CHAPITRE XII
il fixa les modes de cérémonies pour les funérailles el messes anniversaires des prélats. Il institua un service annuel pour le seigneur Anselme de Ribemont, celui qui avait donné, pour fonder l'abbaye, l'île d'Anchin et les domaines de Vred et do Pecqucncourt , et qui avait fait le don magnifique de la table d'argent du maîtreautel. Du consentement des religieux, il détermina certains jours où seraient célébrés des obits anniversaires pour l'évèque Gérard, premier fondateur de l'abbaye ; pour Hugues , doyen de l'église de Cambrai , ensuite moine d'Anchin , qui , après avoir érigé la première basilique à la sainte Vierge Marie, avait pourvu si généreusement aux besoins du monastère. Il institua aussi, en faveur d'un grand nombre d'autres bienfaiteurs et pour le salut de leurs âmes, des obits, des messes et des prières.
La piété de ce vénérable prélat reluisait d'un brillant éclat, et sa bonne renommée s'étendait tellement loin, que Guarin, archevêque de Thessalonique , lui envoya , par la permission de l'empereur de Constantinople Bauduin u , des lettres autographes avec quelque parcelle du précieux sang de Notre-Seigneur , des reliques sacrées des saints apôtres Mathieu et Barnabé , la partie du bras de saint Etienne proto-martyr, qui s'étend du coude au poignet, avec une portion du crâne, et aussi toute la mâchoire inférieure du bienheureux George martyr, à laquelle était encore une dent intacte ; un pied tout entier de sainte Marthe , sœur de Magdeleine , des reliques des saints Cosme et Damien, et même une jointure provenant du bélier 1 qu'Abraham sacrifia à la place de son fils. Ces lettres de 1 239 garantissent l'authenticité de ces reliques ; elles étaient munies du sceau de l'archevêque de Thessalonique Guarin, et étaient précieusement conservées à l'abbaye d'Anchin, où Fr. de Bar les a vues et touchées \
L'archevêque Giiarinus, Guarin ou Warin , avait été chanoine de St-Amé à Douai , sa ville natale, où il fonda, vers la fin du 12* siècle, dans la rue d'Arras, près la porte primitive dite d'Arras, et dans la maison même qu'il habitait, un hospice de charité destiné à recevoir et à héberger les pauvres passants.
Les liens d'affiliation et de sodalité qui attachaient un grand nombre d'églises à celle d'Anchin , se resserrèrent plus fortement encore sous la prélature de Guillaume. Par un acte de l'an 1239, les chanoines d'Amiens et les moines d'Anchin contractèrent une société des plus étroites. Outre les prières qui étaient célébrées réciproquement dans les deux églises à la mort d'un confrère , l'abbé , le prieur et les moines d'Anchin , lorsqu'ils allaient visiter l'église d'Amiens , avaient droit à occuper les sièges les plus élevés dans le chœur de la cathédrale. Et il en était de même pour les confrères d'Amiens de la part de ceux d'Anchin qui leur rendaient les mêmes honneurs.
On voit, par un acte de 1234, que l'excellent abbé Guillaume , dès les premiers temps de son gouvernement , s'était rapproché des frères de Marchienues. En effet , il contracta avec le révérend père Gilles, abbé de Marcbiennes, une sodalité confraternelle en vertu de laquelle, à l'avenir, tous les différends survenant à propos d'héritages ou de possessions de domaines devaient se terminer à l'amiable par les abbés ou par des arbitres, sans contestations ni procès. 11 était réglé aussi dans cet acte que tous les moines , passant de l'une des deux abbayes dans l'autre , seraient traités selon ce qu'en déciderait l'abbé auprès duquel ils se seraient réfugiés. D'après cela on comprend que le procès sur la préséance dont nous avons parlé plus haut ,
• P. de Bar, Ms. cité, p. IW, r'.
lo6
avait été éteint et enterré à la mort de l'abbé Simon , prédécesseur de Guillaume.
