé abbé per compromissum , par Philippe , marquis de Namur. A propos de celte élection per compromissum , disons que le compromis est un acte par lequel ceux qui ont droit d'élection transmettent à une ou plusieurs personnes d'entre eux , le droit d'élire un sujet capable de remplir un bénéfice ou une dignité; ainsi, on dit que les élections de prélats sont faites par compromis, lorsque des électeurs ne pouvant s'accorder donnent le pouvoir à quelques-uns d'entre eux de faire l'élection , en les obligeant par serment de choisir le plus digne \
Guillaume, ayant à cœur d'imprimer à l'abbaye de St-Amand , qu'il était chargé de réformer, la doctrine et la règle suivies à Anchin, et voulant le faire avec plus d'autorité , partit pour Rome , mais en revenant il dût s'arrêter à Clairvaux ; où ayant été élu abbé, il embrassa l'institut, et il y mourut en l'an 1218 '.
» Sigcbcrt. Ibid. * Gallia Christiann, t. au p. 313. 1 Vide Ducange, Gloss. ad verb. compromission . « F. de Bar, p. 182, v. et Cailla Christian, t. ut, p. 264.