‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 84 sur 306 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

faveur auprès du saint -siège. Par ces bulles le souverain pontife protège et affermit les privilèges de l'église d'Anchin, il confirme les immunités accordées par les papes qui l'avaient précédé, et il y ajoute de nouveaux avantages. Il fait défense expresse aux nobles de grever d'aucune façon la maison , les terres et les métairies du domaine de l'abbaye, de n'y exercer aucun abus, de n'y porter aucun dommage soit par eux-mêmes , soit par leurs gens , ou par leurs animaux , chiens, chevaux, porcs.

Par un diplôme aussi , le pape Innocent prescrivit aux évêques de ne pas exiger des chapelles et prieurés d'Anchin plus que leur droit de Visitation , et il leur interdit la faculté de promulguer des sentences d'excommunication ou de suspension des moines et du monastère, à moins que de l'autorité expresse du siège apostolique.

Il arrivait assez souvent que des nobles et des personnages puissants obligeaient les abbés à recevoir à l'habit dans le monastère leurs enfants en bas âge. Le pape mit lin à cet abus en décidant qu'à l'avenir l'abbé ne pourrait recevoir que ceux qui seraient arrivés à l'âge adulte. De plus, ce même pape Innocent accorda an monastère le droit de garder les possessions héréditaires des moines faisant profession.

En l'an 1244, Jeanne de Constantinople , comtesse de Flandre et de Hainaut, étant au lit, malade de la maladie dont elle mourut, donna en faveur de dom Jacques, à l'abbaye d'Anchin, trois arpens déterre situés dans le territoire d'Aube rchi court , ainsi que d'autres champs dans le village de Fechain. En l'an 1248, Marguerite, devenue après la mort de sa sœur , comtesse de Flandre et de Hainaut, ratifia, dans l'intérêt de l'église d'Anchin, la vente qui avait été faite à l'abbé par Gilles de Berlaimont. Elle assura aussi à l'abbaye la jouissance paisible des quinze rasières de terre situées à Bruylle, et garantit à l'église cette possession contre les prétentions et les tentatives d'Arnould d'Escaillon , et du seigneur Broyart et de son épouse Alexandre.

Jean d'Avesne , un des fils de la comtesse Marguerite , affecta les revenus nécessaires à l'entretien du luminaire des lampes et des cierges du prieuré d'Aymeries.

Un grand nombre d'actes et de chartes, qui étaient dans les archives de l'abbaye , témoignent de la piété des seigneurs et des fidèles , et de leurs bonnes intentions pour l'église et pour l'abbé d'Anchin. Thomas de Savoie , comte de Flandre et de Hainant, secoud mari de la comtesse Jeanne, et la comtesse Jeanne elle-même avaient accordé des privilèges et des immunités considérables , et avaient (ait de riches donations au monastère d'Anchin ; sans parler d'une belle maison située à Arras, qu'ils avaient donnée à l'usage du chapitre. Les seigneurs Helluin du Maisnil , Walter de Ligne , Bauduin d'Auberchicourt et divers autres personnages des plus illustres , n'avaient pas fait difficulté de rendre hommage à ce digne et révérend prélat. On peut voir par des lettres écrites de la main de l'abbé Jacques, à la date du mois de décembre 1247, dans quels termes il était avec le chevalier Raoul, Tùparque, ou seigneur d'Inchy \

Jacques de Béthune se montra particulièrement soigneux de tout ce qui regardait l'administration de l'intérieur de la maison ainsi que le service divin et toutes les cérémonies du culte. Il régla que la fête de saint Jean -Baptiste serait célébrée en chappes; qu'aux funérailles des religieux , le cénotaphe serait illuminé de six cierges, et que le jour de la Nativité de Notrc-Seigneur Jésus -Christ, six torches

• Le père Ignace, Mèm du dioefte d'^rrat. Mi. t. n-, page *37. liibliotheque d'Arras.

seraient allumées devant l'autel où les deux premières messes seraient dites par l'abbé et par le prieur.

Sentant sa fin approcher, le révérend Jacques voulut faire confirmer et renouveler la consécration de l'église majeure d'Anchin , dédiée à St -Sauveur et à la bienheureuse Vierge Marie et à tous les Saints. Cette cérémonie eut lieu le dixième jour des kalendes de novembre de l'année de l'Incarnation 1 250 ; elle se fit avec grande pompe, et elle fut présidée, selon ce qui est dit au Martyrologe de l'abbaye, par le vénérable Pierre d'Albanie, cardinal, évèque, alors légat du St- Siège en Allemagne; il fut assisté de trois autres évéques : Jacques d'Arras, Pierre de Tournai , et Guerin de Noyon ; une foule d'abbés et de religieux étaient venus à cette solennité , ainsi qu'un grand nombre de fidèles. 11 y avait cent soixante et quatre ans que l'inauguration de l'église primitive avait eu lieu. Afin de donner plus d'éclat à cet anniversaire , et pour attirer plus de monde et exciter le zèle des séculiers , le cardinal Pierre d'Albanie avait accordé des indulgences de quarante jours que l'archevêque de Reims , Johel ou Guillaume , étendit encore et confirma.

Très-peu de temps après , au mois de décembre de la même année 1 2U0 , l'abbé Jacques mourut. 11 avait élé en grande vénération pendant sa vie , et il fut honoré comme un saint après sa mort. Son chef béni fut déposé précieusement dans la chapelle St-Michel , avec une inscription distincte fixée sur la boîte qui renfermait ce chef. Et le corps fut inhumé dans le chœur de l'église , devant le maîtreautel. On lui érigea un mausolée sur * lequel était reproduite l'image du temple , et le bon prélat y était représenté en habits pontificaux comme tous les abbés ses prédécesseurs , rangés par ordre. Une inscription , rappelant le dernier acte de sa vie , fut gravée autour de la pierre qui recouvrait sa tombe ; elle portait :

Hic jacet domnus Jacobus noster Âqulclnctensls abbas decimus quart us qui hanc eedesiam anno Doœinloe Incarnationia millesimo ducentesimo qulnquagesimo , decimo kal. noverobrls fecit cousecrarl a domino Pelro vencrabLii Albanensi eplscopo et aancte sedis in Akmania legalo.

L'abbé Jacques de Béthune avait gouverné le monastère d'Anchin pendant l'espace de sept ans. Derrière le chœur, dans la chapelle de Stc-Marie-Magdeleine , où était une série d'inscriptions, se rapportant selon l'ordre de dates à chacun des abbés qui avaient gouverné le monastère , on lisait ces vers gravés en son honneur :

Unie denug quartus Jacohu» «ucredlt, et ejus Albanus predbua preaul banc dedicat edem. Ouinque gregem et biais commisaum pavit aristls.

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