Le souverain pontife Grégoire ix , encourageant le zèle pieux de notre prélat , lui envoya une certaine règle de réformation pour qu'il la fit embrasser par les moines d'Anchin. Le même pape, pour épargner des charges au monastère de St-Sauveur et aux prieurés qui en dépendaient, prescrivit aux évéques, en vertu de lettres qu'il confirma ensuite par une bulle , de ne pas excéder le droit de visite ordinaire. 11 voulut aussi que deux moines au moins résidassent dans les prieurés.
Bien n'échappait à la vigilance et aux soins prévoyants de Guillaume, et il mettait le même zèle aux choses de moindre importance qu'aux plus grandes affaires ; c'est ainsi qu'en l'an 1234, il avait obtenu de Jeanne, comtesse de Flandre et de Hainaut, des lettres confirmatoires d'une donation de dix livres, faite par le seigneur Gilles de Balenchon à l'église d'Anchin. En 1 238 , la comtesse d'Artois , en témoignage de l'estime qu'elle faisait de notre Guillaume , lui conféra l'église de Fenaing. Ce même abbé Guillaume fit restituer à son église certains champs qu'Ingheran de St-Amand avait envahis.
Dans ce temps-là aussi le chevalier Josué Broyart, seigneur d'Escaillon, et Alexandre , son épouse, donnèrent une portion de terre pour frais d'entretien de cierges allumés à leur intention dans la chapelle de la sainte Vierge , derrière le maître-autel. Et c'est en mémoire de cette fondation que le seigneur d'Escaillon et le seigneur de Braille ont été inhumés contre cette même chapelle en dehors de l'église. Et pour tous ces illustres morts a été instituée une messe le 3« jour des ides de juillet 1242.
Vers l'année 1234 le seigneur Bauduin, le seigneur d'Haynin et le seigneur de Ricumchy avaient rendu hommage au révérend Guillaume pour le moulin et le vivier situés sur la rivière du Boulenrieu , ainsi que pour des champs dans le territoire de Braille. Le chevalier Bauduin et Henri seigneur de Masny et beaucoup d'autres seigneurs rendirent les mêmes devoirs de soumission à l'abbé d'Anchin. Nous avons vu plus haut qu'Elisabeth, comtesse de St-Pol, avait donné pareil exemple d'humilité pour le fief qu'elle tenait de l'église d'Anchin. Il y a plus : le bailli du Hainaut , à l'occasion d'un incendie qui avait été commis à Auberchicourt , demanda humblement permission et devant témoins à l'abbé de poursuivre le délinquant , reconnaissant qu'il n'y avait aucun droit.
Passant sous silence une foule d'autres privilèges donnés à Anchin, nous rappellerons que le prélat avait obtenu , pour l'abbaye et pour les prieurés de sa dépendance, des immunités considérables. Thomas, comte de Flandre et de Hainaut, livra à ceux d'Anchin pleine et entière jurisdiction , c'est-à-dire, haute et basse justice sur le village de Templeuve et tout son territoire ; et il affranchi t les prieurés d'Anchin de toutes charges extraordinaires, rendant l'abbaye, ainsi que les villages et terres du domaine du monastère, libres de toute exaction.
Par un acte de 1240, le seigneur Jean d'Avesnes, fils de Marguerite, comtesse de Flandre et de Hainaut , ratifia la vente faite à l'église d'Anchin du terrage d'Aulnoy qu'Eloi de Berlaymont reconnaissait avoir vendu à ce monastère. Dans un contrat, daté de 123C, on voit qu'Arnold, seigneur de Landas, et le seigneur d'Aisne avaient concédé à l'abbaye quinze rasières de terre et la dîme de Templeuve.
Nous ne poursuivrons pas ce dénombrement qui serait trop long; ceux qui voudront le compléter le trouveront avec ses détails dans le Chronicon de l'église d'Anchin.
Le gouvernement du révérend Guillaume Le Parent, xm* abbé, dura neuf mois